Gérardmer 2014, #4bis : Last Day on Mars / Ablations / Miss Zombie

04/02/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Tandis que Sabrina enchaîne nuits blanches, les interviews, les battles vidéos, et les choix hasardeux [ndlr : comme louper les 13 premières minutes du prequel de 300 pour se farcir l’abominable Sonno Profondo], Capucine, grande alliée du webzine Envrak à Gérardmer (cf les années précédentes), twitteuse et photographe pour notre compte, vit également son festival. Et parce qu’on a manqué trois films en compétition, dont le Grand Prix, Miss Zombie, la voilà prête à nous aider une énième fois, sous les remerciements chaleureux des envrakés, et les vôtres – ça va de soi.

Last day on mars de RUAIRĺ ROBINSON

LAST-DAYS-ON-MARS
On ne se soucie guère du sort de cette équipe en train de vivre les derniers moments de leur expédition sur Mars. On hausse à peine un sourcil quand l’un des leurs qui avait disparu revient sous la forme d’une sorte de zombie énervé. On s’endort carrément lorsqu’ils sont infectés les uns après les autres. On est enfin soulagé lorsque le héros finit par se débarrasser de ses congénères, non pas qu’on se soucie particulièrement de son sort, mais c’est surtout la fin du calvaire…

Ablations d’ARNOLD DE PARSCAU

ABLATIONS

Sur le papier ça ne donne pas envie : un jeune réalisateur fraichement sorti d’un école de cinéma (ayant la mauvaise réputation d’être une école pour enfants riches) accouche de son premier long-métrage à Gérardmer. Mais en fait, c’est le réalisateur d’un très beau court-métrage Tommy, en compétition au festival deux années auparavant, le scénario est signé Benoît Delépine et enfin, on aime ses acteurs. On a finalement très envie de l’aimer ce film.

Lors de la présentation, Benoît Délepine raconte avoir recruté le metteur en scène de son scénario en tapant sur google “jeune réalisateur aimant Polanski et Lynch” et on comprend son pari un peu fou de s’être associé à Arnold de Parscau, car celui-ci à du talent. La mise en scène est incroyablement soignée et d’une grande maturité. Les scènes de rêves sont effectivement très lynchiennes et les décors sortent tout droit de Ghost Writer de Polanski. Absolument rien n’est laissé au hasard, chaque plan est aussi bon que celui qui le précède. Un régal pour les yeux.

Le personnage joué par Denis Menochet se réveille au bord d’une rivière, avec un mal de crâne et surtout un rein en moins. Tellement obsédé par la découverte de ce qui lui est arrivé, cet homme va sacrifier sa vie pour la vérité. On suit avec avidité et surprise le parcours de ce mec paumé, et de sa femme qui ne comprend rien. On aime son errance et on avance dans le récit à la fois en confiance et subjugué. Puis, on trébuche. Il reste 20 minutes de film, du coup, les excellents Yolande Moreau et Philippe Nahon nous balancent la réponse. On oublie en une seconde toute la subtilité de la mise en scène et l’excellent jeu de Denis Menochet à cause de ce scénario qui se casse la gueule. Dommage.

Miss Zombie de Sabu

MISS-ZOMBIE
Une grosse boîte est livrée dans une famille. A l’intérieur de celle-ci : une femme zombie en cage au regard vide, recroquevillée sur elle-même. Celle ci doit rester végétarienne sous peine de devenir violente. Pas de problème donc pour sortir ce gentil zombie un peu déprimé et lui coller le rôle de la soubrette de service dans cette famille riche japonaise. Son rôle se limite à gratter le sol de la terrasse encore et encore du matin jusqu’au soir sans jamais se plaindre. Cette jolie jeune fille un peu sale et pleine de cicatrices attire bientôt la convoitise morbide des hommes de la maison, du gamin qui la photographie sous toutes les coutures, au mari qui exerce sur elle son droit de cuissage en passant par les employés qui la violent sans une once de regrets.

Malgré une mise en scène soignée et un joli noir et blanc, le film tourne en rond pendant longtemps : la répétition des jours, des tâches, des attitudes agacent un peu. Et puis le récit reprend finalement de la vigueur et le discours du film s’intensifie pour déboucher enfin sur une fin impeccable. La force de ce film, au delà de la réalisation élégante, c’est ce qui se passe dans la tête de la mère, celle qui regarde cette morte-vivante gratter inlassablement sa terrasse, ressusciter son enfant, attirer toutes les convoitises. On peut aisément comprendre l’état de celle qui se voit voler sa place par une écervelée muette et suppurante alors qu’on est une femme au foyer parfaite et aimante.

Loin des clichés des films de zombies furieux redondants et qui polluant depuis longtemps le cinéma de genre, Sabu nous invite à une réflexion poétique et sociologique sur les zombies, ce qui semble avoir décontenancé le public agité de Gérardmer avide de sang et de sensations fortes. Comme un pied de nez, le jury lui décerne son Grand Prix.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire