Have you met Anamaria Marinca?

02/03/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Il y a des personnalités dont l’orthographe s’apprend au fil des recherches Google. Anamaria – un seul n et quatre a – est de celles-là. Une Scarlett roumaine, si on osait, puisqu’on sait épeler Johansson depuis Sofia Coppola. En 2007 derrière la caméra de papa Francis Ford, notre actrice du mois n’a pu briller : L’homme sans âge, c’était mauvais. L’exp(l)osition sur grand écran du talent d’Anamaria Marinca tient à la Palme d’or de la même année, 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu. Laissons à La Révélation (Storm), en salle le 17 mars prochain, le soin de vous le confirmer, et à l’article ci-dessous celui de vous le présenter.

A gauche, Scarlett, à droite, Anamaria… Bon, ok : ça ne se compare pas.

Un seul N, comme dans Génèse

2003. Au cinéma, la saga Harry Potter a déjà commencé mais David Yates ignore qu’il filmera les quatre derniers blockbusters jusqu’au Reliques de la mort 2 (sic). Pour l’instant, il fait de la télévision, réalise State of Play / Jeux de Pouvoirs (série adaptée en long-métrage en 2009). Comme c’est bien, il rempile en 2004 avec un téléfilm britannico-canadien en deux parties : Sex Traffic (diffusé en France sur Arte), où il questionne le commerce sexuel en Europe et aux Etats-Unis. Le montage est vif, le message est fort, la fiction remporte 18 récompenses dont le BAFTA TV Award de la meilleure série dramatique. Anamaria Marinca, elle, reçoit celui de la meilleure interprétation féminine pour le rôle central du dyptique : celui d’une immigrante de l’Est forcée à la prostitution.

Avant de faire dans le fric, David Yates faisait dans le socio-politique.

Née en 1978 d’une violoniste et d’un prof de théâtre, Anamaria Marinca sort de l’école d’Arts de Lasi en Roumanie quand elle est repérée pour tourner au Royaume-Uni. « I was playing the immigrant, whereas back home, I would be able to play Shakespeare or whatever » (« Je jouais l’immigrée, alors que chez moi, je pourrais jouer Shakespeare ou autre. ») remarque-t-elle. Peu importe Shakespeare, rectifions-nous, car ce rôle la sublime déjà tant il la met à nu, au propre comme au figuré. Elle concède : « I’m much more real when I’m playing a character, I’m more vulnerable, and you can see me more than maybe meeting me on the street. » (« Je suis beaucoup plus vraie quand je joue un personnage, je suis plus vulnérable, et on me perçoit davantage qu’en me croisant dans la rue. »). Sœur et mère célibataire, son personnage Elena Visinescu pleure, cri, embrasse, endure et se bat. Le couplet force et détresse s’interprète incarné. Jouer une femme abusée, c’est aborder le trafic humain côté victime : « It’s about losing your dignity » (« Ça parle de perdre sa dignité ») confie l’actrice, qu’on perçoit impliquée.

Quatre A comme pour Apprendre, Alarmer, Attester ou Aspirer

Rebelote dans l’autre sens. La douce Anamaria Marinca vit à Londres lorsqu’elle reçoit l’appel de Cristian Mungiu, qui lui envoie le scénario de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, abordant l’avortement sous dictature communiste, et la condition féminine de l’époque (par extension). L’actrice prend l’avion pour passer en Roumanie les essais qui lui attribueront Otilia, l’inoubliable meilleure amie dévouée. « C’est plus fort que l’amitié je crois, c’est l’humanité » précise-t-elle sur la croisette cannoise en 2007 dans un français fluide et maladroit, qu’elle prononce qui plus est d’une jolie voix – aussi agréable qu’en anglais, roumain ou allemand.

Là, elle n’est pas avenante mais c’est parce que sa copine vient de se faire entuber.

Après sa réplique à Tim Roth dans un film dont elle ne soupçonnait pas l’insipide résultat, Anamaria Marinca retourne outre-manche pour les cinq épisodes de The Last Ennemy. Le thème ? La liberté (ou l’aliénation) individuelle. Le rôle ? Une médecin activiste. La série télévisée, réalisée par Robert Carlyle (alias Gary/Gaz de Full Monty) soulève des questions intéressantes (héritières d’Orwell) mais se perd en ne répondant pas à celles de son intrigue. Difficile d’y entrer, d’autant que l’intelligence n’évite pas les clichés. Mais on nous parle droits de l’homme, ni plus, ni moins, comme ça papotera violence et morale l’année suivante dans Five minutes of Heaven d’Oliver Hirschbiegel, lui aussi branché sujets légers (L’Expérience, La Chute, Invasion). Vous pensez actrice engagée ?

C’est plus fort je crois, c’est l’humanité. En juin 2009, Anamaria Marinca est à l’affiche de Boogie de Radu Mutean, au synopsis moins plombé : Bogdan, marié, un enfant, retrouve ses potes de lycée et refait le monde sans sa femme pour la soirée. L’air de rien, la notion de bonheur et le sens des valeurs s’y redéfinissent avec le recul relatif du couple et de la parentalité. Un film en pleine nouvelle vague roumaine, à savoir doté d’un réalisme et d’une sensibilité à fleur de festival, moins populaire en salles. A tort, puisque s’y offre ici une dispute conjugale ingénieusement pensée : Bogdan et son épouse haussent le ton dans une salle de bain exigüe tandis que leur fils dort à côté. Ou comment parquer la mauvaise foi entre quatre murs quand les portes ne peuvent pas claquer. Dans son second rôle, Anamaria Marinca joue au plus juste – « Acting is about being much more real than in real life » – la femme effacée à forte personnalité et illustre l’épuisante double vie de nombreuses mères, humbles et ingratifiées.

Le bonheur n’est pas plus tape à l’œil que les bons choix de carrière.

2010. Maintenant qu’on aime Anamaria Marinca, on se réjouit de pouvoir en profiter les deux prochains mois. En mars dans La Révélation d’Hans-Christian Schmid, comme principale témoin d’un procès de crime contre les femmes et l’humanité (- voyez-y son pléonasme). En avril dans La Comtesse de Julie Delpy, biopic de la légendaire Elizabeth Bathory (rôle réservé à Julie), cette femme sanguinaire piégée par le diktat de la beauté. On a vu les extraits, Anamaria en costume, on n’accroche pas mais soit. Quand on vient de l’Est, on garde sa nationalité dans les films nationaux mais devient moldave dans Sex Traffic, bosniaque dans The Last Ennemy ou serbe dans La Révélation. Pour rester roumaine dans les films étrangers, il faut qu’un filigrane évoque Dracula (L’homme sans âge/La Comtesse), c’est un peu chiant, mais c’est comme ça – « Back home, I would be able to play Shakespeare or whatever ». Anamaria Marinca fait du théâtre au Royaume-Uni et en Roumanie. Elle figure aussi dans les campagnes de pub contre le cancer, là où sert sa notoriété : dans son pays.

 

Trois consonnes et cinq voyelles : quelqu’un m’a dit que le cinéma servait aussi à témoigner.

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