Gérardmer 2014, jour #3 : Super 8 Madness, We are what we are

01/02/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

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Gérardmer, jour 3 : L’équipe organisatrice du festival a décidé de mettre le bordel dans les files d’attente. Jusqu’alors, les journalistes et autres accrédités presse (parmi lesquels trainent invariablement quelques bloggueurs, on vous laisse le soin de débattre là dessus dans votre coin) pouvaient atteindre les salles via leur propre file. Plus maintenant. Alors que les VIP défilent pour s’approprier les meilleures places de l’espace Lac, tout le monde est désormais logé à la même enseigne, badges ou pas. Dés le premier jour, l’effet ne s’est pas fait attendre : grosses gueulantes parmi les accrédités, et pas mal de papiers assassins en perspective. Ici, on aura un seul conseil à donner à l’organisation : l’année prochaine, proposez donc des pass VIP aux festivaliers de moins d’un mètre soixante. On se comprend…

Tombville, de Nikolas List (hors compétition)

C’est l’histoire d’un fils de pute coincé dans sa propre tête. Là, il fait tout noir. De drôles de personnages surgissent des ténèbres pour le torturer, lui souffler des mots dont il ne comprend pas bien le sens. Des réminiscences de son enfance lui permettent peu à peu de remettre de l’ordre là dedans, mais l’absurdité règne, et la porte de sortie semble avoir disparu. Bizarrerie belge dont les premières minutes mettent le spectateur sur la mauvaise piste (un enfant assiste à l’agression de sa mère prostituée par un inconnu. Il a une arme. Il tire. Sur qui ?), Tombville – qui aurait tout aussi bien pu s’intituler Wombville (womb = utérus), propose une intéressante réflexion sur la culpabilité refoulée. A la limite de l’expérimental, extrêmement déroutant, le film étire sur 70 longues minutes une bonne idée de court. Un format qui lui réussirait sans doute davantage, même si en l’état, l’objet intrigue déjà pas mal, ne serait-ce que pour le très bon travail sonore et la performance convaincante de l’inconnu Pierre Lognay, qui porte le film de bout en bout.

Super 8 Madness, de Fabrice Blin (hors compétition)

Pour beaucoup de jeunes spectateurs dont l’honnêteté cinéphile ne saurait être remise en question, Super 8 est un film de JJ Abrams, sorti en 2011, gros carton dans les salles. Pour d’autres, beaucoup un peu moins jeunes, le super 8 désigne avant tout un format de film , mis à l’honneur dans les années 80 par un festival discrètement mythique créé par Jean-Pierre Putters (fondateur – et alors rédacteur en chef – du magazine Mad Movies). Gros carton dans la salle. Celle qui, selon l’humeur et la patience du généreux exploitant concerné, accueille les improbables bobines projetées et les très nombreux spectateurs qui vont avec : indisciplinés, perturbateurs, bruyants. Passionnés. Une époque qu’on n’a pas connue, parce qu’on avait 4 ans lors de la première édition du festival, et qu’on en avait 10 quand il s’est terminé. C’est avec des étoiles dans les yeux et du grain dans l’image qu’on a découvert le documentaire de Fabrice Blin, consacré à tout un pan essentiel de l’histoire du cinéma fantastique en France. Plutôt destinée, à l’époque, à l’immortalisation d’instants familiaux, la caméra super 8 s’est rapidement retrouvée entre les mains d’artisans du genre livrant des courts métrages qui ont rivalisé d’inventivité et de subterfuges pour faire naître la magie à l’écran (et vas-y que je gratte la pellicule pour faire jaillir des étincelles, que je te fabrique de la tripaille avec de la farine et des biscottes, que je simule une désintégration de zombie avec l’aide de ma mémé, que je te coupe des bouts de pellicule avec de la colle plein les doigts…) Super cheap et parfois franchement étonnants voire d’une rare poésie, les courts dont le documentaire présente quelques extraits sont autant de témoins d’une époque révolue à laquelle a succédé l’ère des appareils photos numériques, des smartphones et de Youtube. La créativité et le système D supplantés par la réactivité et la facilité. A l’écran, de nombreux intervenants (réalisateurs, producteurs, journalistes…) évoquent ces années-là avec un enthousiasme partagé, à peine entamé par une énorme frustration : on ne (re)verra sûrement jamais ces films. Massacre au débouche-chiotte, Handicapman 1 et 2, Sanguine etc, ces ersatz de superhéros et d’aventuriers campés par des acteurs au talent très très approximatif, ces effets gorissimes à mourir de rire, ces bricolages auxquels des artistes comme Peter Jackson, Sam Raimi ou Steven Spielberg se sont eux-mêmes livrés au début de leurs carrières respectives… Condamnés à n’avoir existé que le temps d’un âge d’or auquel ce documentaire rend hommage de belle (et drôle) manière.

We are what we are, de Jim Mickle (en compétition)

Remake d’un film mexicain qu’on n’a pas vu (Ne Nous Jugez Pas, de Jorge Michel Grau), We are what we are confirme dés ses premières images tout le bien qu’on pensait de Jim Mickle à la vue de ses deux précédents films (le très fauché mais très bon Mulberry Street et le moins fauché mais très bon Stake Land )

De facture élégante, drapé dans une photographie lui conférant des airs de conte de fée, We are what we are détourne l’horreur mainstream et les effets gore pourtant attendus dans ce type de récit (du meurtre dans la cave, on ne verra rien. Idem pour le découpage de la viande, qui se résume à quelques lignes dessinées au rouge à lèvres sur le corps de la victime) pour mieux prendre le temps de caractériser le moindre de ses personnages, y compris de beaux seconds rôles pour lesquels on se surprend à trembler plus d’une fois. Film antireligieux où un déluge quasi biblique révèle le secret d’une famille à l’inquiétante discrétion, We are what we are fait dans la dentelle, à commencer par celle qui orne les robes des deux jeunes filles au centre de l’intrigue, elfes blonds meurtris par le péché de chair – mais pas celui qu’on croit. Un raffinement qui touche jusqu’au dénouement, pourtant atroce et sans espoir. On s’en doutait un peu, mais on en est maintenant sûrs : on tient là un vrai bon cinéaste.

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