Kingsman : Gentlemen badass

17/02/15 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , , , ,

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KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costumes trois pièces, est à la recherche de sang neuf. Pour recruter leur nouvel agent secret, elle doit faire subir un entrainement de haut vol à de jeunes privilégiés aspirant au job rêvé. L’un d’eux semble être le candidat « imparfaitement idéal » : un jeune homme impertinent de la banlieue londonienne nommé Eggsy. Ces super-espions parviendront-ils à contrer la terrible menace que fait peser sur le monde l’esprit torturé du criminel Richmond Valentine, génie de la technologie?

On attendait strictement rien de Kingsman, Services Secrets, découvert le mois dernier à Aix en Provence à l’occasion d’une projection hyper privée aux exploitants de salles des Bouches du Rhône, par les représentants français de la Fox. Pas une photo, pas la moindre seconde d’une bande annonce qu’on n’avait pas daigné regarder. C’est dire si on était en terrain vierge, au moment de découvrir la toute première séquence du film – entre James Bond, OSS 117, Chapeau Melon… et Saw. Soit un ersatz de 007 coupé en deux d’entrée de jeu avant même d’avoir dégusté son Dalmore 50 ans d’âge, par une serial tataneuse sortie d’un film de Tarantino. Oui : coupé en deux. Car on est chez Matthew Vaughn, un réalisateur qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule quand il s’agit de balancer à l’écran des séquences violemment fun, à l’image de celles qui ont terrassé plus d’un spectateur à la vision de l’ahurissant Kick Ass (2010), où les faux superhéros s’en prenaient plein la tronche – petites filles comprises. Une première scène d’autant plus délicieuse (planquez quand même les enfants) qu’elle introduit avec panache le méchant complètement WTF du film –Samuel L. Jackson, qui pour ajouter une certaine coquetterie à un bad guy qu’il a incarné 300 fois, décide de lui faire pousser un cheveu sur la langue. Et parce que c’est dans les vieux clichés qu’on fait (parfois) les meilleurs personnages, autant ajouter à sa panoplie une casquette posée de côté, un survêt d’un goût douteux et un régime alimentaire à base de frites-big Mac, pour mieux l’opposer aux héros qui, côté anglais, caricaturent à foison le gentleman de base : accent londonien au couteau, costume impeccable, flegme en toutes circonstances, parapluie…

Sévices secrets

Décor et protagonistes ainsi grossièrement posés, le film peut laisser libre court à la douce folie de son auteur, qui comme à l’habitude, va partout sauf là où on l’attend. Malgré (ou grâce à) un scénar aussi vide qu’une tasse de thé à 17h15 (une société secrète de gentlemen anglais discrètement surarmés tente d’empêcher le méchant de détruire le monde. Voilà, quoi), Vaughn explose tout : les clichés qu’il a pris soin de mettre en place, les agents occis sans délicatesse, les têtes de personnages un peu trop riches pour être épargnés, la bienséance, le puritanisme cinématographique américain. Jusqu’à s’autoriser une séquence hallucinante de carnage dans une église où Colin Firth révèle son potentiel badass jusqu’alors savamment dissimulé. Rythmée par le mythique Free Bird de Lynyrd Skynyrd, découpée au millimètre, filmée en plan séquence, hyper brutale, presque gore, la scène va faire date. A ce niveau de violence décomplexée*, Vaughn érige le bras d’honneur au PG13 (et à la bienpensance), en parangon d’audace formelle. Pour ce morceau de bravoure, et pour l’entrain qu’il déploie à faire du conflit entre classes sociales un argument narratif propice à un déferlement de sauvagerie jouissif*, il faut aller voir Kingsman. Et ce malgré quelques coups de mou et des compromis scénaristiques qu’on serait bien en peine de reprocher à ce fou furieux de Vaughn, à qui on a d’ores et déjà décidé d’accorder à l’avenir, toute l’attention qu’il mérite. Il était quand même temps…

*On avait promis de bannir ce galvaudage critique de nos articles, mais là, on n’a pas le choix.

“Kingsman, services secrets”, de Matthew Vaughn, avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Michael Caine, Taron Egerton. Sortie France le 18 février.

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