Être ado, ça craint (slogan officiel du #PIFFF 2015)

22/11/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

TP don't grow up

Thierry Poiraud, réalisateur de Don’t grow up

Ce cinquième jour de PIFFF nous donne l’occasion de rappeler pourquoi on ne pourra jamais, JAMAIS vivre à Paris : il pleut. Et on déteste ça. La pluie, c’est la raison pour laquelle on a pris la décision de ne plus mettre un pied au festival de Gérardmer, celle pour laquelle on a choisi de naître, grandir (mais pas trop) et vivre dans le sud de la France, là où on a toujours tendance à boire du pastis à l’heure du café. Autant dire que ce 21 novembre, comme la veille (et l’avant-veille), la météo pourrie nous a bien tapé sur le système. Les films programmés en compétition n’ont du reste, pas contribué à rendre l’ambiance plus chaleureuse. Au contraire.

Don’t grow up, de Thierry Poiraud (en compétition)

don-t-grow-up-affiche-53fb37f9685e9Les organisateurs du festival sont formels : la horde d’adolescents à problèmes peuplant quasiment la moitié des films projetés cette année au PIFFF n’est pas la conséquence d’un choix délibéré de leur part. On mettra ce retour d’acné sur le compte de l’air du temps, tout en reconnaissant l’habilité de chaque cinéaste s’étant emparé jusqu’ici de cette période hautement cauchemardesque. Le Français Thierry Poiraud pousse l’allégorie à son paroxysme avec l’errance de jeunes gens livrés à eux-mêmes sur une île où les adultes, sous l’emprise d’un virus dont on ne connaîtra pas les origines, massacrent sauvagement tous les individus de moins de 18 ans. Le carnage perpétré par les infectés prend donc ici une tournure très malsaine – même si les mises à mort des jeunes enfants sont seulement induites, jamais (ou très peu) montrées. Pour autant, Don’t grow up, dont le synopsis entier réside dans son titre, ne se résume pas à une banale enfilade de scènes violentes, lesquelles sont distillées au profit d’une jolie caractérisation des personnages, loin des caricatures de délinquants qu’on redoutait. En choisissant de centrer sa réflexion sur des adolescents et non des enfants, Thierry Poiraud s’interroge sur la définition même de l’âge adulte – comment on le devient, pourquoi on l’appréhende – livrant ses protagonistes à l’angoisse de grandir. Le film prend d’ailleurs tout son sens quand ces derniers se retrouvent traqués par les enfants (qui les prennent pour des adultes) après avoir été pourchassés par les adultes (qui les prennent pour des enfants). Coincés entre deux âges, les personnages incarnent à la perfection l’adage par lequel on avait conclu notre chapitre sur le film d’Akiz, Der Nachmacht, la veille : être ado, ça craint.

Compétition des courts-métrages français

Pour les courts-métrages internationaux, projetés à 11h (soit 6 heures après qu’on ait rendu les copies de la veille), c’est mort. Mais la compétition des courts français ne se fera pas sans nous. Tant mieux : cette année encore, la qualité et la variété des films présentés laissent espérer de beaux jours pour le cinéma de genre français hélas malmené par les exploitants et les distributeurs monocouilles. En attendant, on apprécie de pouvoir suivre sur grand écran les premiers pas de talents divers et la profusion des thèmes et des choix esthétiques opérés par les sept réalisateurs en compétition : un premier flirt en immersion (Phantasms of the Living, de Jean-Sébastien Bernard), une mutation physique provoquée par la douleur du deuil (L’appel, d’Alban Ravassard), une mystérieuse cure contre l’addiction de drogue (The Cure, de Xavier Mesme), une évocation singulière de la crise économique à Detroit (Of Men and Mice, de Gonzague Legout), une fable où cohabitent humains déshumanisés et robots idéalisés (Juliet, de Marc-Henri Boulier), la crise d’angoisse d’un milliardaire barricadé avec le cadavre de sa femme (Craspec, de David Le Meur) et une étrange ambulance transportant des esprits mélomanes (Splintertime, de Rosto). Pour tous les goûts et surtout pour le nôtre. On a bien un préféré, mais on révèlera lequel uniquement s’il gagne l’un des prix en jeu (public, jury et Ciné+ Frisson).

phantasms of the livingPhantasms of the Living, de Jean-Sébastien Bernard

Bridgend, de Jeppe Rønde (en compétition)

Encore des adolescents à problèmes (refrain connu) pour conclure la compétition 2015. On touche là à la quintessence du mal-être chez les jeunes avec cette interprétation très intrigante de la vague de suicides ayant touché la ville de Bridgend (Pays de Galles) entre 2007 et 2009, par Jeppe Rønde, présent pour introduire la séance. On aurait pu s’attendre, de la part d’un réalisateur venu du documentaire, à une démonstration de réalisme social – auquel cas on se poserait quand même des questions sur sa présence dans la programmation du PIFFF… C’est plutôt dans l’onirisme que plonge Bridgend dés sa première séquence. Sur les traces d’un chien courant le long d’une voie ferrée, on découvre au milieu d’un bois, le cadavre d’un adolescent, pendu à un arbre. Il ne sera pas le dernier. Les jeunes habitants de Bridgend, mus par leur aversion pour un monde adulte qui ne les comprend pas, semblent préférer la mort à la perspective de devenir des vieux cons (voire pire). C’est du moins, la piste sur laquelle Jeppe Rønde lance le spectateur, guidé par le regard de Sara, nouvelle venue en ville, qui va naturellement infiltrer le cercle des adolescents pour y affronter sa propre détresse. Jusqu’alors inexpliqués, les suicides de Bridgend (tous commis par des dizaines de garçons et de filles âgés de 13 à 17 ans) ne livreront certainement pas leurs secrets dans un film de fiction. Dans l’impossibilité de les expliquer, Rønde va les explorer, immergeant littéralement les personnages dans un univers étrange, poétique, très sombre, jusqu’à une ultime séquence où flotte une multitude de fantômes dans les eaux du Styx, rivière de l’entre-deux mondes où la perdition devient apaisement. C’est dans ce symbolisme peut-être un peu trop appuyé que Bridgend révèle sa splendeur, à défaut de captiver un auditoire venu y chercher des sensations fortes.


Bridgend (2015) – Theatrical Trailer par pifff
 

 

Note : On n’est pas allé à la nuit Japanimation. Pardon…

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