La Chasse de Thomas Vinterberg

14/11/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

On hésite un peu à vous révéler ce qui, selon nous, s’apparente à un spoiler mineur. Mais comme la bande-annonce et la comm’ du film ne s’en sont pas privées : La Chasse commence sur un mensonge. Une petite phrase de rien du tout, qui va pourtant bouleverser à jamais la vie d’un homme bon sous tous rapports. Et si, l’espace de quelques scènes, le cinéaste tente de brouiller les pistes – il y a-t-il malice dans le regard de cette petite, magnifiquement filmé(e) ? – c’est bien d’une méprise idiote qu’il s’agit : la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, et gare à vous (gare au genre humain en général) si vous remplacez trop vite la logique par les émotions.

Lucas est puériculteur au jardin d’enfants de son petit village, le genre de bled où tout le monde va à confesse et chasse ensemble. Après un divorce houleux, Lucas reprend peu à peu ses marques, il recommence à voir son ado, se trouve une nouvelle copine, et… chasse. Peut-être un peu trop taciturne pour son propre bien, Lucas est un chic type. Mais un soir, il repousse le bisou de Klara, haute comme trois pommes et le regard plein d’innocence. Ou presque. Elle se vesque (comme disent les petits), et lâche à la directrice qu’elle a vu le kiki tout dur de Lucas. Le temps de se rétracter, c’est déjà trop tard : Lucas perd son taf, les flics le convoquent, son ex-femme lui interdit de revoir son fils, il se fait casser la gueule  par son meilleur ami (le père de Klara), et ce n’est qu’une question de temps avant que la foule ne vienne incendier sa maison (insérez ici un plan de Frankenstein).

La Cave ? Mais quelle cave ?

La descente aux enfers est aussi injuste et poignante, que derrière la caméra Vinterberg refuse la facilité du film étendard (dit aussi : film-à-la-Jamais-sans-ma-fille). La première grande réussite de La Chasse tient dans sa sobriété, et son hors-champ, qui suggère la psychose humaine, bien trop humaine, de cette poignée de parents traumatisée par 10 ans de médiatisation de pédophilie, de Dutroux aux curés criminels:
– Les enfants ont tous décrit la cave de Lucas dans les moindres détails.
– La cave ? Quelle cave ?
Sans pathos ni effets de manche, La chasse illustre son titre et offre le portrait glaçant d’une hallucination collective. Préfère le poids des situations (séquence dans le supermarché, où l’honneur tient à quelques boîtes de conserves et un coup de boule) au choc de la musique guimauve. Un plan sous la première neige, une bouteille de whisky qu’on s’offre le soir de Noël valent 100 protestations / démonstrations d’innocence.

Et puis il y a Mads Mikkelsen. On l’avait plus ou moins découvert dans Casino Royale, on l’a apprécié dans les Pusher, il était tordant dans Adam’s Apples, il nous a transporté dans Valhalla Rising, on en redemande, et sa prestation dans La Chasse (prix d’interprétation Cannes 2012) nous rassasierait presque.

Presque.

Lire aussi : le point de vue d’Engy sur La Chasse dans son journal de bord Cannes 2012

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2 commentaires

    capucine  | 14/11/12 à 12 h 54 min

  • il faut decouvrir Mads Mikkelsen dans “la Porte” (Die tür) un film fantastique grand gagnant du festival de Gerardmer il y a deux ans.

  • The Salvation de Kristian Levring – Emidreamsup  | 25/08/14 à 10 h 23 min

  • […] Mikkelsen a apparemment pris un abonnement pour la Croisette (La Chasse en 2012 – prix d’interprétation, Michael Kohlhaas en 2013) puisqu’il revient pour la 3ème […]

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