J’ai Rencontré le Diable

05/01/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , ,

Les Coréens et le “film de vengeance” : une belle histoire d’amour mâtinée d’ultraviolence. Une note d’intention qui sert également de synopsis au dernier film de Kim-Jee Woon (Deux Soeurs, A Bittersweet Life, Le Bon la Brute et le Cinglé).

Inutile de chercher une once d’originalité là où on ne la trouvera pas : le scénario, volontairement réduit à un simple prétexte pour permettre l’affrontement entre deux caricatures – le gentil, le méchant, les caractères étant ici interchangeables – dans les conditions formelles les plus engageantes possibles. L’émotion en souffre, comme les nerfs du spectateurs, soumis à une épreuve quasi-physique. Car le postulat de J’ai Rencontré le Diable est aussi simpliste qu’efficace, aussi terrifiant que pénétrable : un homme, Soo-Hyun, traque le meurtrier de sa femme, Kyung-Chul. Le tour de force est le même que celui effectué par Hong-Jin Na dans The Chaser (néo classique Coréen (2010) qui s’est imposé assez naturellement comme mètre étalon du genre) : le chasseur attrape sa proie dés les premières minutes. L’intérêt de la capture (et du film) est donc ailleurs. Dans The Chaser, il fallait, après avoir trouvé l’assassin, le pousser à révéler l’endroit où est enfermée sa dernière victime. Ici, après avoir facilement mis la main sur le coupable, l’homme blessé par le deuil devient un bourreau, et relache son gibier non sans lui avoir fait avaler un mouchard grâce auquel la traque va se poursuivre, dans un déferlement de violence inouï. A chaque “faux pas” de Kyung-Chul, Soo-Hyun surgit, pour lui faire subir des sévices sans cesse décuplés. A ce jeu-là, celui d’un chat sadique et d’une souris masochiste, chaque personnage impose ses règles. Jusqu’à un retournement de situation attendu d’avance, et dont le dénouement – ultime pied de nez à la bienséance – est complètement vain.

La vengeance est un plat qui se mange avec des baguettes

Il serait idiot, pour qui n’a pas encore vu J’ai Rencontré le Diable, de vouloir réduire le film à un monument de violence – ce qu’il est, par ailleurs – là où Kim-Jee Woon offre un opus d’une beauté plastique renversante. A tel point que la virtuosité de la mise en scène, consacrée dés Deux Sœurs il y a huit ans, et le soin apporté à la photographie, parasitent le propos du film et rendent la barbarie supportable. Un sentiment confirmé par la volonté apparente de Kim, de conférer au film des relents cartoonesques versant parfois dans la parodie (le personnage du cannibale a sans doute été écrit pour faire tomber le “vigilante”* dans l’absurde).
Le regard de Kim, forcément noir, pervers, ironique et sans aucune forme de concession, refuse pourtant de laisser du terrain à la tragédie. On en ressort avec le sentiment d’avoir été à la fois malmené par un tortionnaire et bercé par un conteur. Mais aussi avec le plaisir d’avoir été poussé, avec les protagonistes, dans les retranchements de plusieurs genres – polar, horreur, tragédie – jusqu’à leurs points ultimes. Un jusqu’au-boutisme qui terrifie, glace, amuse et laisse pantois. Autant que l’affrontement entre deux acteurs (Lee Byung-Hun, la brute dans Le Bon, la Brute et le Cinglé, et Choi Min- Sik, le De Niro coréen, héros du Old Boy de Park Chan-Wook) donnant chacun une épaisseur simplement humaine au nihilisme ambiant. (Trop) radical, (trop) démonstratif, (trop) poseur, mais, pour exhumer un qualificatif que beaucoup de critiques ont banni de leur vocabulaire : jubilatoire.

J’ai Rencontré le Diable, de Kim Jee-Woon, en DVD et Blu-Ray depuis le 8 novembre, mais mieux vaut (en parler) tard que jamais.

*Le vigilante flick est un sous-genre du film d’horreur, proche du “rape and revenge”, dans lequel le héros, face à l’impuissance ou au désintérêt de la police suite à un crime, fait justice lui-même. On pourrait aussi le traduire par “film d’auto-défense”.

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1 commentaire

    NEMPOWER  | 06/01/12 à 20 h 37 min

  • Interressant…

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