Inception : oui mais…

17/07/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Au milieu de films hollywoodiens tous plus régressifs et copiés-collés les uns sur les autres, il suffit qu’un petit malin arrive avec quelques idées fraîches et un peu de sérieux pour se voir qualifier de génie. Bonne nouvelle : il y a encore, quelque part, un public friand d’entertainment à la fois friqué et adulte. Mauvaise nouvelle : Inception n’est pas le chef d’œuvre d’un nouveau Kubrick, « simplement » un divertissement classe AA, plus intelligent et plus original que la plupart des horreurs qui envahissent les écrans ces temps-ci.

Cobb est un bandit de haut-vol, spécialisé dans le piratage des pensées de ceux dont il infiltre les rêves. Il est débauché par Saito, richissime homme d’affaires, non pas pour exfiltrer mais infiltrer une idée dans la tête du jeune héritier Robert Fischer Jr : planter la graine sub-consciente qui le convaincra, de lui-même, de démanteler l’empire économique laissé par son père. Une tâche dont on nous fait bien comprendre qu’elle ne sera pas sans risques. Mais pour Cobb, c’est le moyen de s’acquitter de la dette qui l’empêche de revoir ses enfants, restés aux États-Unis, où il est interdit de séjour pour des raisons qui ont à voir avec la mort de sa propre femme…

Manipulation, fragilité et relativité des points de vue, le monde comme vue de l’esprit : autant de dadas que Nolan avait déjà chevauchés dans des films comme Memento ou Le Prestige, repris ici sur fond de réalité à plusieurs couches – illustrations dans Matrix et Existenz pour ne citer que ces deux-là – et de psychanalyse de tonton Freud. Voilà pour le background et le côté auteurisant de la chose, que les ados discuteront jusqu’à plus soif sur les forums d’Allociné et que d’aucuns étireront jusqu’à voir en Inception une métaphore du geste cinématographique. Pour la mise en œuvre, c’est autre chose, souvent emballant, parfois confondant et frustrant de maladresse.

Difficile de trancher : on peut s’immerger dans les méandres de ces 4 ou 5 réalités gigognes différentes (plusieurs couches de rêves à mesure qu’on s’enfonce dans l’inconscient de Fischer et Cobb) parfaitement maîtrisées par le réal et mettre une option sur l’Oscar du scénario, tout en remarquant des ficelles grosses comme ça et des dialogues vraiment trop directs dans la bouche d’acteurs aussi doués. On peut rester baba devant une scène où une rue se décompose en des micro-explosions ou une autre dans un couloir d’hôtel en apesanteur, et regretter que Nolan se soit attardé sur des pauvres scènes d’action dans la neige, tout ce qu’il y a de plus mécaniques.

On peut lui savoir gré d’avoir calé des pointes d’humour au bon moment, et d’avoir apporté une sacré charge émotionnelle à son dénouement, on peut apprécier le concept général et l’économie d’effets numériques flashy, être complétement dedans, jusqu’au générique de fin… puis, deux heures plus tard, déplorer que le réal n’aie su construire une véritable atmosphère qui prenne aux tripes et / ou aux neurones. Certains auront vite fait de chanter qu’il faut voir Inception deux fois pour comprendre (petits joueurs). On aurait préféré être définitivement envoûté dès la première fois.

Cet entre-deux est contre-balancé par des acteurs jamais pris en défaut. Di Caprio dans le registre de l’homme blessé mélancolique qui cache un drame dans son cœur, commence à se répéter (après Les Infiltrés et Shutter Island) mais assure toujours autant. Cotillard est surprenante – et magnifique – en femme vénéneuse. Le reste, Ellen Paige (Juno), Joseph Gordon-Levitt (Brick, 500 jours ensemble) Ken Watanabe (tout plein de films) est tip-top.

Bref. Inception, c’est à la fois un film exigeant mais pas tout à fait satisfaisant, et la meilleure bobine hollywoodienne que vous verrez cet été.
Dans les salles à partir du 21 juillet.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Pas de commentaire

    bcolo  | 23/07/10 à 18:04

  • Assez d’accord avec tout ça, sauf pour Marion Cotillard que j’ai trouvée à côté de la plaque. Et ces fichues scènes d’action sont vraiment pénibles, elles plombent l’histoire. Sinon, oui j’y ai vu une métaphore du cinéma, c’est grave docteur ? Et sinon, exigent s’écrit exigeant. Non mais.

  • H  | 24/07/10 à 17:45

  • Les meilleurs films placent souvent une réflexion sur le geste cinématographique, et je me suis permis de le mentionner ici sans approfondir de peur de me répéter après Avatar, Speed Racer et Synecdoche New York, articles dispos dans les archives d’Envrak. Pour la faute comme d’hab merci.

  • Sarah  | 04/08/10 à 16:44

  • Moi j’y ai vu une petite métaphore da la société.

Laisser un commentaire