Gérardmer 2013 : dernière fournée de films

15/02/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

mama
Vingt films en quatre jours de festival, du 31 janvier au 4 février, les envrakés (alias Clément, Sabrina, Engy et Capucine) n’ont pas chômé – sans compter les trailers de la peur, les conférences, les battles, les reportages vidéos (dont on livre le premier ci-dessous), ou les interviews de Christophe Lambert, Marina de Van, à venir sur Envrak. Vingts films dont seize déjà chroniqués par Engy et Sabrina. Il en manquait quatre, ils sont dans cette dernière fournée !

MAMA de Andrès Muschietti (Espagne et Canada) – En compétition

Deux petites filles ont disparu dans les bois le jour où leur parents ont été tués. Des années plus tard, celles-ci sont retrouvées et adoptées. Mais une certaine Mama continue de leur rendre visite…

mamaaffSortie de projection unanime : Mama allait avoir un prix – il remportera le Grand Prix, ceux du Jury Jeunes et du Public. Efficace et populaire, le film d’Andrès Muschietti avait plus de chance de toucher l’audience de Gérardmer que les autres longs-métrages en compétition : The Cracks était ennuyeux, Berberian Sound Studio expérimental, The End evanescent, The Complex insipide, Remington… controversé, The Bay un found-footage trop dense et You’re Next un slasher (- on ne récompense plus ce sous-genre depuis Scream, grand prix 1997).

Émouvant, effrayant, poétique et parfois drôle, Mama joue sur toute une palette d’émotion et de recettes fantastiques à succès, qui tirent autant la larme – à l’œil d’Engy – qu’elles provoquent le sursaut – de Clément. Le compromis idéal, en somme. On adhère à sa première partie, qui traite de la réinsertion des petites filles, devenues des sauvageonnes méfiantes et flippantes. Beaucoup moins à son dernier tiers tant il fout en l’air l’ambiance instaurée. Les meilleurs moments du film, les plus jolis et les plus astucieux, dissimulent “Mama” via la mise en scène et l’utilisation du décor. Ils reposent également l’évolution des sentiments de ses trois personnages principaux, et sur la justesse de ses trois actrices – par ailleurs sympathiques. Les dernières minutes se permettent de montrer à tout va l’entité ratée, tandis que la fin ose un happy-end démonstratif. Des défauts pas si pires, pourvu qu’on se laisse guider par son cœur – mais Sabrina n’en a pas -, plutôt que par sa cinéphilie. Et qu’on reconnaisse au film sa portée tout public : une porte d’entrée dont le cinéma de genre continue d’avoir besoin. Mama lance par ailleurs Andrès Muschietti, poulain de Guillermo Del Torro depuis son court-métrage éponyme (à découvrir ci-dessous).

BERBERIAN SOUND STUDIO de Peter Strickland (Royaume-Uni) – En compétition

berberiansound1976. Gilderoy, un ingénieur du son naïf et introverti venu d’Angleterre, est chargé d’orchestrer le mixage du dernier film du maestro de l’horreur, au Berberian Sound Studio. À mesure que les actrices se succèdent pour enregistrer une litanie de hurlements, Gilderoy doit affronter ses propres démons afin de ne pas perdre la raison…

L’un des films les plus hués de la compétition était aussi l’un des meilleurs. La critique et le jury ne s’y sont pas trompés en remettant à Berberian sound studio, de Peter Strickland, leurs prix respectifs, pendant que le public criait au scandale. Un rejet quasi unanime de la part des festivaliers, sans doute rebutés par l’approche expérimentale de ce long-métrage, parenthèse auteurisante dans une programmation dramatiquement consensuelle et attendue. En criant son amour du cinéma, trop souvent considéré (à tort) comme un art exclusivement visuel, par le prisme du son, Peter Strickland fait montre d’une belle audace. Quitte à basculer dans l élitisme et à perdre en cours de route une partie du public venu pour les mauvaises raisons : on s’attendait à du Blow Out (mais le synopsis est presque trompeur) et à du Giallo (mais l’affiche, hommage à Quatre mouches de velours gris, induit en erreur). On se retrouve plongés dans un cauchemar qui finit par se matérialiser, dans les dernières minutes, par une magistrale mise en abyme sensorielle dont on ne dévoilera rien ici. Berberian Sound Studio (qui, au passage, démontre que les sons naissent dans les choux) ne ressemble donc à rien d’identifiable et c’est précisément ce qui fait sa valeur.

THE END de Jorge Torregrossa (Espagne) – En compétition

the-end-torregrossaUn groupe d’amis de longue date se retrouve le temps d’un week-end dans un chalet en montagne. Témoins d’un étrange incident, ils se retrouvent soudainement abandonnés à leur sort. Parti cherché de l’aide, le groupe devient de plus en plus restreint, tandis qu’autour de lui, toute vie humaine semble avoir disparu.

L’illustration parfaite, s’il était encore besoin de le démontrer, que la qualité d’un film ne dépend pas de son budget, et que la fin du monde sur un écran de cinéma peut s’octroyer le droit d’être anti-spectaculaire sans pour autant flouer le spectateur. C’est d’ailleurs lorsqu’il tente timidement d’accélérer le rythme que The End – prix du jury ex aequo – ne convainc pas (la fuite d’animaux sur une falaise ou une meute de chiens affamés – il en faut plus pour impressionner). Le film fonctionne au contraire quand il laisse son intrigue (très mince) reposer sur le minimalisme, la suggestion et le hors champ (on ne voit pas les personnages disparaitre : d’un plan à l’autre, ils ne sont simplement plus là, rien ne saurait être visuellement plus logique). Une vision intime de l’apocalypse, dont les toutes dernières images confinent même au mythologique.

VENENO PARA LAS HADAS de Carlos Taboada (Mexique) – Hors compétition

Une petite fille soutient à sa camarade de classe qu’elle est une sorcière et la force à l’inviter pendant les vacances dans le ranch de sa famille pour fabriquer du poison.

venenoCarlos Enrique Taboada adopte le point de vue de l’enfance pour mieux en dévoiler la cruauté, là où d’autres, sans aucune prise de risque, préfèrent évoquer son innocence. C’est donc à hauteur des deux fillettes que le réalisateur raconte leur histoire. Un parti pris assumé à l’extrême : dans Veneno para las hadas, les adultes sont filmés de dos, ou montrés par fragments – leurs pieds, leurs cheveux, leurs mains.. Un procédé qui rend impossible tout contrechamp, et qui oblige le spectateur à s’identifier aux seuls personnages visibles : les petites filles. L’expérience est troublante. Elle est surtout glaçante, les actes commis par les héroïnes en toute impunité étant plus que condamnables. On pense plus d’une fois aux Créatures Célestes de Peter Jackson – qui s’est très probablement inspiré du film de Taboada – et à ses jeunes héroïnes s’imaginant pouvoir faire le mal en toute innocence. Un film ensorcelant et poétique, au dénouement malsain.

Vous n’y étiez pas?

Vivez ou revivez la cérémonie de clôture de la 20ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer. Avec Fouad Benhammou, Fanny Valette, Pierre Perrier, et Christophe Lambert.

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