Holy Motors de Léos Carax : où est la poésie ?

03/07/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Sur Envrak, nous l’avions annoncé d’emblée à Cannes : Holy Motors de Leos Carax est un chef d’œuvre, nous lui attribuions la palme d’or. Holden et Sabrina l’ont vérifié en projection presse et le premier a réagi « Léos Carax ne se prend-il pas trop au sérieux ? Où sont passés la poésie, le romantisme, l’énergie ? ». Cet article est pour lui, pour ceux qui le suivront dans cette pensée.

L’énergie, c’est l’Acteur.

Oscar est acteur professionnel. Sa vie se résume à neuf vies par jour, des rendez-vous où on ne perçoit pas la caméra, tour à tour banquier, mendiante, ou alien numérisé. Entre chaque prise, Oscar retourne à sa voiture, il se (dé)maquille, se change, ouvre un nouveau dossier dans lequel il découvre ses dialogues, sa famille, ce qu’il doit interpréter. Oscar s’essouffle mais va jusqu’au bout, pour le cinéma. Il se donne comme Denis Lavant se donne à Holy Motors, avec un talent d’acteur à faire frissonner.

L’acteur c’est le moteur (sacré). Lui ou la limousine qui l’entraine d’un lieu à l’autre avant de se garer. Une limousine qui peut tout incarner : du metteur en scène au cinéphile, des coulisses du septième art à son économie. L’énergie – celle du monde ? – peut être la foi, celle du personnage principal, une foi envers le cinéma, envers ce qu’il reste à transmettre ou partager. La foi ou l’espoir, au-delà des obstacles et à travers les sacrifices. Au-delà de la reconnaissance qui se fait de moins en moins présente. Et cela semble être le cri d’Holy Motors « voilà ce que le cinéma peut faire ». Le cri de son cinéaste maudit « voilà ce dont je suis capable quand vous me produisez ».

Le romantisme, c’est Paris.

A travers les vitres de la limousine qui entraine Oscar d’un lieu à l’autre : la capitale. On entend, en passant par le rond point de l’étoile, que le quotidien de l’homme côtoie les plus grands monuments. Si le clin d’œil s’adresse aux parisiens, le monde s’accorde à penser qu’il n’y a pas ville plus romantique. Ici : Eva Mendes au Père Lachaise, Kylie Minogue à la Samaritaine, c’est – confessons-le – digne d’un Woody. Pourtant, les situations se mettent au service de la rencontre entre ce que représente la star et ce qu’elle représente Là, dans ce si beau tableau.

 

L’essence du romantisme s’avère surtout la revendication de l’état d’âme du poète, ou du cinéaste. Des cinéastes, quand on voit ici et là, un peu de Kusturica (avec l’accordéon), un soupçon d’Honoré (la comédie musicale). Ou encore, le « je », le « moi », du cinéma français. Léos Carax devait jouer le rôle de Michel Piccoli – on le cherchera ailleurs. Il laisse ici au grand acteur le soin de poser ses questions.

La poésie, c’est l’Art.

Grandir avec le cinéma, c’est savoir – sans avoir vu de films spécifiques – qu’il existe des codes propres au fantastique ou à l’action. De l’imaginaire collectif qui pose une ambiance plus rapidement qu’une introduction. Le genre cinématographique devient alors une figure de style, et l’enchainement d’une dizaine d’entre eux dans Holy Motors confère au long-métrage son lyrisme et sa densité. Au-delà des vers, au-delà de la prose, la poésie – du grec « faire, créer » – se définit par l’expressivité.

Le cinéma, c’est aussi du son, des dialogues, de la réalisation – on le qualifiait de complet. Léos Carax soigne son flacon tout en offrant à son public l’ivresse de la musique, des mots et de l’image. Certaines scènes peuvent pécher, notamment sur le dernier tiers du film, parce qu’Oscar n’y croit plus. L’évolution du cinéma échappe au personnage d’Holy Motors comme il échappe à d’autres, avec son flux interminable de productions. Faire ou créer, là est aussi la question. Mais quand les moments les plus esthétiques déconnectent parfois du sens, la magie opère. C’est la richesse du septième art qui pousse chacun à se focaliser sur ce qui l’émeut le plus, au détriment de ce qu’il y a finalement (beaucoup) à interpréter.

Léos Carax ne se prend-il pas trop au sérieux?

Et Raymond Queneau alors? La poésie, le romantisme, ce sont aussi les sentiments contre la raison, la frontière entre l’objectivement beau et le subjectivement magnifié. Où trouver la vérité? Au commencement. Là où il y avait le verbe créer. Comme si Léos Carax s’intéressait soudain aux définitions, ou comme s’il nous poussait à y réfléchir. L’Histoire du cinéma, de la critique et du public se sont toujours entremêlées. Holy Motors peut être vu comme un exercice de style esthétiquement presque parfait, ou comme un chef d’œuvre justement bien imparfait. Si les artistes ont de l’égo, les spectateurs aussi – Holden et moi les premiers. On ne vous forcera pas à aimer le film, mais, si on pouvait, on vous forcerait à y aller.

Holy Motors de Léos Carax
Dans les cinémas le 4 juillet 2012.
Avec Denis Lavant, Edith Jacob, Eva Mendes, Kylie Minogue.

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