La Playa de Juan Andrés Arango

17/04/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

La Playa 01

Tomas est noir, il a peut-être 16 ans. Il vit d’expédients sur les marchés et ne s’entend pas des masses avec sa maman et son beau-père, blanc. Tomas a un frère cadet, Jairo, camé qui va finir par attraper la mort à force de coups foireux, et un frère aîné, Chaco, qui rêve d’ailleurs. A Bogota, dans les centres commerciaux, dans les quartiers pauvres, Tomas vit.

On a vu La Playa il y a un quart d’heure, et il nous est déjà difficile de le raconter. La Playa est le type même du film à festivals, du genre de ceux à qui on colle l’étiquette de “fenêtre ouverte sur le monde” (ici, la sélection Un certain regard à Cannes 2012). Il est réalisé par un formé au documentaire, qui aime bien filmer longuement ses acteurs (amateurs, incarnant des rôles au plus près de leur vécu) à capuche et à casquette de dos. Certains plans sont tournés à l’arrache au milieu de passants qu’on a visiblement pas prévenu, il y a très peu de musique, beaucoup de silences (vus de dos), et son classieux format superscope en 2.35 reste plus rivé à ses personnages (de dos) qu’il ne révèle ses décors, pourtant importants (on le comprendra plus tard). Notez que tout cela ne va pas forcément mal ensemble, mais disons que sur le plan dramatique, il n’y a pendant longtemps pas grand chose auquel se raccrocher.

Il se passe des choses, pourtant, assez plaisantes : il y a cette visite humiliante dans ce mall (« un endroit pour blancs ») dont les gardiens (pourtant noirs) dégageront Tomas et Chaco comme des malpropres. Tomas apprend la coiffure, emballe sa copine avec une aisance désarmante, va chercher son toxico de frangin par la peau des fesses au fin fond d’un squat. Peu à peu, un arc se dessine, le charme de la chronique adolescente opère (les acteurs sont tous magnétiques) bien que constamment en butte à un réalisateur dont on sent que la moindre once de romanesque, de pathos ou d’humour, s’apparenterait pour lui à une faute inexcusable. Frustrant. Dans ces jeunes, dans leurs modes capillaires où se dessinent la géographie des rêves, il y avait matière à plus de panache.

Ces types du docu, ils sont souvent impayables, à approcher la fiction avec des moufles et des pincettes…

Restez encore un peu : il y a un truc !

Du coup, on ne sait pas trop si le film tient dignement le haut du pavé aux côtés du Fish Tank d’Andrea Arnold, de Larry Clark et de Brillante Mendoza, ou s’il est juste d’un conformisme éclatant. Ca, c’est parce qu’on a été invité à le chroniquer sans rien savoir dessus (confidence honteuse : on a même cru que le film se passait au Brésil). Mais comme vous, vous allez très probablement payer pour le voir, autant vous en donner les clés : « La population afro-colombienne connaît actuellement un processus accéléré de migration vers les centres urbains à la suite de déplacements forcés dus aux affrontements entre groupes illégaux dans des régions comme l’Urabá et l’Atrato Medio ou à l’augmentation de la production de cultures illicites dans les zones proches des rivières Patia et Naya », indique le dossier de presse. « Ces déplacements de population ont radicalement changé l’identité des villes. Le film est né d’une fascination pour ces transformations et de la volonté de les explorer visuellement, pour la première fois, dans un long métrage. On estime qu’entre 1991 et 2006, près de 300 000 Afro-colombiens en provenance des côtes Pacifique et Atlantique se sont installés à Bogota, conduisant ainsi les populations noires et blanches à vivre ensemble et à partager un territoire malgré leurs différences culturelles. La conception afro-colombienne de la famille est plus étroitement liée à un territoire qu’à des liens du sang. La famille comprend les gens du quartier. Les gens vivent ensemble au sein d’une communauté, prennent soin les uns des autres, comme des complices, comme des frères et sœurs. Mais la ville engendre une peur et une paranoïa qui relèguent la confiance au noyau familial seulement. Bien que le boom migratoire vers l’intérieur du pays ait engendré des mélanges culturels, ils ne sont pas encore libres de tout préjugé. Ceux qui arrivent dans une ville où ils ne sont pas nés sont souvent considérés comme une menace, comme un problème social ».

Vu comme ça, ça change pas mal de choses. Alors, reprenons du début…

La Playa, de Juan Andrès Arango, en salles le 17 avril. Remerciements à Benjamin Bruyninx.

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