Envrak au PIFFF : The Body / Courts métrages / Clive Barker

29/11/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Jour 9 : Samedi 24 novembre

Journée chargée, avec pas moins de 13 projections – dont 8 courts-métrages, et 4 films et demi de Clive Barker. Décision est prise de ne pas aller voir le dernier film de la nuit consacrée au cinéaste anglais – Candyman, qu’on connaît par cœur et dont a usé le DVD – histoire d’être en forme le lendemain pour l’ultime journée du festival. L’essentiel étant de ne pas rater une miette de Nightbreed, The Cabal Cut, le director’s cut du film maudit de Barker : l’événement de la soirée. Du PIFFF tout entier, même. Allez… L’événement du siècle.

The Body, de Oriol Paulo

Le dernier film de la compétition est un premier film. Scénariste avant tout (Les Yeux de Julia, c’était bien. C’était lui), Oriol Paulo signe avec The Body (El Cuerpo), son premier essai derrière la caméra. Entouré à l’issue de la projection d’un gros consensus, El Cuerpo impose son auteur comme le David Mamet espagnol, grâce à un scénario joliment sinueux où les fausses pistes se multiplient, autour d’un cadavre disparu de la morgue où il était entreposé. De facture assez classique, très soigneusement éclairé, autorisant parfois l’épouvante à éclipser le polar (la richissime épouse décédée ne serait-elle pas, par une impulsion surnaturelle, revenue empoisonner la vie de son jeune époux vénal ?), El Cuerpo remplit habilement son office : nous avoir dans les grandes largeurs. Et il faut dire qu’on aime bien ça.


The Body – Trailer par pifff

Compétition de courts-métrages français

Des courts-métrages, Erwan Chaffiot en visionne des milliers chaque année. Pour le PIFFF, il en a sélectionné huit (on n’aurait pas aimé être à sa place). Et parmi eux, deux pépites, qui nous séduisent immédiatement :

Food Elle, de Corentin Quiniou, où une jeune femme se livre dans sa cuisine à d’étranges rituels culinaires. Le court flirte avec l’expérimental, et offre un trip visuel de toute beauté.

Nostalgic Z, de Karl Bouteiller, dévoile quant à lui l’arme absolue pour venir à bout d’une invasion de zombies. Tourné sur le mode du found-footage, le film plie la salle en deux, et offre une solution expéditive à la crise financière (ou presque). Généreux en gags, doté d’une bande-son pétaradante et de deux acteurs géniaux, Nostalgic Z sent le prix du public à plein nez.

Nuit Clive Barker

Ce soir, le miracle va se produire : Nightbreed, de Clive Barker adaptation de son propre roman, Cabal, va enfin être présenté dans la version imaginée par son auteur. Lorsque Barker rend sa copie en 1990, les studios Morgan Creek décident en effet sans ménagement de faire remonter le film, afin d’en écarter toute forme de connivence entre le public et les monstres – les seuls “gentils” de l’histoire, à l’origine. Nightbreed est une catastrophe : ramené à une durée de 1h40, le film ne correspond plus à la vision de Clive Barker, et surligne vulgairement son côté sinistre, pour occulter le romantisme et la poésie que l’auteur voulait y injecter. Le montage calamiteux et les faux raccords grossiers rendent le film difficilement regardable.


