Gérardmer 2014 #2 : Dark Touch / Rigor Mortis

31/01/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

rigormortis

Gérardmer, jour 2. On se lève avec une furieuse envie de sécher les cours pour confectionner un bonhomme de neige, boire du vin chaud au petit dej, s’asseoir dans un café pour regarder les gens tomber dehors. Mais on a trois films à voir, dont deux en compétition : Dark Touch de Marina De Van, et Rigor Mortis de Juno Mak. La bonne humeur s’efface, au profit d’une sévère déprime à la vision de ces deux films très différents mais traversés l’un comme l’autre par un irrépressible besoin de mort – celle que l’on donne, celle que l’on se donne. Plombants, mais fascinants. Heureusement, le délirant documentaire de fin de soirée, Super 8 Madness, permet de décompresser autour de vieilles bobines fauchées, méconnues mais irrésistibles, auxquelles Fabrice Blin et l’équipe de Metaluna rendent hommage avec une passion sans borne. Mais celui-là, on en reparlera demain.

Dark Touch, de Marina de Van

19M_145-Dark-touch-LARGEOn garde de Marina de Van un souvenir très particulier : celui de la précédente édition du festival de Gérardmer, dont elle était membre du jury et où on tentait vainement de l’interviewer. Un exercice qui s’était soldé par quelques minutes d’images totalement inexploitables, tant la réalisatrice avait envie d’être partout sauf devant notre caméra. Une expérience un peu traumatisante. Presque autant que la vision de Dark Touch, son nouveau film. Sous couvert d’une histoire de gamine aux pouvoirs télékinésiques destructeurs, Marina De Van aborde en vérité, un sujet très délicat : la maltraitance sur les enfants. Même si le thème est traité par le prisme du fantastique et non celui du réalisme, difficile de ne pas frémir plus d’une fois face à l’horreur vécue par la petite Neve (Missy Keating livre une performance démentielle du haut de son mètre douze) et face à celle qu’elle va faire subir aux adultes qui l’entourent. Aussi cauchemardesque que Les Révoltés de l’an 2000 et Le Village des Damnés, paré d’une photographie sombre et sublime et d’une partition dissonante renforçant le malaise ambiant, Dark Touch frappe par sa radicalité et sa neurasthénie.
Un souffle glacé nous parcourt le dos pendant les dernières minutes, les plus terrifiantes et les moins réussies du film. La (superflue) surenchère de violence finale n’occultera pas les quelques minutes magnifiques où Neve goûte le bonheur furtif d’être entourée de parents aimants. Une respiration bienvenue, mais trop brève.

DARK-TOUCH
[Ndlr : bien qu’il soit dispo sur le net, et puisqu’on aime le film, on refuse de vous présenter le trailer de Dark Touch qui en montre trop]

Rigor Mortis, de Juno Mak

rigor-mortis-posterDifficile de parler ici de Rigor Mortis, tant les conditions dans lesquelles on l’a visionné ont rendu sa compréhension quasi impossible : la moitié de l’écran occupée par la tête d’un festivalier, le tiers des sous-titres dissimulé par les cheveux d’un autre. Les contorsions n’y font rien (si : elles donnent mal au dos) : Rigor Mortis nous échappe. Dommage, car le côté gauche de l’écran était saturé de bien belles images, celles d’un homme malheureux au point de vouloir se donner la mort dans un immeuble peuplé de vampires et autres fantômes se livrant à une bataille dont les élans poétiques sont plombés par des effets spéciaux numériques complètement foirés. On décèle ça et là quelques bribes de dialogues, quelques bouts de magie, quelques moments de grâce, une infinie mélancolie, beaucoup de créativité. A force de vouloir faire de l’expérimental joli, Juno Mak peine quand même à se faire comprendre – même si on avait eu accès au côté droit de l’écran, pas sûr que l’intrigue eut été plus pénétrable. On attend de le revoir dans de bonnes conditions pour se faire une opinion définitive.

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