Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child

02/11/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

« Si je me drogue, on me dit que je vais mourir ; si j’arrête, on dit que mon art est mort. »

Ce dilemme résume la fin de la vie de Jean-Michel Basquiat. Mais cette fin fait déjà partie de la légende et moins connus sont ses débuts. Bien sur, ceux qui se sont intéressé à Basquiat auront déjà vu le biopic (elliptique et jouissif) de Julian Schnabel, ou l’étrange Downtown 81 de Edo Bertoglio, qui nous plonge dans le New York de 1980, où tout commence. Pour les autres, Tamra Davis offre une belle séance de rattrapage avec The Radiant Child.

Dans ce documentaire composé d’images d’archives, d’interviews d’archives et d’autres plus récentes, la réalisatrice prend le parti de nous raconter la vie de Jean-Michel Basquiat, en partant de ses débuts de graffer new yorkais pour arriver à sa mort en 1988. En somme, The Radiant Child se borne à être une biographie filmée sur le principe classique du « grandeur et décadence ». Au moins nous épargne-t-on les passages émotion sur son enfance, son éducation, et les difficultés de grandir aux États-Unis quand on est noir. Le film ne s’intéresse qu’aux 10 ans durant lesquels Basquiat a créé.

Pour les explications de l’œuvre, on repassera. Encore que ! On s’aperçoit vite que la vie et l’art étaient un tout pour Basquiat, et que, sûrement, les clés de ses peintures sont dans son parcours. C’est en tout cas le point de vue de Tamra Davis.

Et pour étayer cela, elle a un argument de poids : une interview de Basquiat, qu’elle a réalisée en 1987. Images rares d’un peintre d’à peine 26 ans, au sommet de sa gloire et physiquement usé. Il parle calmement, explique avec pudeur, sa réalité, sa fatigue, ses envies. Non, il ne dit pas en vouloir à la célébrité de lui avoir fait brûler sa vie. Il ne dit pas non plus en vouloir au violent milieu de l’art d’exercer sur lui une pression toujours plus forte. Et il n’en a pas besoin. Ce qu’il a à dire est dans ses peintures, qui apparaissent nombreuses à l’écran pour illustrer les propos.

Untitle – 1981

Mais justement. Illustrer est le problème du film. La réalisatrice vient mettre des mots sur des peintures (ou des images sur des mots) par l’intervention des ses amis, de son ex petite amie, de Julian Schnabel, qui fut au début un rival pictural pour Basquiat, ou encore de collectionneurs. Mais tout ça ne fait qu’illustrer, survoler, aborder parfois mais jamais réellement entrer dans les problématiques creusées par le peintre. Oui, un intervenant dit que Jean-Michel ne voulait pas être considéré comme un artiste noir (et qui plus est le premier artiste noir mondialement reconnu), mais comme un artiste, juste un artiste. Cette obsession et ce combat ont bien plus de répercussions dans le parcours du jeune peintre que le film ne le laisse paraître. On dit et on répète aussi qu’il a élevé le graffiti au rang d’art. Mais personne pour parler de l’appropriation de la matière et de l’espace, et de ses expérimentations.

Peut-être est-ce mieux ainsi. The Radiant Child ne s’adresse pas à des spécialistes. Il cherche à faire découvrir à un public novice un artiste et une œuvre résolument populaires. En ce sens, Tamra Davis respecte la pensée de Jean-Michel Basquiat. Plus encore, elle réussit à transmettre son énergie et arrive à faire croire, comme cherchait à le faire l’artiste, que peindre peut être facile. Nuançons tout de même, pour ne pas faire dire à ce film ce qu’il ne dit pas : peindre peut être facile quand il ne s’agit QUE de peindre. Apologie du « faire », sans attendre de résultats, juste pour s’amuser. Voilà une des vérités de Jean-Michel Basquiat. Voilà en tout cas celle que choisit de nous montrer Tamra Davis.
En lire plus : Basquiat au Musée d’Art Moderne de Paris

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    Blabla  | 03/11/10 à 19 h 30 min

  • trop gentil!

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