Clive Barker’s NIGHTBREED – The Cabal Cut Trailer par pifff

Vingt ans plus tard, Russel Cherrington (présent au PIFFF aux côtés de l’acteur Nicholas Burman-Vince, interprète de l’un des monstres du film) réussit l’impossible : mettre la main sur les scènes coupées de Nightbreed, que Barker conservait sur des VHS dissimulées dans sa bibliothèque. A partir de ce matériau fragile, des deux versions du scénario original, du roman et des scènes montées par Morgan Creek en 1990, Cherrington se lance dans le montage d’une version de 2h20, fidèle à la vision de l’auteur. Un véritable événement pour les fans de Barker, qui découvrent le vrai Nightbreed (sous-titré The Cabal Cut) sur grand écran, dans des conditions peu confortables (l’image VHS a pris un sacré coup), mais avec une émotion patente. Entre les mains de Russel Cherrington, Nightbreed : The Cabal Cut a retrouvé son romantisme flamboyant, sa beauté originelle et son étrange sensualité. Lorsque la restauration du film sera définitive (les responsables de ce nouveau montage sont en négociation avec le studio pour récupérer le matériel original et lui donner une seconde vie), Nightbreed sera enfin le chef d’œuvre qu’il était destiné à devenir dés sa sortie. Une pétition de soutien est disponible ici : www.occupymidian.com

Après l’événement Nightbreed, on a besoin de prendre l’air. Les effets de la malnutrition se font sentir (on n’a pas le temps de manger, en période de festival), et il fait excessivement chaud dans la salle. Profitant de la projection d’un court-métrage expérimental de Clive Barker dont les premières images ne nous emballent pas plus que ça, on se précipite à l’extérieur pour manger plein de chocolat et avaler des bourrasques de vent (on est déjà enrhumée. On s’en fout). De retour au cinéma, on enquête sur la qualité du court, sur le point de se terminer : “Ben écoute, on voit un type tout nu danser devant la caméra, et c’est tout en négatif” résume une jeune festivalière blasée. On se dit qu’on a bien fait de fuir, d’autant qu’on a besoin d’être à nouveau attentive à ce qu’il va se passer : pour la première fois de notre vie, on va voir Hellraiser sur un écran de cinéma. Après la découverte du Cabal Cut, on tient un second événement ce soir.

Plus connu, aussi culte et aussi beau que Nightbreed, Hellraiser (1987), premier film de Clive Barker, est présenté ce soir-là par Julien Maury et Pascal Laugier, un temps associés à un projet de remake avorté. L’occasion pour les deux réalisateurs de se livrer à une bataille d’anecdotes sur les relations de travail avec les producteurs Bob et Harvey Weinstein – “Ils voulaient que l’héroïne du film soit une ado avec des gros seins !” témoigne Julien Maury, “Et moi, ils m’ont appelé une nuit en pensant que j’étais Alexandre Aja !” se souvient Pascal Laugier. De quoi faire sourire – mais pas de quoi nous rassurer à l’idée que les Weinstein aient en leur possession les droits de Hellraiser, un film dont ils n’ont visiblement pas bien saisi les enjeux esthétiques et symboliques.

Histoire d’amour déguisée en film d’épouvante, Hellraiser, nanti d’un microscopique budget (1 million de dollars), est une œuvre magistrale sur la sexualité déviante ou naissante d’un couple adultère reconstruisant sa liaison par petit bouts de chair humaine, et d’une adolescente qui vient d’avoir ses règles (pour l’ado, on n’est pas sûre). Matérialisation sublime de l’univers concupiscent et malsain de Barker, le film est hanté par les apparitions des cénobites, créatures infernales incarnant les plaisirs sado-masochistes des protagonistes. Bien dégueu par moments, le film est surtout très très beau, ce qui nous avait presque échappé après 435493 visions sur un petit écran qui décidément, ne lui rendait pas justice.

On commence à fatiguer, mais on reste quand même dans la salle, pour Hellraiser 2, dont on a peu de souvenirs. En le revoyant, on comprend mieux pourquoi : plus gore, plus sanglant, le film ne présente pas les mêmes attributs esthétiques que le premier volet. De l’autre côté du miroir (chez les Cénobites), l’action se perd dans des méandres scénaristiques un peu ridicules et pêche par excès de violence gratuite. Le film, réalisé par Tony Randel, n’a jamais été approuvé par Clive Barker. On ne l’approuve pas non plus. Et on rentre se coucher.


Hellraiser – Trailer par pifff

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