Hitchcock : Un coup dans l’eau

11/02/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

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Le grand Alfred, avec la complicité de sa femme et plus fidèle collaboratrice Alma Reville, met sa fortune en jeu pour son prochain projet : Psycho.

Un biopic de plus

Après Chaplin, Welles et dans une moindre mesure Huston (Chasseur blanc, cœur noir), un autre géant de l’âge d’or hollywoodien passe sous le rouleau compresseur de cette même industrie. Exercice périlleux car Hitchcock est certainement le réalisateur qui a le plus fait couler d’encre, de la jeune garde d’antan des Cahiers du cinéma (Chabrol, Rohmer) aux biographies racoleuses (Donald Spoto), en passant par les interprétations masturbatoires de Jean Douchet… Difficile d’apporter aujourd’hui un regard neuf sur l’homme.

Alors pourquoi faire un film sur Hitchcock ? C’est vrai qu’un biopic, c’est l’assurance commerciale d’avoir déjà un grand nom en tête d’affiche (qui en plus ne viendra pas se plaindre puisqu’il est mort. Sa femme aussi.), encore faut-il un supplément d’âme pour emporter le spectateur et réussir le compromis entre fiction et réalité historique. Autant le dire tout de suite, Sacha Gervasi nous sert un film trop propret pour émouvoir et trop romancé pour du docufiction. C’est ce qui arrive quand on veut ratisser large. Certes le spectacle se laisse gentiment regarder, mais quand on met en scène un génie du cinéma, un « inventeur de forme » comme disait Truffaut, on est en droit d’attendre autre chose qu’un banal divertissement digne d’un téléfilm du samedi soir.

Commençons par la fin, celle qu’on connaît déjà : Psycho sera un succès public retentissant et marquera le sommet de la carrière d’Hitchcock. Les obstacles se limitant à la production et à la censure, les scénaristes ont voulu compenser cette absence de suspense (doux paradoxe pour un film sur le Maître…) en lorgnant sur les codes de la comédie romantique. Même si l’effort est louable pour sortir de l’ombre Alma Reville, les petites jalousies conjugales du “vieux couple” ne sont guère palpitantes, d’autant plus qu’elles n’ont aucune répercussion sur le tournage de Psycho. On préférera alors retenir leur collaboration et la manière dont Alma Reville influençait le travail de son mari.

Vu et revu

L’autre penchant du film est ensuite la représentation d’Hitchcock au quotidien et au travail. Pour confronter le génie à ses obsessions, le film choisit de personnifier sa face sombre, un procédé semblable à celui du biopic Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar. Le Gainsbarre d’Hitchcock prend ici les traits d’Ed Gein, le tueur en série qui a inspiré Psycho. Ce dernier, avec sa tête de vilain psychopathe, vient donc régulièrement lui hanter l’esprit et lui taper la causette, provoquant de grosses suées à ce pauvre Alfred.

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Et si quelques rares moments sont bien sentis d’un point de vue cinéphilique (la manière dont Hitchcock dirige ses acteurs ou son anticipation des réactions du public), le reste navigue entre caricature et gentil voyeurisme. Hitch’ mange en bon obèse, boit en bon alcoolique, mate les photos de ses ex- « blondes glaciales » en bon pervers, et nous sort une de ses vannes macabres en bon boute-en-train. A l’image de la mise en scène, l’ensemble reste bien trop lisse et superficiel pour espérer entrevoir l’essence du génie d’Hitchcock.

Les têtes d’affiche, enfin, ne sauveront pas les meubles. Si l’élocution d’Anthony Hopkins est plus convaincante que ses prothèses pour camper Hitchcock, Scarlett Johansson est bien moins crédible en Janet Leigh, se mouvant avec un sourire niais dans cette reconstitution de la Paramount de 1959.

hitchcockOn ressort alors du film avec la sensation d’avoir feuilleté un magazine en papier glacé dans une salle d’attente, avant la projection de Psycho. En somme, un making-of 4 étoiles produit par Paris Match.

Après l’année 2012 et ses quatre biopics de luxe (La Dame de Fer, J. Edgar, Cloclo, My week with Marilyn), 2013 lui emboîte déjà le pas avec Lincoln et Hitchcock. Qui sera la prochaine victime ? Suspense…

Hitchcock de Sacha Gervasi, au cinéma depuis le 6 février 2013.

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