Fiston : Franck Dubosc et Kev Adams, l’alchimie parfaite

03/03/14 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

Fiston afficheOn partait forcément avec de gros a priori : Franck Dubosc, chantre d’une génération de beaufs en tongs. Kev Adams, nouvelle sensation djeunz à gros cheveux. On n’avait pas envie de voir ça, on s’attendait à dégommer le consensus, à dénoncer du médiocre, à crier à l’arnaque. Comment, à la lecture d’un tel synopsis, à la vue d’un tel casting et d’une affiche aussi moche, ne pas redouter la grosse comédie franchouillarde bourrée de ficelles à rallonge, de saillies vulgaires et/ou réactionnaires ? Contre toute attente, Fiston nous a brutalement renvoyé notre condescendance à la figure. Ca fait mal. Mais ça fait du bien.

Les plaisirs coupables sont toujours bons à vivre

Malgré une absence totale de génie visuel – dont on se fout pas mal de toute façon, on ne va pas voir ce genre de film pour y dénicher le prochain Stanley Kubrick – Fiston, de Pascal Bourdiaux, évite de tomber dans bien des écueils (même s’il se vautre dans quelques clichés) pour tirer légèrement vers le haut la comédie française populaire plombée depuis trop longtemps par les Ontoniente, Clavier, Boon et con-sorts. Fiston est terriblement prévisible – on voit le moindre rebondissement arriver un demi-heure à l’avance. Il agace par le peu de choix formels mis en avant – Nora Arnezeder, femme de rêve toujours filmée au ralenti, ça soule assez vite. Il taquine par moment la fibre féministe de la spectatrice – quand on choisit Dubosc, c’est le risque à prendre. Les dialogues sont fragiles, pas toujours naturels, mais jamais vulgaires – sauf une fois, mais comme on a bien ri, on a décidé de passer outre.

Les contrepieds de Fiston, film à la fois très contemporain dans son propos et suranné à l’image (Aix en Provence est une carte postale, les téléphones portables disparaissent de l’écran, on y parle de twitter mais on roule en 4L) le rendent atemporel et paradoxalement très frais, un poil moralisateur mais pas suffisamment pour horripiler. Fiston n’est pas le film du siècle, il ne sera pas le film de l’année, mais ça n’est pas ce qu’on lui demande. Parce que les plaisirs coupables sont toujours bons à vivre, et parce qu’on est soulagé de ne pas avoir à subir la bouse attendue, Fiston séduit, arrache pas mal de rires (la scène des gifles, hommage bien senti à Lino Ventura, fait son petit effet), touche souvent, grâce à l’alchimie entre les piliers de deux générations d’humoristes. Même si Franck Dubosc est trop jeune pour jouer les vieux cons, l’abattage comique impressionnant des deux acteurs emporte tout, le premier s’octroyant le droit de changer enfin de registre en ajoutant à son arc la corde sensible. Avec en outre, le plaisir immense de retrouver Valérie Benguigui, géniale en “maman moderne” qui carbure au spliff et aux allusions grivoises. Si le choc des générations sur lequel il entend faire reposer son mince scénario ne fonctionne pas vraiment, Fiston fait dans l’humour ni trop gras, ni trop fin. On ne s’attendait pas à ça. On lui en sait gré.

Fiston, de Pascal Bourdiaux, avec Franck Dubosc, Kev Adams, Nora Arnezeder, Valérie Benguigui, Héléna Noguerra. Sortie le 12 mars.

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