[Films 2012] Le top 10 de la rédaction

04/01/13 par  |  publié dans : Carnets, Cinéma | Tags :

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S’il existait un top des expériences éditoriales les plus désagréables, l’élaboration du top 10 “Films 2012” de la rédaction d’Envrak y figurerait sans aucun doute. Longue et douloureuse, sujette à débat, elle a finalement aboutie sous la forme ci-après : un peu en vrac (- bah oui). L’hydre à trois têtes du webzine, composée de Sabrina, Holden et Engy, nos rédacteurs cinéma Nils et Joris, ainsi que Virginie, rédactrice musique, se sont prêtés au jeu. A six rédacteurs, nous avons réunis 77 films issus du cinéma d’auteur, d’horreur et de blockbuster. Puis nous les avons classé. Pfiouuuf.

LE TOP 10 de la rédaction

top10Ek-V31. Moonrise Kingdom de Wes Anderson

Dans un monde où les enfants jouent aux adultes et les adultes jouent aux enfants, on apprend qu’aimer n’est pas jouer. Frais, malicieux et touchant, le film de Wes Anderson est à marquer d’une pierre blanche.

2. Holy Motors de Léos Carax

Poétique, intelligent, métaphorique, drôle, fantastique, dansant, aliénant, mélancolique, social, grinçant, cynique, cinématographique, envoûtant… Inclassable.

3. La Chasse de Thomas Vinterberg

Versant noir d’un conte de Noël où l’ogre se retrouve victime, La Chasse dénonce la sacralisation de la parole enfantine (celle de l’innocence contre celle de l’innocent), dépeint les ravages d’un mensonge là où Festen, le film qui l’a révélé en France, décrivait ceux de la vérité, et surligne tout jusqu’à l’étouffement : les ficelles dramaturgiques du film sont énormes mais font paradoxalement sa valeur. Au cœur de ce portrait sans concession d’une humanité noyée dans ses préjugés, l’immense Mads Mikkelsen nous terrasse.

4. Dans la maison de François Ozon

Ce récit à étages donne une réflexion intéressante sur le processus de création dont le scénario – écrit par Ozon lui-même – en est le juste exemple : une dissertation en images et à l’image, une œuvre complète et réussie.

5. La Cabane dans les bois de Drew Goddard

Le titre à lui seul souligne l’ironie à l’œuvre dans ce film épatant où tous les habituels travers du cinéma d’horreur deviennent les pivots essentiels d’une intrigue qui surprendra les spectateurs les plus aguerris. De cette inattendue mise en abyme surgit un bestiaire fantastique hallucinant, dans un dernier acte aussi fou que le concept même du film. Un exploit, doublé d’une réflexion sur la place qu’occupe le spectateur dans le processus créatif de toute œuvre cinématographique.

6. Les bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin

4000 petites filles auraient été auditionnée pour le rôle principal du film, celui de Hushpuppy, 6 ans. L’enfant retenue, Quvenzhané Wallis, est parfaite. Cette épopée lyrique tournée en Louisiane aurait pu reposer sur ses petits épaules, or tout y est soigné, du scénario à la photographie magnifique.

7. Bellflower de Evan Glodell

Mad Max chez les hipsters avec un budget de 17000 $… Evan Glodell bricole son film avec une liberté qui emporte tout sur son passage. Le cinéma indé’ n’est pas mort !

Ex æquo : Broken de Rufus Norris

Un montage tant intelligent qu’intelligible qui ose lâcher le linéaire habituel pour sublimer le fameux réalisme social britannique. Tandis que les images et les ambiances sont à la hauteur de la beauté d’un Tim Roth costumé.

Ex æquo : Millénium de David Fincher

De l’obsession dans un monde qui avance plus vite que soi. David Fincher dans une adaptation dense, racée, speedée. Comme The Social Network ? Oui. Comme Zodiac ? Oui. On appelle ça tracer ses obsessions.

Ex æquo : Le Hobbit de Peter Jackson

Juste pour le plaisir de retrouver l’univers magique de Tolkien et celui (certes un peu balourd) de Peter Jackson. Mention spéciale à Martin Freeman (Bilbon), so délicieusement british !

8. Amour de Michael Haneke

Amour, c’est le sentiment éponyme dans sa globalité, avec sa souffrance, ses anecdotes, sa tendresse. C’est “vouloir donner ce qu’on a pas” dit le dicton, ce que fait Haneke en signant un film qui lui ressemble dans ce qu’on ne lui connaissait pas, qui nous a fait l’aimer.

Ex aequo : Chronicle de Josh Trank

Dans le genre encombré et dévoyé du found-footage, Chronicle rejoint direct le top 3 auprès de Rec et Cloverfield.

Ex aequo : Sur la route de Walter Salles

Un road movie finalement sans prétention qui rend hommages aux belles routes américaines et à l’œuvre de Kerouac, mises en valeur par l’image de Walter Salles (Carnets de voyage).

9. Anna Karenine de Joe Wright

Le parti pris de Joe Wright d’assumer et d’appuyer un sublime côté théâtral fait de ce long métrage une œuvre hors des sentiers battus du simple film historique, encore embelli par des plans séquences virevoltants à tomber amoureux (du steadicam).

Ex æquo : De mémoires d’ouvriers de Gilles Perret

La Savoie, microcosme des mutations de la classe ouvrière, sert de point d’ancrage à ce documentaire qui dévoile un siècle d’histoire sociale, à la fois rageant et émouvant. Se souvenir qu’en 1904, quand les patrons utilisaient leurs mains pour tirer sur les ouvriers en grève, ceux-ci s’en servaient pour bâtir notre pays.

