Envrak au PIFFF : In Their Skin / Side by Side

22/11/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

Jour 4 : lundi 19 novembre

Aujourd’hui, et jusqu’à vendredi, le festivalier n’aura que deux films à se mettre quotidiennement sous la dent. Ce qui lui laissera largement le temps d’aller travailler en journée, avant de s’envoyer sa dose de rouge tous les soirs. D’autres, comme nous, prendront un gros retard sur les parutions de leurs articles (à cause des grasses mat’). Au programme de ce quatrième jour : un “home invasion movie” tendu comme un string XXS sur un cul d’éléphant et un documentaire passionnant sur le passage de la pellicule (glop) au numérique (pas glop).

In Their Skin, de Jeremy Power Regimbal

Un couple et leur fils s’installent pour les vacances dans leur maison de campagne. Ils reçoivent la visite de leurs inquiétants “voisins”, dont la courtoisie de façade laisse place, peu à peu, à l’agressivité et la violence. Leur objectif : prendre la place de leurs hôtes. Le “home invasion movie” (où des personnages entrent de force dans une maison pour torturer ses occupants) capitalise sur le réalisme inhérent aux situations mises en scène pour terroriser le spectateur. L’empathie pour les malheureux habitants est immédiate, le spectateur n’ayant a priori, aucun mal à s’identifier à des protagonistes terriblement banals (en général, un couple – comme dans Ils ou The Strangers – ou une famille – comme dans Funny Games. Voire une personne seule – cf Haute Tension et A l’Intérieur). In Their Skin va plus loin : ici, le traditionnel serial killer est remplacé par une famille en apparence conventionnelle (un beauf, une dinde, un garçonnet toutes incisives dehors) convoitant le confort d’une autre. L’idée est intéressante, comme les trouvailles visuelles qui la servent (la scène du dîner, où chaque convive est placé face à son “homologue”, créant un étonnant effet de miroir somme toute très illustratif). Mais après un premier acte hyper tendu, Jeremy Power Regimbal perd le rythme, et la folie gagne trop rapidement les personnages, qui manquaient déjà de profondeur (voire d’utilité, comme celui du frère de Mark). Le manque d’audace de la séquence finale achèvera de plonger le spectateur dans une grande frustration. On en retient quand-même une performance collective convaincante, une bande-son discrètement angoissante et une utilisation judicieuse du cinémascope, qui participe à la claustration et à l’asphyxie ambiante. Histoire de signaler que le film n’a pas QUE des défauts…

Side by Side, de Chris Kenneally

“Film” : La métonymie (l’œuvre pour le support) est entrée dans le langage courant depuis l’invention du cinéma, mais n’a en réalité presque aucune légitimité à l’heure où le numérique supplante la pellicule. Le débat, engagé à la fin des années 90 avec l’apparition des caméras ayant permis aux cinéastes danois de respecter les règles de leurs fameux (et éphémère) Dogme 95, est vaste. L’acteur Keanu Reeves s’en empare devant la caméra de Chris Kennealy, et va à la rencontre de réalisateurs, chefs opérateurs, étalonneurs, responsables d’effets spéciaux… pour leur demander leur avis sur la question. Entre les puristes du 35 mm (Christopher Nolan, Vilmos Zsigmond…), les adeptes du digital (Danny Boyle, James Cameron…) et les autres, qui le cul entre deux chaises, tentent de peser les “pour” et les “contre” (Michael Mann, Martin Scorsese, Lars Von Trier…), les opinions foisonnent, obligeant le spectateur déjà indécis à revoir son jugement d’un témoignage à l’autre : “la pellicule offre une image plus belle” lancent les uns. “Les caméras numériques permettent de tourner plus vite” répondent les autres. Pour beaucoup (comme pour nous, autant l’avouer encore une fois), la pellicule est l’essence même du cinéma. Le numérique, un flot de possibilités nouvelles. Dense, passionnant, entrecoupé de séquences didactiques et d’extraits de films, Side by Side est un précis précieux sur les enjeux du numérique, et sur la survie de la pellicule, condamnée à long terme à disparaître alors que paradoxalement (comme le rappelle Martin Scorsese), elle est aussi le support le plus fiable en terme d’archivage, de stockage. La grande ironie de cette soirée quasi funéraire : la séance a commencé avec 30 minutes de retard, en raison d’un bug… numérique. On a donc raté les minutes finales, mais pas le dernier métro.


Side By Side – Trailer par pifff

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