Gérardmer 2014, jour #5 : The Sacrament / Kiss of the Damned

04/02/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Clôture Gérardmer 2014diaporama (photos : Capucine Henry)

 

Dernier jour. Niveau météo, tout va bien. Niveau programmation, aussi. C’est aujourd’hui qu’est projeté l’un des films pour lesquels on a fait le déplacement : The Sacrament, de Ti West. C’est aussi aujourd’hui que sera livré le palmarès. On pourra d’ailleurs y assister : on avait pu intégrer la file des VIP, le premier soir, grâce à un ami producteur. On l’intégrera à nouveau, pour cette ultime soirée, grâce à un ami réalisateur. On en profite pour les remercier tous les deux.

The Sacrament, de Ti West (en compétition)

THE-SACRAMENT

On aime Ti West au point d’avoir été emballés (le mot est faible) par Trigger Man (2007), un film que le monde entier semble détester (4,7 sur IMDB). Auréolé d’un statut de réalisateur un peu hype, artisan d’un revival 70-80’s sublimement mis à l’œuvre dans The House of the Devil (2009), Ti West est un poseur d’ambiance. Un hypnotiseur qui après deux tiers de film où rien ne se passe (en apparence…), réveille ses victimes dans un déluge de scènes choc. C’est peu ou prou ce qu’il réitère dans The Sacrament, même si curieusement vu le sujet, le cinéaste prend moins de temps qu’à l’accoutumée pour introduire lieu et personnages : soit une jungle inatteignable (sinon en hélicoptère) où vivent en autarcie une centaine de personnes totalement suspendues aux pieuses paroles de celui qu’elles nomment “Père”. Une équipe de télévision se met en tête de livrer un reportage sur cette communauté qui ne tardera pas à dévoiler ses véritables desseins.

La présence d’un caméraman parmi les personnages centraux du film permet à Ti West de tomber dans une facilité à laquelle il  nous avait rarement habitués, le point de vue subjectif, ici doublé par moments : l’équipe de tournage comporte aussi un photographe mettant ponctuellement son appareil en position “vidéo”. Autour de ces deux subjectivités ayant déjà du mal à cohabiter, un troisième point de vue (le classique regard omniscient) jette une autre lumière sur les événements. L’équilibre formel (et narratif) se retrouve parfois fragilisé par la multiplication de regards pourtant miraculeusement crédible (le personnage du cadreur verbalise explicitement les raisons pour lesquelles il laisse sa caméra allumée). A l’image, les personnages y gagnent en caractérisation malgré la brièveté de l’exposition (ce qui chez Ti West, équivaut tout de même à une bonne demi-heure…) La séquence finale n’en est que plus choquante. Si contrairement à ses précédents longs-métrages, aucun élément fantastique ne vient entraver la crédibilité du récit (inspiré par le massacre de Jonestown dans les années 70), l’inexplicable décision prise collectivement par les adeptes du “Père” à la fin du film fait planer sur The Sacrament une inquiétante étrangeté. Quelque chose de l’ordre du cauchemar, dont absolument personne ne peut se relever. Ce qui justifie pleinement sa présence dans la sélection gérômoise cette année.

Kiss of the damned (film de clôture)

KISS-OF-THE-DAMNED

La veille, la présence de The Voice Thief dans la compétition des courts métrages provoquait un mini débat : le fils Jodorowsky avait-il réellement besoin d’une telle vitrine, au détriment de réalisateurs aux patronymes moins célèbres ? Pour autant, malgré le questionnement légitime, force était de constater qu’Adan Jodorowsky appliquait avec un talent certain, les leçons de cinéma visiblement apprises de son père. Présenté en clôture, Kiss of the Damned, de Xan Cassavetes, a provoqué le même débat, dont l’issue s’est révélée totalement différente : flou, mal (ou pas du tout) étalonné, alourdi par une bande originale faussement chic, alignant les clichés avec une détestable insolence, le film de la fille Cassavetes n’arrive jamais à la cheville d’un Jean Rollin – c’est dire le niveau. Absolument rien à sauver dans cette histoire de vampires (qu’on a déjà oubliée), surtout pas ses stupides dialogues, son dénouement horriblement moralisateur, ni ce plan infâme convoquant aussi bien le Ténèbres d’Argento que Trouble Everyday de Claire Denis : un mur éclaboussé de sang, que Xan Cassavetes se révèle incapable de filmer correctement (il fallait le faire). Quand on porte un nom aussi prestigieux mais qu’on livre un film aussi inepte, par respect pour l’immense cinéaste que fut John Cassavetes, la moindre des délicatesses serait de prendre un pseudonyme. Ou de laisser le cinéma tranquille.

Le palmarès

babadook
The Babadook de Jennifer Kent, aka le grand gagnant

Avant de subir Kiss of the Damned, il a bien fallu survivre à l’interminable cérémonie de clôture, qui a tout naturellement consacré The Babadook. On aurait aimé que le très beau film de Marina De Van, Dark Touch, reparte auréolé d’un prix, tout comme We Are What We Are, de Jim Mickle (auquel on décerne le prix Envrak). Mais le film de Jennifer Kent a finalement presque tout raflé : Prix du jury jeune, prix de la critique, prix du jury et prix du public. Sur scène, les différents remettants louent de concert l’exceptionnelle interprétation des deux acteurs principaux, Essie Davis et le petit Noah Wiseman, qui portent sur leurs épaules non seulement le film tout entier, mais le doute jamais vraiment dissipé sur l’existence de la créature qui les hante.

Seuls The Sacrament (prix SyFy) et Rigor Mortis (prix du jury ex aequo) sont passés entre les gouttes. Tout comme le très inattendu Miss Zombie, du Japonais Sabu – hué par une grande partie du public – qui remporte le grand prix du festival. Du côté des courts, comme indiqué avec précipitation dans notre précédent report, c’est donc The Voice Thief, d’Adan Jodorowsky, qui rafle la mise.

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