La Braconne : le truand et la caillera

03/04/14 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

braconne
C’est l’histoire de deux stéréotypes, le briscard et le jeune des cités. Danny, la soixantaine, vit d’arnaques sur les parkings, Driss, la vingtaine, de rackets dans les banlieues. Les deux générations de voyous se rencontrent, collaborent, tentent de s’apprivoiser.

On croyait avoir vu le film avant de le regarder, on s’était trompé. Sous ses airs de fable déjà-vu, La Braconne sort du lot en évitant les écueils de son synopsis et – encore mieux – en réussissant à diffuser une atmosphère qui lui est propre, quatre-vingts minutes durant – sans qu’on n’ait jamais envie de soupirer. Il s’en dégage même un charme singulier (© son attaché de presse) dont on se serait peut-être douté si on avait pris connaissance du parcours de son réalisateur.

Samuel Rondière, 35 ans, s’est attaqué à ce premier long après avoir fait tourner Denis Podalydès et Denis Lavant dans un court en costume – caster ces Denis-là, c’est de très bon goût. Niveau casting, La Braconne s’en sort d’ailleurs terriblement bien. Tandis que Patrick Chesnais a déjà roulé sa bosse, le jeune Rachid Youcef, issu du break-dance, fait ici ses premiers pas. Le décalage de leurs jeux respectifs sert aussi bien leur rencontre que le contexte du film. Car si on apprécie la cohabitation entre deux styles de vie hors la loi, on salue le mélange improbable entre le has-been et la modernité dans lequel elle se déroule. Quand, par exemple, Danny et ses combines vieilles comme le monde, endetté dans son costard usé, demande conseil à un dealer sur-friqué, et moitié-moins âgé.

Du plan large sur parking vide, au gros plan sur visage marqué, la réalisation semble être la plus à propos. Le rythme frise le dosage parfait entre lenteur et péripéties, rareté du dialogue et force de l’image. Le traitement du film, serré et chapitré, révèle un talentueux montage. Bien qu’on ait peu de choses à lui reprocher, on déplore cependant le manque d’ambition de l’aimable projet, dont le scénario paraît finalement bien faible au vu d’autres de ses qualités. Samuel Rondière, qui en est également l’auteur, a les capacités de frapper fort, et peut-être même sur le papier. En témoigne cette scène à la 33ème minute du film, quand Danny rend visite à son ancien associé en prison. Ce dernier lui annonce au parloir qu’il ne tiendra pas jusqu’à sa conditionnelle, jusqu’à ses 65 ans, qu’il a passé 32% de sa vie en cabane, qu’il est si fatigué qu’il n’aurait même pas le courage de se suicider. Un moment fort et sensible – et il y en a d’autres ! – pourtant anecdotique, dont on gage qu’il aurait fait un meilleur sujet.

La Braconne de Samuel Rondière, avec Patrick Chesnais, Rachid Youcef, sortie le 2 avril.

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