Envrak au PIFFF : Crave / The Seasoning House

23/11/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Jour 5 : Mardi 20 novembre

Aujourd’hui, on ne sait pas trop à quoi s’attendre, n’ayant rien lu ni entendu au sujet des deux films du jour, Crave et The Seasoning House. Jean-Philippe (le cadreur sans caméra) a très envie de découvrir le second, dont le synopsis a titillé sa curiosité mal placée (une sourde muette enfermée dans un bordel fréquenté par des criminels de guerre – ça sent en effet le film gentil-mignon). Il faut bien reconnaître que ce soir-là, on est deux à vouloir savoir ce que cache cet énigmatique seasoning house. On aurait pourtant mieux fait de s’intéresser à l’autre film de cette cinquième soirée…

Crave, de Charles de Lauzirika

En voilà un qui assume ses emprunts à Taxi Driver, faisant le choix de l’introspection par la voix off, citant carrément la réplique la plus célèbre du film de Scorsese (“You’re talking to me ?“) et allant même jusqu’à en photocopier l’affiche. Charles de Lauzirika a pu observer de grands réalisateurs au travail, lui qui a suivi David Lynch sur le plateau de Twin Peaks, les frères Coen sur celui de Miller’s Crossing et surtout, Ridley Scott, qu’il a accompagné sur les tournages de Blade Runner, Thelma et Louise,  Gladiator… Sa spécialité : le making of. Avec Crave, Lauzirika met en pratique les enseignements tirés de ses incursions chez ses aînés, et signe son premier “vrai” film. Son protagoniste, photographe de scènes de crime, y est assez explicitement son alter ego. Quelle différence après tout, entre l’homme amassant les images d’un réalisateur au travail, et celui chargé d’immortaliser des cadavres ? Entre l’ombre d’un cinéaste et celle d’un criminel ? Cette gémellité que l’on devine entre De Lauzirika et le héros de son film, Aiden, offre une piste de réflexion intéressante (sur les rapports entre réel et fantasme – une constante, quand il s’agit de filmer un personnage paranoïaque), mais noyée dans les références : hormis Taxi Driver, on pense aussi à American Psycho, Aiden rêvant une autre vie que la sienne, dans laquelle il n’hésiterait pas à tabasser les petites frappes qui importunent les jeunes filles dans le métro, à défoncer le crâne d’un bigot trop bavard, à devenir enfin le centre de toutes les attentions. Les fantasmes se matérialisent un à un sur l’écran, tant et si bien qu’ils en deviennent prévisibles, désamorçant définitivement le but originel du film : brosser le portrait d’un homme face au drame de sa vie (son invisibilité). La voix off (pesante) et la musique (écrasante) sont parfois indigestes. Tout comme l’histoire d’amour qui finit hélas par devenir l’intrigue principale d’un film dont on aurait aimé qu’il laisse de côté ses velléités romantiques pour creuser davantage le sillon de la névrose et de la violence. C’est d’ailleurs quand le réalisateur exploite le mal-être d’Aiden (lors des scènes qu’il partage avec Ron Perlman – le policier vieillissant – ou le jeune toxicomane incarné par Edward Furlong) que Crave nous emballe. Et heureusement, le miracle se produit plus d’une fois, grâce notamment à la performance de Josh Lawson, dont la bonhommie sert parfaitement le personnage.
Au final, un film ni bouleversant, ni honteux. Juste bien.

The Seasoning House, de Paul Hyett

Premier évanouissement du PIFFF 2012, devant le film de Paul Hyett, The Seasoning House, qui a donc mis KO une spectatrice après moins de 30 minutes de projection – pas les plus brutales, soit dit en passant, même si on y voit une femme égorgée vive, des femmes abattues à l’arme à feu, des femmes violées, des femmes tabassées, des femmes droguées de force… Wait : et les hommes là dedans ? Il faudra attendre bien plus de 30 minutes pour les voir s’en prendre plein la tronche, mis en déroute par une jeune sourde-muette (la honte) décidée à sortir du bordel dans lequel elle est enfermée. Le film fait brillamment illusion dans sa première partie, sublimant presque, par une lumière très travaillée, l’horreur des lieux (une ruine en guise de maison close). L’élégance de la mise en scène, qui ne s’autorise quasi aucun plan filmé à l’épaule pour privilégier une approche assez “poseuse”, provoque le malaise : le fameux décalage entre le fond (cauchemardesque) et la forme (soignée) – la beauté dans l’horreur – un choix classique, mais qui fonctionne. Tout comme les flashbacks, d’abord déconcertants, puis nécessaires pour faire naître l’empathie vis à vis d’une héroïne qui aurait bien du mal, autrement, à raconter son histoire par les mots… Mais difficile aussi, malgré le soin apporté à l’image, de ne pas voir dans la première partie de Seasoning House une œuvre voyeuriste et complaisante, gratuitement brutale et destinée à provoquer l’embarras et le dégoût. Le second acte, le cœur du “survival” où un groupe de militaires surarmés ne parvient pas à mettre la main sur l’héroïne, tombe dans le ridicule lors d’une traque rappelant aussi bien le premier Rambo que Maman j’ai raté l’avion. Le film nous perd complètement sitôt que la chasse se poursuit en extérieur, où les belles promesses formelles laissent place à une caméra portée un peu trop remuante, et à un coup de grâce final identique à celui de Eden Lake (sur lequel Paul Hyett était d’ailleurs responsable des effets spéciaux maquillages). Rien, absolument rien dans The Seasoning House ne parvient à nous convaincre que son auteur a voulu, comme il le prétend, réaliser un film féministe. On le soupçonne même de se foutre un peu de notre gueule.


The Seasoning House – Trailer par pifff

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

1 commentaire

    Quentin  | 26/11/14 à 19 h 14 min

  • Le cadreur sans caméra ….. J’aime ce concept MDR
    Un peut le successeur du non film de Dupieux quoi ^^

Laisser un commentaire