Cinéma Allemand 2012 : Formentera, La Grâce

22/10/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

 Où le film au soleil aurait pu prendre exemple sur le film dans la neige.

FORMENTERA d’Anne-Kristin Reyels

C’est sous le soleil des Baléares que d’anciens hippies ont décidé de migrer loin d’une agitation toute continentale, et vivent en communauté dans une propriété sentant le sable chaud et l’espadrille. Deux pimpants berlinois investissent alors la maison pour les vacances. Ben est de la famille tandis que Nina ne connait personne.

L’atmosphère est à la robe le jour et à la bougie le soir, les sourires du diner remontent des joues rosies par le soleil espagnol, les rires allemands sont les seuls audibles à plusieurs kilomètres dans un cadre idyllique et calme, où le repos de Ben et Nina semble bien amorcé dès les premières images.

Sabine Timoteo – Nina – incarne de façon juste son personnage et après une gêne légitime, vite effacée face à ces inconnus, une autre persiste. Ce sera l’intrigue du film, où jalousie, doute et frustration se mêleront à cet inconfort persistant, tandis que Ben semble ne rien vouloir faire afin d’inverser la tendance.

Le tout est filmé par l’objectif d’une caméra numérique, lissant autant l’image qu’une histoire déjà pâle. Les paysages sont beaux, exotiques, jaunes, plats. 10 minutes, 20 minutes, la gêne de Nina, 30 minutes, la plage, 40 minutes, la gêne, toujours. Une paire de seins à l’image pourra réveiller les désireux endormis, une paire de fesse suivra pour donner une seconde chance aux plus fatigués et l’on retourne vite dans la situation du début où un simple évènement ajoute un faux suspense au tout.

Le film n’avance pas, il se traîne. Il assure bien un lien a minima avec son histoire de couple. Mais finalement, seuls les acteurs amènent un brin de relief à au paysage presque trop propre de l’île de Formentera.

LA GRÂCE de Matthias Glasner

Matthias Glasner s’en sort mieux dans la neige, où la Norvège accueille Niels et Maria en même temps que la nuit polaire. Le noir est donc un élément principal du film et le plan d’ouverture exposant un long travelling aérien sur une mer sombre donne le ton, tant celui du film que celui de son esthétisme.

Un noir de la nature et un noir du couple, toujours, où la différence avec Formentera s’opère sur les choix possibles des personnages apportés par le scénario. Chacun pourrait chambouler la situation alors que Maria et Niels se voient dotés d’un secret à garder. Les dangers pour le couple peuvent venir de tous les côtés, de la curiosité de leur fils à la jalousie d’autres, voire de leur propre situation de couple en apparence sur le déclin.

Le film peut alors passionner et éviter l’ennui grâce au principe chéri de Hitchcock (ou de Colombo) ; la conséquence est exposée avant la cause et le suspense remplace alors la simple surprise, le spectateur est tenu en haleine et les personnages s’en trouvent bien plus intéressants, principe manquant à nos Ben et Nina des Baléares.

Dans La Grâce, ce qui surprend, ce sont tous ces débuts de scènes qui montrent avec insistance l’arrivée où le départ d’un personnage en voiture. Pourquoi montrer en permanence que ce personnage arrive à cet endroit précis ? La voiture semble un des éléments clés du film : c’est elle qui représente les liens dans une région aux déplacements difficiles, c’est elle qui permet la vie, l’échange, le travail, et c’est aussi celle qui déclenchera le tournant du film.

Images majestueuses d’une Norvège enclavée autant que son couple d’acteurs qui finira nécessairement par retrouver la lumière du jour après un épisode hivernal passionnant.

Pour lire l’épisode précédent, c’est par là

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