Gérardmer 2014, #4 : Sonno Profondo / Courts-métrages / The Babadook

03/02/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Il fallait bien que ça arrive : il pleut. On est encore loin du déluge de quatre jours subi l’an dernier mais ce que les nuages nous crachent mollement au visage suffit à nous faire perdre patience dans la file qui s’allonge de façon spectaculaire avant la séance la plus attendue de la journée : celle de The Babadook, qui deux jours plus tard, raflera les deux tiers des récompenses. On n’en est pas encore là. Avant de découvrir l’un des meilleurs film de ce festival, il faut se coltiner le pire.

Sonno Profondo, de Luciano Onetti (hors compétition)

sonno
On cherche encore les mots. Vendu comme un hommage au giallo (film italien à la lisière de l’horreur et/ou du policier répondant à des codes visuels assez précis et qui dans les années 60/80 a vu régner Mario Bava et Dario Argento, entre autres), Sonno Profondo a pourtant tout de la parodie – assumée ou non, on ne sait toujours pas. A l’instar des superbes objets visuels proposés par le binôme Cattet-Forzani (dont les festivaliers découvrent L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps hors compétition), Sonno Profondo propose une variation autour du giallo, via une galerie de tableaux ne répondant à aucun schéma narratif précis. Mais là où les Cattet-Forzani réinventent le genre, Luciano Onetti l’ingurgite et le vomit dans la foulée, avec tous les désagréables remugles que cela implique. Aucune ambition visuelle, un étalage de plans très moches et inutilement longs (cf celui où la main gantée du tueur tente en vain de tourner une clef dans une serrure, pendant une éternité), une avalanche de poncifs se succédant sans aucune cohérence. Le point de vue intégralement subjectif – à l’exception d’un plan hautement ridicule où le tueur surgit de derrière un tronc d’arbre, couteau à la main et cagoule au visage, gros fou rire dans la salle – achève de rendre la chose irregardable. On a trouvé le mot : “con”.

Compétition des courts métrages

THE-VOICE-THIEF
Un constat cette année, après les relatives bonnes surprises des éditions précédentes : les réalisateurs des courts-métrages sélectionnés pour cette compétition 2014 ont de belles images à montrer, mais aucune histoire à raconter. En dehors du très court Eve, où l’émotion finit par sourdre dans un déluge d’effets numériques servant une jolie histoire d’amour, on ne retient pas grand chose des autres films présentés : la science-fiction vaguement cérébrale de Entity (jolie prouesse technique par ailleurs, particulièrement au niveau sonore), celle moins allégorique de On/Off, l’hyper violence gratuite de Peine de Mort, le sympathique Silence (seul court de la sélection à avoir été écrit sur plus d’une page), le trop long mais joliment éclairé huis-clos de 9m2 et le pétard mouillé de Runaway ne séduisent pas les membres du jury, qui outre la mention spéciale accordée à Eve, ne peuvent que se rabattre sur la seule proposition intéressante de la sélection : The Voice Thief de Adan Jodorowsky, qui emprunte (avec talent) à son père tous ses automatismes : situations absurdes, ésotérisme poussé à l’extrême, kitscheries diverses, galerie de freaks illuminés (stricto sensu). C’est à peu près tout ce que le jury présidé par Alexandre Bustillo et Julien Maury a pu se mettre sous la dent. On a connu plus nourrissant.

The Babadook, de Jennifer Kent (en compétition)

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Les habitués le savent : le film projeté le samedi soir a (logiquement, vu le taux de remplissage de la salle) toutes les chances de figurer au palmarès, catégorie “prix du public”. Sans même l’avoir vu, on sait que The Babadook va d’une manière ou d’une autre, créer l’événement. De fait, la surprise est grande : loin du film de fantôme plus ou moins vendu par sa bande-annonce (qu’on n’aurait pas dû regarder), le film centre son intrigue minimaliste sur l’étonnante relation entre une veuve inconsolable et son petit garçon hyperactif, tous deux harcelés par une créature sortie d’un livre d’images. Faux film de “maison hantée”, vraie parabole sur l’impossible deuil et le surgissement tardif des peurs enfantines (les rôles s’inversent habilement, entre une mère terrorisée et un garçonnet prêt à prendre les armes sans une once d’hésitation), The Babadook permet à ses deux interprètes de livrer une incroyable paire de performances, et aux spectateurs de sursauter d’effroi devant l’invisible. Une jolie prouesse, à peine gâchée par les rares apparitions du “monstre”, discrètes mais inutiles.

Pendant ce temps, Capucine a vu Miss Zombie et Ablations (à venir dans nos prochains papiers)…

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