Envrak au PIFFF : The Cleaner / Quatre mouches / Citadel / Dragon Gate 3D

21/11/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

Jour 3 : dimanche 18 novembre

Aujourd’hui, on a décidé de ne rater aucun film, malgré notre appréhension à l’idée de terminer le marathon du jour devant Dragon Gate, la Légende des Sabres Volants, de Tsui Hark. Car le film est projeté en 3D. Et la 3D, on n’aime pas trop ça. Mais on a une conscience professionnelle (un peu), et la seule perspective de découvrir enfin sur grand écran, l’un des meilleurs films de Dario Argento, Quatre Mouches de Velours Gris, nous met furieusement en joie.

The Cleaner (El Limpiador), de Adrian Saba

The Cleaner est programmé au PIFFF, et on ne sait pas pourquoi. Le film – le premier du réalisateur péruvien Adrian Saba – est disons le tout net, magnifique. Mais a-t-il vraiment sa place dans un festival consacré au cinéma fantastique ? Pas si sûr. Car ce qui aurait justifié sa présence dans la programmation – son étiquette “film d’infectés” – est relégué hors champ. De l’épidémie qui ravage la capitale Lima, on ne verra pas grand-chose, sinon ce qu’elle laisse derrière elle : des corps tombés dans des appartements, dans des des bars ou sur des routes, et dont Eusebio efface les traces. Quelques gouttes de sang sur le sol, beaucoup de silence, et un petit garçon miraculé, Joaquin, caché dans un placard, et désormais orphelin. Eusebio le garde avec lui, en attendant de retrouver la tante de Joaquin. Ce qui fait le sel de The Cleaner n’est pas, comme on peut s’en douter, la menace virale qui guette, mais la relation entre l’homme et l’enfant, faite de peu de mots. Un film touchant, magnifiquement éclairé et interprété, et à la sensibilité presque hors contexte dans un festival jusqu’alors peu porté sur l’intimisme.

Quatre Mouches de Velours Gris, de Dario Argento

On aurait pu faire le déplacement juste pour lui. Le rare et précieux giallo de Dario Argento, Quatre Mouches de Velours Gris (1971), dernier volet de sa trilogie animalière (après L’Oiseau au Plumage de Cristal et Le Chat à Neuf Queues) est présenté ce soir-là en “séance culte”. Un jeune musicien, Roberto, tue un homme par accident. Dans l’ombre, quelqu’un a photographié la scène, et s’immisce dans la vie de Roberto, de plus en plus insidieusement, et éparpillant quelques cadavres sur son passage. Roberto fait appel à un détective privé (Jean-Pierre Marielle) pour lui venir en aide. Véritable esquisse du chef d’œuvre à venir, Profondo Rosso, quatre ans plus tard, Quatre Mouches… marque aussi, d’une certaine façon, la première incursion discrète du réalisateur dans le fantastique. Les images d’un coeur battant dans l’obscurité, alternées avec celles d’un groupe de rock en pleine répétition musicale, donnant le ton dés le générique (fabuleux) et annonçant l’horreur féérique de Suspiria (1977). Mais réduire Quatre Mouches… à sa seule valeur matricielle serait faire preuve de peu d’estime à l’égard de ce brillant exercice de style dont le tout dernier plan (et beaucoup d’autres, en fait) frôle le génie. Malgré quelques scories scénaristiques (récurrentes, chez le cinéaste), le film surpasse de loin, très loin, les énormes bouses pondues ces dernières années par un Argento artistiquement mort.

Citadel, de Ciaran Foy

Tommy assiste impuissant à la violente agression de sa femme enceinte par une bande de jeunes délinquants. L’enfant est sauvé. Pas elle. Tommy, lui, sombre dans l’agoraphobie. Jusqu’au jour où il doit à nouveau faire face aux agresseurs. Citadel (en compétition) est un film surprenant, engageant un brusque virage fantastique après avoir pris le temps de baigner dans un réalisme glaçant. Provoquant d’emblée l’empathie à l’égard d’un personnage lourdement handicapé par ses névroses (et par sa paternité contrariée), Citadel est un cauchemar paradoxalement thérapeutique (son réalisateur, Ciaran Foy, a lui-même été victime d’une agression l’ayant rendu agoraphobe), bénéficiant d’une gestion exemplaire de sa topographie et d’une interprétation exceptionnelle. La matérialisation du mal absolu sous forme de jeunes délinquants à capuches hantant le no man’s land d’un quartier laissé à l’abandon, est en revanche extrêmement gênante. Mais on s’était promis de ne pas parler, dans cet article, de stigmatisation. On ne le fera donc pas.

Dragon Gate, la Légende des Sabres Volants 3D, de Tsui Hark

Séance événement ce soir-là avec la projection du dernier Tsui Hark, Dragon Gate. Gagnons du temps ici en évitant de parler de l’intrigue (d’autant qu’on a mis une heure à la comprendre), pour nous concentrer sur ce qui rend le film si exceptionnel : la 3D. Énorme bouleversement chez l’envrakée dépêchée sur place depuis le début des festivités, et jusqu’alors profondément réfractaire au “machin”. Ressemblant, sur le papier, à un énorme argument marketing visant à “blockbusteriser” le wu xia pian (film de sabre chinois), la technologie 3D sert idéalement les scènes de combat et les décors grandioses du film, à nos yeux autrement plus spectaculaire que le niaiseux Avatar. Il ne reste plus qu’à espérer que Dragon Gate trouve le chemin des salles en France, où aucune date de sortie n’a encore été annoncée.


The Flying Swords of Dragon Gate – trailer HD

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