La Délicatesse des Foenkinos

19/12/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , , ,

Ils se marièrent et n’eurent aucun enfant… car François mourut trop tôt, laissant Nathalie seule, confrontée à un deuil auquel elle fit face en se surchargeant de travail. Puis arriva Markus. Elle était belle et pleine de grâce. Pas lui. Et pourtant…

La première partie de La Délicatesse a été réalisée à l’intérieur d’une boule à neige. François (Pio Marmaï) et Nathalie (Audrey Tautou) s’aiment sous les flocons, mènent une existence béate dans une bulle familiale tellement suave qu’elle en devient nauséeuse. D’ailleurs, quand parents et beaux-parents s’invitent à la table des amoureux, ces derniers désertent le dessert pour aller se réfugier dans leur chambre et planifier leur avenir, et celui des bébés parfaits qu’ils sont condamnés à enfanter. La bienveillance de la photographie ouatée qui enveloppe les personnages dans une aura capiteuse et le Paris de carte postale dans lequel ils évoluent, confèrent à cette introduction sournoisement fauchée en plein rêve, un romantisme tout à fait daté.

Après le drame, Nathalie se réfugie avec ardeur dans son travail, entourée de collaborateurs prévenants. Et puis un jour, elle embrasse Markus (François Damiens), un collègue de travail. Elle le fait sans réfléchir, et oublie aussitôt son geste. Markus, lui, ne s’en remet pas. Et là, tout bascule.

La (fausse) belle et la (soi-disant) bête

C’est précisément au moment où François Damiens entre en scène que le film devient enfin intéressant. Et comme s’ils en étaient eux-mêmes conscients, les réalisateurs nous en privent pendant plus de trente minutes, au terme desquelles l’acteur apparaît… de dos. Mais quelle audace ! se gargarisent les Foenkinos, fiers de leur petit effet. Quel faux acte de bravoure, est-on plutôt tenté de souligner, après avoir attendu longtemps que la délicatesse de La Délicatesse daigne pointer le bout de son nez. Car contre toute attente, et en dépit de ce que l’affiche suggère, c’est donc lui, et pas elle, qui va incarner cette sensibilité et cette fragilité. Lui, le mec lambda, pataud, le Suédois de cinéma qui terrasse en un plan le scandinave de papier glacé, la caricature de patapouf lourdement dessinée par les frères Foenkinos. François Damiens est le plus bel atout du film, celui vers qui tous les regards se tournent. Pas seulement ceux de Nathalie et de ses collègues, mais surtout ceux des spectateurs, qui découvriront un acteur enfin débarrassé d’une étiquette de comique télévisé que même une nomination au César du second rôle (c’était l’an dernier pour le pitoyable L’Arnacoeur) n’avait pas réussi à décoller. Mais paradoxalement, il personnifie dans le même temps, l’échec magistral des Foenkinos : en choisissant Damiens, ils tuent dans l’œuf l’argument du film : “une superbe femme et un homme au physique disgracieux peuvent tomber amoureux”. Voilà qui ne fonctionne plus du tout. Car Audrey Tautou n’est pas très belle, François Damiens pas très moche. Alors leur couple est crédible dés l’instant où l’écran les réunit, et les deux personnages ne peuvent plus prendre le temps de justifier leur compatibilité, comme l’auraient sans doute souhaité les auteurs. Au mieux, on assiste ici à la rencontre amoureuse de deux êtres banals, charmants, en qui chacun peut se reconnaître, aussi familiers que nos voisins de palier. On n’a rien contre, bien entendu : le fiasco scénaristique des Foenkinos n’en reste pas moins une jolie étude de mœurs, souvent très drôle (les gags sur les Suédois, un vrai délice), menée par un acteur formidable, et marquée par un authentique morceau de bravoure : la belle et astucieuse séquence finale, où les deux frères apportent au film une conclusion poétique et… délicate.

On ne pourra s’empêcher de relever les nombreux défauts : la manière inconvenante dont la musique d’Emilie Simon illustre par les mots, des actions pourtant limpides. Tout comme la façon dont la voix off semble moins apporter du matériau au récit qu’à faire la promotion du best-seller dont le film est tiré (l’auteur n’étant autre que David Foenkinos lui-même… Ceci expliquant donc cela). Mais au bout du compte, si l’idylle qu’on nous présente n’a absolument rien de miraculeuse, si le film n’atteint pas le niveau de délicatesse du roman original, on en sort avec l’impression d’avoir assisté à la naissance de futurs bons cinéastes, après avoir vu éclore un vrai écrivain. Ce qui, avouons-le, est toujours bon à prendre.

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