George Romero : politics of the dead (2)

17/10/09 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , , ,

Le jour des morts vivants (Day of the dead, 1985) : join the army !

Si ce troisième chapitre laisse le champ libre à une déferlante d’images excessivement gores (le maquilleur Tom Savini livre ici son travail le plus abouti et des déterrés aux faciès abominables), on en retient aussi une charge féroce contre l’armée. L’antimilitarisme déjà avoué dans The crazies est ici exacerbé au point de crétiniser ceux qui portent l’uniforme. Face aux soldats, des scientifiques. Les premiers capturent les zombies et les parquent dans des galeries souterraines. Les seconds pratiquent des expériences sur ces cobayes, menées par le docteur Logan, un savant illuminé qui s’est mis en tête d’apprivoiser les morts-vivants pour assurer une cohabitation pacifiste. Le jour où les militaires découvrent que Logan démembre les cadavres de leurs frères d’armes, ils décident de livrer l’équipe de scientifiques aux zombies.

Bub, le zombie savant du Jour des morts vivants.

Bien moins inspiré que les deux premiers films de ce qui est supposé être une trilogie achevée, Le jour des morts vivants se paye tout de même le luxe d’offrir une scène d’ouverture sublime et le beau rôle à une femme. Après la victime traumatisée (Barbara dans La nuit…), et la femme forte mais ultra protégée (Fran dans Zombie), la guerrière prend enfin le dessus. Il est également frappant de voir à quel point le zombie, lui, a évolué depuis son statut de simple affamé. Avec le personnage de Bub, mort vivant dompté par le docteur Logan et capable grâce à ce dernier, d’utiliser un rasoir ou se servir d’une arme en échange de quelques bouts de viande, Romero émet pour la première fois l’hypothèse que les morts vivants ont peut-être bien, à leur manière, des choses à dire.

Land of the dead (2005) : la tour sombre

Pour Romero, les morts vivants devaient être les piliers d’une trilogie consacrée aux démons de l’Amérique. Mais en 2001, le World Trade Center s’écroule, et le pays tombe en même temps que ses deux tours. Dans une profonde paranoïa. Romero décide de déterrer à nouveau ses créatures, pour dénoncer la peur de l’autre, et par extension, les inégalités qui perdurent au sein d’une civilisation où pour beaucoup, l’étranger devient synonyme d’ennemi.
Pour la première fois, c’est un grand studio (Universal) qui se charge de financer le tout, et nanti d’un budget beaucoup plus confortable qu’à l’accoutumée, Romero embarque ses personnages dans une ville où le carnage perpétré par les zombies a déchiré les survivants en deux camps : les plus riches, cloîtrés dans un quartier hyper sécurisé, surveillé par des militaires et entouré de barrières électrifiées, et les pauvres, ghettoïsés et livrés à eux mêmes face aux morts vivants. Dans le premier camp, une immense tour où vit le tout puissant Kaufman et sa cour. Dans le second, des mercenaires bien décidés à en découdre. La tour, symbole du capitalisme, va bien évidemment être la cible des laissés pour compte.

Plombé par une réalisation mollassonne, Land of the dead ne fait pas date dans l’histoire du film d’horreur. Reste le traitement du zombie, qui ici encore, prend une dimension beaucoup plus “humaine” que les êtres bel et bien vivants, trop occupés à se déchirer pendant que leurs comparses putréfiés apprennent à manier des armes, à s’entraider et à convoiter bien plus que de la simple nourriture. Au point même d’en arriver à une trêve avec les vivants. Une évolution spectaculaire, prolongement de la réflexion entamée via le personnage de Bub vingt ans auparavant.

Diary of the dead (2008) : les zombies au JT

Pourquoi s’arrêter à quatre ? Romero a encore tellement de travers à dénoncer qu’il s’attelle, dans la foulée de Land of the dead, à la réalisation d’un cinquième opus. Loin de l’échec formel de son précédent film, le réalisateur comprend qu’il doit désormais, pour toucher le public, marcher sur les plates bandes de ceux qui, paradoxalement, l’ont pris pour modèle ; à commencer par Zack Snyder, réalisateur de L’armée des morts, remake nerveux mais politiquement désengagé de Zombie. C’est donc sans travelling, sans steadycam, sans filet, que Romero trousse Diary of the dead, s’inscrivant pleinement et avec beaucoup d’élégance dans la veine des films usant de la caméra subjective. Ses héros prennent un coup de jeune, et son cinéma suit le mouvement.

Des étudiants en cinéma partis en forêt tourner un court-métrage, apprennent au journal télévisé que les morts se réveillent et se nourrissent de la chair des vivants. D’abord sceptiques, les jeunes gens finissent par subir eux-mêmes les attaques des non-morts. L’un des cameramen décide de tout filmer et de poster les images en direct sur Internet pour informer le plus grand nombre de la situation.
Quatre décennies après son premier film, Romero est toujours aussi engagé, et tape maintenant sur l’hémorragie d’images en provenance d’Internet et la panique qu’elle peut engendrer. Le cinéaste avait déjà pointé du doigt le pouvoir de persuasion et de manipulation par l’image médiatique, au début de Zombie. Cette fois-ci, il place ce sujet au cœur même du film, et même s’il affiche plus de 70 ans au compteur, le cinéaste parvient à reprendre, utiliser et dénoncer les nouveaux modes de communication avec un cynisme toujours aussi efficace.

A un moment, l’héroïne s’interroge sur la multiplicité des “voix” (témoignages vidéos sur Youtube, et par extension Tweets, posts sur les forums…) rendant encore plus difficile de débusquer la vérité. Les images ne sont pas justes, disait Godard. Elles sont juste des images. Ici, la réalité, vue à travers une caméra, est distordue pour ceux qui la filment sans relâche, à tel point qu’ils se contentent de devenir les témoins de la situation en oubliant d’aider ceux qui la subissent. Cette action passive fait beaucoup plus froid dans le dos que n’importe quel assaut zombiesque.

En attendant Survival of the dead

En quarante ans de carrière, George A. Romero aura réalisé seize films. Mais en dépit de quelques réussites telles que The season of the witch (fauché, mais audacieux dans son propos), The crazies (fauché, mais intelligent), Martin (fauché, mais poétique), c’est grâce à ses zombies que le cinéaste peut se targuer d’avoir construit une carrière. Là où d’autres se contentent de faire des zombies de simples monstres par lesquels l’horreur surgit sur l’écran sans autre forme de réflexion, Romero préfère, quitte à les instrumentaliser à outrance (Zombie pourrait n’être qu’une allégorie s’il ne revêtait pas la forme d’un vrai film d’action, fort réussi par ailleurs), les utiliser pour ôter à l’Amérique son vernis hégémonique. Ce qui ne l’empêche pas d’exceller dans l’horreur – les éviscérations sont légion dans ses films, et le gore, inoculé par touches dans La nuit… et inondant la pellicule dans Le jour…, y occupe une place de choix.
Succès publique mais aussi critique (en France, les publications les plus pointilleuses l’ont porté aux nues. Une première), Diary of the dead marque un renouveau dans le cinéma de Romero, qui, ces dernières années, semblait de plus en plus paresseux. On attend aujourd’hui la sortie de Survival of the dead, annoncé comme un nouveau pamphlet antimilitariste.

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