La Fée, film enchanté d’Abel, Gordon et Romy

12/09/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Dom est veilleur de nuit dans un petit hôtel du Havre. Un soir, une femme arrive à l’accueil, sans valise, pieds nus. Elle s’appelle Fiona. Elle dit à Dom qu’elle est une fée et lui accorde trois souhaits. Le lendemain, deux vœux sont réalisés et Fiona a disparu. Mais Dom est tombé amoureux de la Fée Fiona et veut la retrouver.

Fiona dort dans une huitre, danse sur les toits du Havre, jongle avec un bébé, escalade des néons, fait chanter des berceuses à des joueuses de rugby, mange des antibiotiques et dépouille les mannequins pour avoir l’air d’une fée, une vraie, avec des baskets et une robe à fleurs.

Prenez un peu de Prévert, un peu de Tati et de Méliès, un soupçon d’anarchisme nordique à la Kaurismaki / Kervern, et vous aurez une petite idée d’à quoi ressemble le cinéma d’Abel, Gordon et Romy (L’Iceberg, Rumba)… ce trio improbable, de “gueules” autant cinégéniques que pensantes, incarne un cinéma complétement barré, absurde, merveilleux, burlesque, et subtil.

Chez eux : “Le Havre, ville qu’on imagine d’une grisaille à se tirer une balle. Un veilleur de nuit sans avenir dans un hôtel crasseux passe une nuit avec une cliente cleptomane et échappée d’un HP qui se démerde pour lui faire un môme”.

devient :

“Dans une grande ville du nord tout droit sortie d’un album de BD belge, Dom, Pierrot déguingandé, rencontre Fiona, une fée. Elle exauce deux de ses voeux – un scooter pour ne plus arriver en retard au boulot, et de l’essence à volonté – avant de prendre la tangeante. Dom va chercher à la retrouver, et ils font un bébé au fond de la mer, dans un coquillage. Mais le monde s’oppose à leur amour…”

Il y a de la magie dans La Fée, cette magie qui transforme les sacs plastique en méduses et les clowns en cinéastes. En bricolant leurs effets comme Méliès avait créé ses paysages lunaires, Abel, Gordon et Romy reviennent aux fondamentaux du cinéma, celui d’il y a deux siècles : sur les décors en carton, c’est le langage corporel qui prime. On regrette même parfois, que le film ne soit pas muet.

On n’y fait pas de grands discours, on n’a pas vocation a faire réaliste, on n’y parle pas beaucoup, mais on fait abondamment les zouaves, dans une ville du Havre réenchantée en forme d’immense chapiteau de cirque. Du cinéma de funambule – fait de sketchs plus que de séquences – qui a préservé un émerveillement enfantin pour une magie bricolée, foutraque, infiniment poétique. Un retour aux origines de cet art du mouvement qui, comme nous le rappellent Abel, Gordon et Romy, ne nécessite aucune précipitation. A l’image du credo de la fée : un art qui prend son temps.

Coup de cœur.

La Fée, de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Sortie le 14 septembre.

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