[Festival de Gardanne] : Un match France-Corée

20/10/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

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Day trois. La compétition dominicale s’annonce palpitante : un match France-Corée entre le film de Laurent Cantet (un habitué), Retour à Ithaque, et celui de July Jung (une petite nouvelle), A Girl at my door. Holden a décidé d’aller voir le premier, laissant à Sabrina le soin de chroniquer le second. Verdict.

Retour à Ithaque : Cuba, verbe haut

On attendait doublement Cantet, venu en 2012 présenter le tiédasse Foxfire, confessions d’un gang de filles (…reparti avec le Prix du public). Un temps annoncé pour cette édition, le cinéaste était finalement envoyé ailleurs, laissant à son Retour à Ithaque le soin de renouer avec le public gardannais. Et avec le public tout court ?

Un soir, sur un toit de La Havane, un groupe d’amis se retrouve pour la première fois après que l’un d’entre eux est parti en exil 16 ans en Espagne. Cuba, sa dictature, ses emmerdes, ses amours. Au fur et à mesure que la soirée avance, le film-conversation creuse les personnalités en même temps que leurs renoncements, ressentiments, frustrations, échecs, etc, comme autant d’anges abattus en plein vol par le régime cubain. Assis à côté de ses personnages, caméra à l’épaule, Cantet sculpte son propos programmatif (« on n’est plus très jeunes, hein ? » inclus) avec application et patience, sinon avec fougue. Le démonstratif, piège inhérent au genre, l’emporte trop souvent, renforçant l’impression diffuse que les films de Cantet cachent mal la somme de recherches qu’il lui a fallu faire pour arriver à la version finale du scénario. Et quand le spectateur en vient à se dire que les vieux sont tous les mêmes, avec leurs regrets moisis : la poignante révélation finale affirme une bonne fois pour toutes que le vrai sujet du film n’est pas le temps qui passe et ce qu’on a fait de sa vie, mais le poison que la dictature instille dans les cœurs et dans les amitiés. Les anges ne sont pas abattus en plein vol, ils dérivent pour l’éternité, ivres des illusions qu’on leur fait passer pour des idéaux.

A Girl at my door : tu seras une femme, ma fille (ou pas)

En grands fans du cinéma coréen tendance psychopathe à l’arme blanche sur une trame 100% vigilante (pour faire bref : le film de vengeance), on a hâte de découvrir A Girl at my door, histoire de passer un peu à autre chose. Curiosité supplémentaire : le film est réalisé par une femme, July Jung. Ce qui n’empêche pas le film d’être violent, pas dans son formalisme très sobre, mais dans son propos très sombre : enfants, travailleurs clandestins, femmes homosexuelles y sont tous également maltraités, sous les coups ou sous les non-dits. Loin de la “fable” sociale qu’il aurait pu être, le film cherche ailleurs l’espoir que rien ni personne ne peut offrir à ses deux protagonistes : soit une adolescente rouée de coups par son père et sa grand-mère, et la nouvelle chef de la police locale, virée de Séoul parce qu’elle aime les femmes. Entre les deux, une relation se noue, chacune s’accrochant à l’autre et la rejetant dans le même temps. L’ambiguïté s’installe, le drame pointe, à mesure que la fillette devient une femme, à l’exacte image de la nouvelle figure maternelle incarnée par la policière (le plan le plus marquant du film les confronte dans un effet de miroir saisissant). Pour mieux nous perdre, l’actrice Doona Bae choisit de positionner son jeu en mode “zombie”, masque impénétrable qui ne tombera jamais, même dans l’ultime face à face. Déstabilisant… Et difficile dans ces conditions d’adhérer totalement au film, aucun personnage ne trouvant le temps ni l’espace de se laisser apprivoiser par le spectateur. Pour autant, avec toutes les clefs en main désormais pour mieux appréhender les sous-entendus et les équivoques – qui sont légion dans A Girl at my door – on est prêt à le revoir, pour mieux le juger. Ce qui n’est pas peu dire.

agirlatmydoor

A voir lundi 20 octobre

  • 12h30 : Des Chevaux et des hommes / Boys like us (dernière projection)
  • 14h15 : Sunhi (dernière projection) / Le Promeneur d’oiseau (ciné jeunesse – dernière projection)
  • 16h15 : Black Coal / Gett, le Procès de Viviane Amsalem
  • 18h30 : Résistance Naturelle / Leviathan
  • 21h15 : Le Sel de la terre (projection unique) / Maestro

DalmorePour l’anecdote

Dans Retour à Ithaque, le whisky que les personnages s’enfilent tout le long de la soirée est sensément ramené des Etats-Unis. Malgré le soin apporté par les personnages à ne jamais divulguer son étiquette, on reconnaît un single malt écossais, Dalmore.

A SAVOIR

La projection de “Résistance naturelle”, de Jonathan Nossiter, est organisée en partenariat avec l’AMAP de Gardanne. Une dégustation de vin bio sera proposée.

Une exposition de photos de Ribero Juliano Salgado accompagnera par ailleurs la projection du film de Wim Wenders à 21h, Le Sel de la terre, qu’on ne ratera sous aucun prétexte.

Le Sel de la Terre, ce soir à 21h (projection unique)
Notre article précédent sur le festival : En attendant Cantet

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