[Festival de Gardanne] : Pour vivre heureuses, elles vivent cachées

23/10/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

NicolasGayraudUNENicolas Gayraud, réalisateur du documentaire “Le Temps de quelques jours”

Jour 6. On est à la moitié du parcours. Les bruits de couloir dévoilent les grandes tendances : Gett, le procès de Viviane Amsalem, Le Sel de la terre, Maestro ou encore Black Coal ont trouvé pas mal d’adeptes. Les moniales du film de Nicolas Gayraud, Le Temps de quelques jours, vont en trouver d’autres. Non pas que le film soit un parangon de sophistication formelle, mais la question posée par le réalisateur – sensiblement la même que celle posée par Cédric Kahn dans Vie Sauvage – interpelle les festivaliers. Vivre à la marge, quand on est un père en cavale, n’est pas chose aisée. Pour les locataires de l’abbaye de Bonneval, dans l’Aveyron, c’est beaucoup plus simple. Manifestement, les spectateurs ont été conquis, malgré l’ascétisme de la mise en scène, complètement assumé et pour ainsi dire, en accord avec le sujet du film.

Une autre bande de filles

Les images ramenées de Bonneval par Nicolas Gayraud sont précieuses : avant lui, les locataires de l’abbaye, Cisterciennes de la Stricte Observance, n’avaient ouvert la porte à aucun documentariste. “Je ne voulais pas faire un film journalistique” explique le réalisateur, venu présenter le film au public hier, “elles ont bien compris ma démarche. Et puis la mère Abbesse m’a dit ‘si le Saint-Esprit le veut bien, le film se fera!’” Par l’opération du Saint-Esprit, Nicolas Gayraud a donc pu suivre le quotidien des moniales de Bonneval, qui selon les préceptes de Saint-Benoit, vivent cloitrées et s’adonnent à la prière, la réflexion et le travail (à Bonneval, une fabrique de chocolat), à la marge d’une société qui pour elles, va beaucoup trop vite et ne peut paradoxalement pas leur permettre d’agir comme les contestataires qu’elles veulent être.

Eloge de la lenteur : dans le cimetière jouxtant l’abbaye, Gayraud filme un escargot. Le parti-pris n’est évidemment pas anodin – si le gastéropode n’a pas sauté au montage, c’est qu’il a son importance. La phrase qui suit amuse et prend de court : “vous les aimez bien les escargots ? Moi aussi, avec de l’ail et du persil!” lance la sœur Claire, 84 ans. Ces religieuses-là risquent décidément de nous surprendre. A l’image de cette moniale âgée de 31 ans seulement au moment du tournage (en 2007, c’est dire, en passant, les problèmes de distribution que le film a pu rencontrer). Avant de rejoindre les sœurs de Bonneval, elle était ingénieur : “J’ai annoncé à mes parents que je voulais devenir bonne sœur, le jour de mon anniversaire. Ma mère avait fait un gâteau. Elle a tout foutu par terre” se souvient-elle dans un éclat de rire.

Les moments de vie de ces personnages peu communs, Nicolas Gayraud les attrape par bribe, au vol, au hasard : outre les évocations de la production de chocolat et de l’accueil des “retraitants”, les gestes sont finalement, ceux de notre quotidien à nous. L’une passe l’aspirateur, l’autre prépare les tables du petit-déjeuner, une autre encore est filmée de dos, marchant dans la campagne… On en verra aucune prier. Là encore, un parti pris qui pour le coup, n’a pas fait l’unanimité auprès des principales intéressées : “Les soeurs qui ont vu le film l’ont aimé. Sauf quelques unes, qui trouvent que Dieu n’est pas assez présent” sourit le réalisateur “je peux les comprendre, mais ça n’était pas mon propos. Mon travail porte sur la spiritualité, pas sur la religion. Je ne voulais pas faire un reportage“. Loin de lui cette idée. Le documentariste, qui sans le dire se préfère sans doute cinéaste, s’autorise même quelques vrais moments de mise en scène – ou plutôt de choix esthétiques parlants, comme ce plan où il fait tomber la pluie à l’envers. Effet poétique garanti. Aussi austère que la vie choisie par ces bonnes soeurs “certes cloitrées mais pas coupées du monde extérieur” précise Nicolas Gayraud, Le Temps de quelques jours ne manque pas de scories – la prise de son direct, notamment, pas toujours heureuse. Mais il a le mérite de mettre en lumière un mode de vie à la marge, où on a le droit de s’extasier devant la beauté d’une abeille ou des vieilles pierres, “un chant d’existence spirituelle” lance un festivalier pendant le débat. C’est aussi simple que ça.

A voir jeudi 23 octobre

14h : Géronimo / A la Recherche de Vivian Maier
16h30 : Swim Little fish, swim / Tristesse Club
19h : Vincent n’a pas d’écailles (suivi d’une rencontre avec le réalisateur Thomas Salvador) / Night Moves.
21h : L’Institutrice / Le Temps de quelques jours

 

Notre article précédent sur le festival : Envie d’ailleurs

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