Ex æquo : La colline aux coquelicots de Goro Miyazaki

Malgré une apparence toute simple, ce film doux, poétique et réaliste (qui s’oppose au fantastique de Miyazaki père) est une belle métaphore mélancolique de la société japonaise contemporaine.

Ex æquo : Despues de Lucia de Michel Franco

Le Mexicain Michel Franco se saisit d’un fait de société malheureusement répandu – le harcèlement à l’école – avec une sobriété glaçante. Insoutenable par ses silences, son approche clinique, ses plans séquences éprouvants et sa maîtrise implacable du hors champ, Despuès de Lucia porte un coup énorme à l’estomac et à nos convictions qu’on pensait pourtant définitivement établies.

10. Oslo 31 aout de Joachim Trier

L’été touche à sa fin. Anders aimerait qu’il en soit de même de sa vie. Contemplatif et poignant, le film nous invite à regarder au creux de nous-même. Il y a les autres, leurs petites histoires, leurs soucis… Mais surtout il y a la solitude, l’errance, le vide… Et la drogue en est son triste berceau.

Ex æquo : Royal Affair de Nikolaj Arcel

Qui de l’adultère ou de l’amitié l’emportera ? Peu importe. 20 ans avant la révolution française, l’histoire peu connue du médecin qui insuffla les Lumières au royaume danois sidère. Une réhabilitation qui s’offre le luxe d’un grand Mikkelsen.

Ex æquo : Tucker et Dale fightent le mal de Eli Craig

Sous des dehors de slasher parodique (tendance Vendredi 13), le film de Eli Craig est un grand moment de comédie. Le face à face entre deux traditionnels antagonistes du cinéma d’horreur – les ados décérébrés et les péquenauds psychopathes – donne lieu à une série de gags outranciers que ne renieraient pas les Sam Raimi (Evil Dead) et Peter Jackson (Bad Taste) des débuts.

Ex æquo : Le Territoire des Loups de Joe Carnahan

Pour un budget 10 fois inférieur à un blockbuster estival, The Grey (beau titre original) en donne 10 fois plus. La grâce des paysages enneigés, sûrement.

Ex æquo : Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström

Une gentille comédie britannique romantico-dramatique à l’histoire insolite et à l’univers décalé, dont l’intérêt réside grandement dans le duo attachant, drôle, piquant et complémentaire (Ewan McGregor-Emily Blunt).

Les films qui n’ont pas survécu au consensus :

Il serait arrivé en 4ème place s’il ne datait pas de 1977 : Meurtre d’un Bookmaker Chinois de John Cassavetes était en deuxième position du top d’Holden et en troisième de celui de Sabrina. Ressortie en juillet 2012 également, Une femme sous influence (1975) de John Cassavetes serait, lui, arrivé 10ème du top.

Holden n’en démordait pas : c’était son meilleur film de 2012 : The Murderer de Hong-jin Na, sorti en salle le 20 juillet 2011, en DVD le 1er janvier 2012 aurait été 8ème. Également en 8ème position Shame de Steve McQueen au cinéma en décembre 2011, en DVD en avril 2012 était de son côté le premier film de Sabrina.

C’est en 1973 que sortait Quatre mouche de velours gris de Dario Argento, redécouvert à l’occasion du Paris International Film Festival et 9ème du top avant le consensus.

Enfin, on ne sait pas ce qu’il faisait là mais Exotica d’Atom Egoyan, film de 1994, arrivait 10ème du classement.

Les mentions spéciales

Mention “What The Fuck ?” : Invasion of Alien Bikini de Young-doo Oh (+1)
Mention fjord : Une Éducation Norvégienne de Jens Lien
Mention back in business : Twixt de Francis Ford Coppola
Mention zappette : Homeland et Breaking Bad (+2)
Mention “Je-l’ai-reçu-en-dvd-mais-j’ai-pas-eu-le-temps-de-le-voir-autrement-il-serait-dans-mon-top-15-parce-que-c’est-un-film-de-Quentin-Dupieux” : Wrong de Quentin Dupieux (+1)
Mention Intouchables-mais-en-mieux : Hasta la Vista de Geoffrey Enthoven
Mention zombie contemplatif : The Dead de Howard J. Ford
Mention court-métrage : La Question d’Emmanuel Bercot (intégré au film Les Infidèles)
Mention long-métrage qui a piqué le graphiste de Starbuck de Ken Scott : Touristes de Ben Weathley
Mention mauvais-goût à 61 240 000€ (dont 1M€ pour Dany) : Astérix et Obélix : Au service de sa majesté de Laurent Tirard (+1)
Mention festival du cinéma allemand : L’Invisible (Die Unsichtbare) de Christian Schwochow
Mention comédie moins drôle qu’un Haneke : Les Seigneurs d’Olivier Dahan
Mention second degré : The Expendables 2 de Simon West
Mention millième degré (sous la douche et sans baskets) : Cloclo de Florent Emilio Siri
Mention film de potes n°23458 : Radiostars de Romain Levy
Mention film de l’année 1973 mais surement pas 2012 : Dark Shadows de Tim Burton
Mention Moyen-métrage : Un monde sans femme de Guillaume Brac
Mention comique de répétition : In Another Country de Hong Sang-soo
Mention Mariage pour tous : Au delà des collines de Cristian Mungiu, Week-end de Andrew Haigh et Laurence Anyways de Xavier Dolan
Mention “La deuxième partie était vachement bien” : Tabou de Miguel Gomes
Mention film omnibus ET coup de cœur : The Theatre Bizarre
Mention film kawaï de l’année : Les enfants loups de Mamoru Hosoda
Mention pire que Sweeney Todd : Le magasin des suicides de Patrice Leconte
Mention film de boules belge : Bullhead de Michael R. Roskam (+1)
Mention film de prof québécois : Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau

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