Home, sweet haunted home

06/07/11 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Film de facture apparemment classique, Insidious, de James Wan, parvient pourtant à sortir des sentiers balisés par toute une génération de cinéastes biberonnés à La maison du diable. Car chez Wan, malgré une admiration sans faille pour un cinéma de genre très codifié (portes qui grincent, silhouettes menaçantes, violons stridents), ça n’est pas la maison qui est hantée. Ce sont les personnages. On n’en dira pas plus ici pour ne pas révéler le retournement de situation intervenant à la moitié du film. Mais le cas Insidious est emblématique d’une heureuse tendance de certains cinéastes à rendre hommage à ce que l’on peut bien appeler les “films de maison hantée”, tout en y injectant de nouvelles idées, des ingrédients inédits, une terreur toute contemporaine.

Précurseur dans ce domaine, La maison du diable (The haunting, 1963), chef d’œuvre absolu de Robert Wise, capitalisait sur l’énorme potentiel offert par les effets sonores. Point de spectre dans les pièces mal éclairées de l’immense maison-titre, mais une présence signifiée par les coups de boutoir d’une entité invisible contre les portes des chambres. Quatre ans auparavant, La nuit de tous les mystères, de William Castle, enfermait ses protagonistes dans un manoir prétendument hanté, mais appartenant en fait à un milliardaire excentrique. Ce dernier offrait à une dizaine de personnes de passer une nuit dans les lieux en échange de 10 000 dollars. Ici, la maison se voit offrir un nouveau statut, celui d’attraction. Investie par des adeptes de “tourisme macabre”, la bâtisse est l’ancêtre des fameuses maisons-fantômes des fêtes foraines. Pas étonnant de retrouver, dans un célèbre parc américain reproduit en région parisienne, la réplique presque exacte d’une autre illustre demeure : celle de Norman Bates, dans Psychose. A sa manière, Alfred Hitchcock réinvente en 1960 le concept de maison hantée, en intégrant une dimension psychologique non seulement au récit, mais au lieu-même de l’action. La terreur, ici, surgit en même temps que les “fantômes” de Norman Bates, ceux qui l’ont fait sombrer dans la folie.

Un demi-siècle après les films de Castle et Wise, le genre dans sa globalité est (des)servi par toute une génération de cinéastes davantage portés sur le gore à tout prix. Mais étonnamment, le film de maison hantée, lui, continue à bénéficier d’une facture “traditionnelle”, qui privilégie la suggestion à l’outrance. Il faut dire que le sous-genre se prête particulièrement à l’art du hors-champ, les indésirables (fantômes, démons, extra-terrestres, serial killers…) n’apparaissant que rarement à l’écran, du moins pendant la première partie du film (personne, en général, ne déroge à cette règle).

Hantés, oui, mais pas forcément par des esprits malins ou des revenants mal intentionnés… Car les manifestations ectoplasmiques observées dans ces lieux hautement cinématographiques sont souvent générées par des secrets de famille enfouis, une enfance violente, des ancêtres peu fréquentables. Le cœur d’une maison hantée bat entre des murs de pierre, mais résonne au rythme d’une complainte. Si les esprits de Poltergeist (Tobe Hooper) ou Amityville (Stuart Rosenberg), grands classiques du genre dans les années 80, ne sont pas franchement amicaux, certains se donnent la peine d’être drôles (Ghostbusters, d’Ivan Reitman, Fantômes contre fantômes, de Peter Jackson…), infiniment tristes (Dark water, de Hideo Nakata), étrangers à leur propre mort (Les autres, d’Alejandro Amenabar). On s’intéressera d’ailleurs particulièrement au film d’Amenabar, où la révélation finale modifie du tout au tout la perception première que le spectateur avait du récit :

[ATTENTION SPOILER]
enfermés dans leur propre maison (pour des raisons de santé, nous dit-on), les personnages des Autres luttent contre les esprits malins qui veulent les déloger, avant de réaliser qu’ils hantent peut-être eux mêmes leur propriété. Morts et vivants deviennent interchangeables, au sein de lieux où d’autres ficelles narratives sont désormais permises [FIN DU SPOILER].

Les fantômes ne sont plus les seuls à hanter les maisons. Les maisons ne sont plus les seules à être hantées. Un hôpital dans Fragile (Jaume Balaguero), un orphelinat dans… L’orphelinat (Juan Antonio Bayona), une voiture dans Christine (John Carpenter), un hôtel dans Shining (Stanley Kubrick), un réservoir d’eau potable dans Dark water et aujourd’hui, le corps d’un enfant avec Insidious. Preuves que ce sous-genre que l’on croyait forcément cloisonné, est un puits sans fond de nouvelles idées. A l’instar d’Oren Peli – malgré la qualité toute relative de son Paranormal activity – James Wan fait partie de ceux qui balisent de nouveaux sentiers et ouvrent de nouvelles perspectives. Tout en versant dans un classicisme invétéré et de bon aloi à l’heure où la violence gratuite devient la norme. Loin des effets de mode (les suites de Saw, Hostel…), et contrairement à certains sous-genres dont on finira par se lasser (vampires, zombies…), la maison hantée n’est pas prête de fermer ses portes.

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