George Romero : politics of the dead

17/10/09 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : , , ,

1968. Pendant que les étudiants lèvent le poing un peu partout dans le monde, que le Vietnam s’embrase et que les manifestants fleurissent au printemps de Prague, un jeune Américain de Pittsburgh décide lui aussi que l’heure est à la révolte.

George Andrew Romero, 28 ans, aurait pu faire de la politique. Tendance gauche. Mais pour lui, aucun discours ne vaut celui que véhicule l’image. Après s’être fait la main sur quelques spots de pubs et une poignée de courts-métrages, Romero, entouré des amis qui avec lui écument les manifestations anti-Nixon, fonde la boite de production Image Ten.
Parvenant à réunir laborieusement 114 000 dollars – dont 60 000 de leurs poches – ils mettent en chantier un petit film d’horreur qui ne tardera pas à devenir culte, et qui fera de Romero le chef de file du “film de morts-vivants”.
Condamné à ne livrer les années suivantes quasiment que des longs-métrages mettant en scène des déterrés en quête de chair humaine – ce qui hélas occultera bon nombre d’œuvres tout aussi intéressantes – Romero va surtout s’attacher à instrumentaliser ses créatures et à en faire le symbole d’une Amérique gangrénée par la paranoïa et le sécuritarisme.

La nuit des morts-vivants (Night of the living dead, 1968) : le cauchemar commence

Pour des raisons très obscures, de nombreuses personnes décédées reviennent d’entre les morts et dévorent les vivants sans autre forme de procès. Quelque part en Pennsylvanie, une poignée de survivants trouvent refuge dans une maison abandonnée. Toute la nuit, ils devront faire face à l’assaut des zombies, de plus en plus nombreux.

Tourné en noir et blanc et nanti d’un micro-budget, La nuit des morts vivants bénéficie, pour les mêmes raisons, d’un aspect “sur le vif” qui lui confère son aspect unique et angoissant. Si beaucoup interprètent l’attaque des zombies comme une allégorie de la guerre du Vietnam, contre laquelle Romero s’élevait avec virulence, on retient surtout de ce premier film un choix de casting qui à l’époque, relève presque de l’inédit, le personnage principal étant interprété par Duane Jones, un acteur afro-américain. Le réalisateur a toujours affirmé avoir choisi Jones pour la qualité de sa performance lors des essais. Il n’en demeure pas moins qu’au moment où le film fut tourné, la ségrégation raciale faisait toujours rage aux États-Unis. Et ce choix de Romero est encore renforcé par le sort qu’il fait subir au personnage, en bute, à l’intérieur de la maison, au racisme et aux critiques d’un autre survivant. Impossible également de ne pas déceler à la fin du film l’empreinte de convictions politiques très fermes et sans appel (on ne dévoilera d’ailleurs rien du dénouement aux lecteurs n’ayant encore jamais vu le film). Sans parler de la séquence choc lors de laquelle une fillette, en dévorant son père et fracassant le crâne de sa mère avec une truelle, fait valdinguer de la manière la plus violente possible les valeurs familiales si chères à l’Amérique puritaine que Romero abhorre.
Dans ce premier opus comme dans les suivants, Romero souligne avec force que l’homme est un loup pour l’homme ; surtout lorsqu’il est vivant…

Zombie (Dawn of the dead, 1978) : “consommez”, qu’ils disaient…

Quatre ans après La nuit des morts-vivants, The season of the witch fait prendre à la filmographie naissante de Romero un virage inattendu dans l’allégorie féministe. Un film fauché, passé inaperçu (et réhabilité depuis peu par Wild Side dans sa collection des “introuvables”) mais absolument étonnant. Même échec pour The crazies, film anti-militariste sur la propagation d’un virus qui fait sombrer la population d’une petite ville dans la démence. Les distributeurs français tentent (vainement) de vendre le film au public en le retitrant La nuit des fous vivants.
Romero ne renoue avec le succès qu’en 1978 avec son second film de zombies, Dawn of the dead, où les survivants se cloitrent, cette fois-ci, dans un centre commercial. Là encore, la menace vient essentiellement de l’intérieur. Agglutinés derrière les immenses vitres du bâtiment, les zombies déambulent machinalement, poussent des caddies (“l’instinct…” note l’un des protagonistes)… Dedans, le consumérisme est poussé à son paroxysme au sein d’une micro-société composée de quatre personnes. Là où les vivres – et l’argent, désormais inutile – abondent, difficile pour les protagonistes de ne pas investir les lieux en conquérants. Encore plus difficile de tolérer l’arrivée impromptue de pillards qui, en ouvrant les portes du “mall”, vont permettre aux morts vivants d’y pénétrer par paquets de 100 (de sang ?). Mais les ennemis sont ici clairement désignés, et loin de s’allier contre ceux qui ont provoqué le chaos, les vivants vont tenter de s’entretuer. A la fin, il n’en restera que deux. Un carnage auquel Romero, en dépit d’un pessimisme flagrant, décide de donner une légère note d’espoir sous la forme d’un hélicoptère en manque de carburant et de destination…

Devenu aussi culte et encore plus engagé que son prédécesseur, Zombie bénéficie de deux versions : la version américaine montée par Romero, et celle, européenne, de son comparse italien Dario Argento. Montage plus nerveux, musique hallucinante (les Goblin, au top)… cette version-là, la plus connue par chez nous, est aussi la meilleure. A bon entendeur…
La suite de notre dossier : Politics of the dead (2)

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