Gérardmer 2012 : Les films en compétition

17/02/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Si Engy, Sabrina (et Capucine) avaient été dans le jury de la compétition cette année – peu importe lequel -, elles n’auraient pas récompensé le meilleur des huit films mais le moins mauvais. Elles auraient, en tout cas, procédé par élimination plutôt que par élection. Cette année, l’originalité se trouvait hors compet’, et non dans les ersatz de déjà-vu présentés ci-dessous, des longs-métrages qu’elles ne peuvent chroniquer sans en citer d’autres. Il existe cependant plusieurs paliers entre la fable divertissante et le navet. Assez pour nuancer.

Babycall : one more time [Grand Prix et Prix de la critique]

A la lecture du synopsis de Babycall, on avait senti la bonne idée. Anna s’installe dans une nouvelle ville avec son fils Anders, huit ans. Craignant le retour de son ex-mari violent, elle achète un babycall pour veiller sur l’enfant lorsqu’il dort dans la pièce à côté. Les bruits alarmants que capte l’appareil semblent pourtant provenir d’un autre appartement. Sensible, subtile, discrète, la réalisation de Pal Sletaune sert avant tout le récit, laissant à Noomi Rapace la charge de l’angoisse. Dans Babycall, Anna – perpétuellement sur la défensive – incarne la proie, peu importe qu’il y ait ou non un chasseur, un danger. Sa paranoïa suffit à tendre le spectateur, qui ne peut s’empêcher d’anticiper l’horreur, l’injustice, le moment où la jeune femme instable finira par tomber – malgré ses efforts. Attribuer le grand prix à ce thriller norvégien, c’est finalement rappeler que la force des bons films de genre réside aussi dans les thèmes abordés par le prisme de la peur.

La Maison des Ombres : comme son titre l’indique [Prix du jury ex-æquo – avec Beast qu’on a manqué]

L’Angleterre des années 20, une école hantée, une scientifique sceptique, une vieille dame étrange… Et l’impression gênante d’avoir déjà vu plusieurs fois ce film : L’Echine du Diable (Guillermo Del Toro), Les Autres (Alejandro Amenabar), l’Orphelinat (Juan Antonio Bayona)… Les fantômes ibériques tapis dans cette Maison des Ombres lui ôtent toute légitimité à exister dans un paysage cinématographique qui ne saurait souffrir davantage de resucées. La photographie superbe, les flash backs judicieusement remplacés par une maison de poupées reproduisant les scènes du passé, et Rebecca Hall, convaincante, n’y changent rien: le spectateur aura tout juste le temps de s’indigner avant de sombrer dans un profond sommeil.

Eva : les robots se font le Maillo [Prix du public]

Terriblement cheap au regard de l’ambition affichée, Eva, de Kike Maillo, souffre d’un manque flagrant de moyens, et d’une incapacité agaçante à créer l’émotion malgré les énormes ficelles mises en place. L’antithèse de celui dont il semble s’inspirer, AI de Spielberg, qui parvenait à instaurer une parfaite corrélation entre des moyens démesurés et un sentimentalisme exacerbé. Rien de tout cela dans Eva, dont les décors, vides, cliniques et froids, n’arrangent rien. Les effets spéciaux servent une histoire supposée se dérouler dans un futur assez lointain pour qu’on attende des accessoiristes qu’ils remplacent les briquets par des cigarettes auto-allumables, et les Seat Ibiza par des véhicules titillant un peu plus l’imagination. Daniel Bruhl, lui, ne convainc pas en scientifique de renom (trop jeune pour être crédible). Seule la petite Claudia Vega parvient à susciter l’intérêt. Insuffisant pour tirer le film de sa monotonie et lui insuffler une originalité dont il manque très cruellement.

