Gerardmer 2013 : deuxième fournée de films

02/02/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Malgré les trombes de pluies qui ont inondé les envrakés sur place (leur optimisme du premier jour les a perdus), voilà leurs avis à chaud sur les films du deuxième jour du festival Gérardmer 2013.

DAGMAR : L’âme des vikings de Roar Uthaug (Norvège) – Hors compétition

Après la peste noire, règne la loi du plus fort. Des truands assassinent la famille de Signe, kidnappe la jeune fille. Elle cherche à leur échapper.

La Norvège c’est beau. On le concède à Roar Uthaug, qui dupe les spectateurs avides de violence avec ses dangereux vikings – dont l’une des principales barbaries consiste à manger avec les doigts. Il ne nous faut pas longtemps pour revoir nos attentes, lorsque le chef de meute annonce à la captive que ses hommes ne la toucheront pas. S’en suit une course poursuite, beaucoup de paysages, un peu d’émotion, un peu d’action, rien de folichon. Ca passe pour 75 minutes, ou ça passerait en 52 : pour la télévision.

DAGMAR

REMINGTON AND THE CURSE OF THE ZOMBADINGS de Jade Castro (Philippines) – En compétition

Remington doit affronter une malédiction qui le poursuit depuis l’enfance et un tueur en série parti en croisade contre les gays.

On a entendu que Remington… encourageait l’homophobie quand le film tient le discours inverse. Seules ombres au tableau : quelques maladresses, dont la confusion entre homosexuel et gay efféminé – voire travesti (on espère une éventuelle erreur de traduction). Pour le reste, Jade Castro livre un film original, à l’humour folle – camp – et jusqu’au boutiste. Les trois scénaristes (dont il fait partie) assument sans faiblir leur délire. On salue leur prise de risque, on apprécie que les raisons du tueur en série nous soient volontairement épargné (puisqu’il n’y en a pas qui tiennent) et on sourie beaucoup, surtout lorsque l’acteur principal crève l’écran. Remington… peine cependant à tenir le rythme soutenu de sa première partie – où même les temps de pause sont sujets aux gags ! Les bonnes idées de la seconde moitié relancent toutefois – et sans cesse – l’entrain qui s’éteint.

Remington-and-the-Curse-of-the-Zombadings-1

THE CRACK d’Alfonso Acosta (Argentine/Colombie) – En compétition

Un an après le meurtre de la jeune Marcela, sa famille part s’isoler quelques temps à la campagne dans l’espoir d’en faire le deuil. Rapidement la famille s’enfonce inévitablement dans une spirale de folie.

Nul besoin de le savoir pour constater que The Crack est un premier film argentin. Le drame familial, l’ambiance chargée ou la noirceur des personnages en sont autant d’ingrédients, qu’épice habituellement une pincée de verni craquelé. Malgré les essais transformés de ses compatriotes, Alfonso Acosta ne converti pas le sien : on s’ennuie terriblement. D’autant que derrière son scénario alambiqué se cache un propos d’une évidence : si on ne fait pas son deuil, ça devient moche. Et The Crack met du temps à salir ses personnages.

el-resquicio

You’re Next d’Adam Wingard (Etats-Unis) – En compétition

La réunion de famille des Davidson tourne brusquement court lorsque leur demeure est prise d’assaut par un groupe de tueurs psychopathes en déguisement d’animaux.

Rien ne laissait présager, à la lecture de son synopsis, que You’re Next allait verser non pas dans le « home invasion movie », mais bien dans la parodie de ce sous-genre souvent casse-gueule. Le concept en lui-même (des inconnus pénétrant dans une maison pour décimer ses habitants) obligeant les cinéastes à user d’ingéniosité pour sortir du lot. Adam Wingard, pour se démarquer, choisit l’humour. Bien lui en prend, car entre deux meurtres hyper violents, le cinéaste ose tout : les dialogues décalés, les personnages stupides, l’héroïne complètement badass, les gags empruntés à Maman j’ai raté l’avion. Une excellente surprise, pour l’instant largement gagnante à l’applaudimètre.

Youre-Next2

HANSEL AND GRETEL : WITCH HUNTERS 3D de Tommy Wirkola (Etats-Unis) – Hors compétition

Hansel et Gretel ont aujourd’hui soif de vengeance, et ils s’en donnent à cœur joie. Pourtant, sans le savoir, ils sont désormais victimes d’une menace bien plus grande : leur passé.

On avait forcément des a priori. Le casting (Jeremy Renner et Gemma Arterton, en mode glamour), le parti pris scénaristique (des chasseurs de sorcières armés de grosses pétoires) et… la 3D, qu’on n’aime décidément pas. Mais le Hansel et Gretel de Tommy Wirkola n’est finalement pas la daube attendue. La scène pré-générique, où les deux enfants terrassent la sorcière du conte originel (le maquillage très réussi rend la créature franchement flippante) donne le ton : le film sera violent, décomplexé, fun, bien rythmé. Pas un chef d’œuvre – d’autant que la 3D, inutile, gâche un peu le plaisir coupable – mais bien distrayant, pour peu qu’on soit d’humeur à se vider la tête.

Hansel-Gretel-Witch-Hunters-One-Sheet

ROOM 237 de De Rodney Ascher (États-Unis) – Hors compétition

L’idée est excellente : réunir une poignée de spécialistes du Shining de Kubrick (1980) et leur demander d’exposer leurs théories sur le(s) sens du film. Mais le documentaire qu’en tire Rodney Ascher l’est beaucoup moins, lui. Le malaise vient d’abord de la non existence, à l’écran, des intervenants dont on entendra uniquement les voix – le réalisateur compensant leur absence physique par un parti pris un peu maladroit : celui de donner aux « narrateurs » les visages des personnages kubrickiens (Bill dans Eyes Wide Shut, Alex dans Orange Mécanique, Humbert dans Lolita…) Le film achève de nous convaincre de son illégitimité quand on comprend (très vite) que les fameux experts convoqués par Ascher ont tout des parfaits aliénés directement castés dans un asile. Entre ceux qui voient dans Shining une allégorie de l’Holocauste (par le biais du nombre 42), ceux persuadés de voir le visage de Kubrick dans les nuages du générique de début, ceux qui y lisent une métaphore du génocide indien (sur des étiquettes de boites de conserve), ou encore ceux affirmant que dans Shining, Kubrick apporte les preuves de sa participation au film de l’alunissage d’Apollo 11, on est bien en peine d’en prendre un seul au sérieux. Mais au moins, on a bien rigolé.

shining__le_film_sans_fin_388_north_626x

Sur Kubrick, voir aussi l’article Expo Kubrick : résolument pas assez

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire