Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles, de Laurent Cantet

26/12/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

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On avait quitté Laurent Cantet Entre les Murs d’un collège où sa belle aisance à brouiller les pistes entre réalité et fiction lui avait valu une palme d’or en 2008. On le retrouve dans un registre et un univers radicalement différents. Avec Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles, le cinéaste ausculte à nouveau l’adolescence, ses affres, ses aspirations, ses idéaux, ses rêves déçus et déchus. Mais loin de la salle de classe où la fluidité de sa narration (et la jeunesse en roue libre) faisait des merveilles, c’est l’Amérique des années 50, du Maccarthysme et des conflits (sociaux, raciaux…) qui sert de terrain de jeu à Cantet et à ses interprètes. Il y fait montre de peu d’audace formelle là où les héroïnes osent tout : le féminisme turbulent, l’opposition à un ordre patriarcal qui les aliène, l’arrachement à une famille qui ne les comprend pas, le combat perdu d’avance contre une société où l’émancipation est difficile, le crime qui va les ramener à une triste réalité. Et la tentation communiste, personnifiée par un vieil homme à la logorrhée nostalgique, seul mâle à trouver grâce aux yeux du gang, et paradoxalement seul personnage vraiment intéressant du film malgré (grâce à ?) une caractérisation excessivement stéréotypée. Le fond politique de Foxfire est passionnant. Il est aussi – hélas – esquissé, au profit des scènes (trop longues) où le gang se forme, se déchire, se re-forme et implose. Un parti-pris d’autant plus lassant que le contexte historique aurait pu donner lieu à de palpitantes extrapolations tout en resserrant le montage (en l’état, le film gagnerait à être amputé d’une bonne demi-heure). La sobriété de la mise en scène dessert le propos : rien ne dépasse, rien ne marque, rien ne brille, rien ne nous remue dans ce film interminable manquant furieusement d’arrogance. Déparé du charme sauvage de Bonnie and Clyde (Arthur Penn) et de l’ambiguïté sexuelle de Créatures Célestes (Peter Jackson), auxquels on a pensé plus d’une fois, Foxfire offre de rares fulgurances, notamment dans sa première partie (les actrices, très convaincantes, y sont pour beaucoup), mais pas assez d’aspérités.

Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles, de Laurent Cantet, avec Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson… Sortie le 2 janvier dans les salles.

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1 commentaire

    verlad  | 02/01/13 à 22 h 37 min

  • C’est un peu dur quand même. Ce film a des défauts, certes, il est trop long, c’est vrai, mais il est très intéressant, bien réalisé et très bien joué. Plus de détails et d’arguments ici : http://tinyurl.com/a7jq7l9

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