Hell : pavé de bonnes intentions

Comme les autres longs en compétition, Hell ressemble à. A n’importe quel film post-apocalyptique, La Route notamment. Le soleil brûle la terre, l’eau potable se fait rare, de même que les denrées alimentaires et le carburant. Marie et sa sœur Léonie tente de survivre, avec l’aide de Philip, peu concerné par leur sororité. Ce sont les gentils. Il y a les méchants, plus organisés, qui font ce qu’ils peuvent, eux aussi. Manichéen sans l’être, ce film allemand sans prétention se dote d’une certaine finesse en traitant davantage de la lâcheté de l’humain que de sa barbarie. Tim Fehlbaum soigne sa mise en scène, alterne les points de vue pour faire monter le suspens, suggère sans alourdir sa réalisation d’extravagances mal venues. On suppose qu’il lèche également son image – à moins que ce ne soit les rayons du soleil -, on ne peut en témoigner : la copie était moche à Gerardmer. Si bien qu’on ne sait dire si le film a besoin de charisme ou si sa photographie le lui insuffle. Dommage, l’enfer ne nous inspire au final que sympathie.

The Cat : vous reprendrez bien un peu de croquettes ?

Dans la droite lignée des kaidan eiga (films de fantômes nippons avec robes blanches, cheveux dans les yeux et doigts crochus), The Cat, de Byung Seung-wook, vite vu vite oublié, ressemble à tout ce qui s’est déjà fait dans le genre – une fillette morte dans des circonstances étranges, revient se venger, aidée d’un chat caractériel. Le film se perd dans une intrigue minimaliste, servie par des dialogues réchauffés et mise en image avec une paresse qui frise l’insolence. La claustrophobie dont souffre l’héroïne, et qui aurait pu permettre au réalisateur de faire illusion lors des scènes de meurtres perpétrés dans des endroits confinés (un four, une buanderie, un ascenseur…), est tout aussi mal exploitée. Relégués hors-champs – ou dans la pénombre – les actes de violence commis par le fantôme vengeur sont aussi ronronnants que le chat du titre. Une belle purge, en somme.

Pastorella : salsa du démon

Le film WTF de la compétition : en marchant ouvertement sur les plate-bandes du réalisateur siphonné Alex de la Iglesia (Le Crime Farpait, Mes Chers Voisins, et surtout Le Jour de la Bête), Emilio Portes sait qu’il peut tout se permettre : un prêtre nonagénaire qui fornique avec une jeune et jolie religieuse, un exorciste au langage fleuri, un chef de la police à la tête d’un cartel de drogue… Et un officier obsédé par son interprétation du diable dans la pastourelle mise en scène par sa paroisse. A tel point qu’il n’hésite pas à user des stratagèmes les plus improbables pour récupérer son rôle. On est loin ici des déversements de tripailles auxquels nous habitue la programmation gérômoise. Les gags foisonnent, les personnages sont truculents, le final aussi dantesque que rigolard, les acteurs se régalent, le potache tâche (sans jamais tomber dans les outrances gore). Mais si le film a l’apparence des délires iglesiesques, il n’en n’a pas la saveur. Il lui manque la rage, la violence décomplexée, l’ironie exacerbée du Jour de la Bête pour être entièrement réussi. Une excellente idée de court métrage qui, sur la longueur, ne tient pas assez la route.

The Moth Diaries : règles douloureuses [On l’a pas vu mais Capucine, si]

Qui est le cinéaste post-adolescent qui a fabriqué cet objet audiovisuel nauséabond ? Mary Harron, la réalisatrice d’American Psycho. Ah bon? Il lui a fallu 12 ans pour accoucher d’un film adolescent prostré, débile et bourré d’acné. Ce qui s’annonce comme un petit teenage-movie fantastique qui aurait pu régaler une partie des moins de 16 ans assoiffés de poésie fantastique n’est autre qu’un mauvais film de festival. Rebecca qui ne se remet pas du suicide de son père, se fait en plus piquer sa meilleure amie par une nouvelle camarade aux airs de Mercredi Addams, un peu lesbienne, qui répond au doux nom d’Ernessa. Le pouvoir de séduction de cette intruse semble bien trop vampirique pour être honnête. Il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce film soporifique, mal joué, mal filmé, caricatural. On a mal pour les jeunes qui passent (encore une fois) pour des débiles. Finalement, on demande si on ne va pas revoir notre jugement sur Twilight.

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* Deux envrakées à Gerardmer 2012
* Reportage : 19e festival du film fantastique de Gérardmer [1/2]

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