La question humaine en réponses

01/10/07 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Ce qu’ils souhaitent, c’est confronter leurs idées au public, ce qu’ils font, c’est s’ouvrir au public, leurs forces, ils les puisent dans la salle. Le réalisateur Nicolas Klotz et la scénariste Elisabeth Perceval forment un couple comme on aimerait en croiser plus souvent dans le cinéma : talentueux et à l’écoute des spectateurs. Ces derniers ont justement bien des choses à dire après avoir vu La question humaine, film présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes et interprété, entre autres, par Matthieu Amalric. Il s’agit d’un long métrage dense, difficile, peut-être même indigeste, qui traite de la Shoah et du monde de l’entreprise. C’est avant tout une œuvre intéressante sur laquelle les auteurs ont pu s’exprimer lors d’une rencontre organisée. En voici quelques extraits.

Un genre

Nicolas Klotz : « C’est vrai que le film commence un peu comme un film noir : le personnage est dans une cave, les décors et le jeu d’acteur sont travaillés, il y a quelque chose dès le début qui tourne autour du cadre et s’infiltre dans le film de manière insidieuse, un peu à la façon de Tourneur… Le facteur déclenchant des films noirs est souvent un meurtre, ici c’est un meurtre de masse qui réveille le film ! »

Un personnage

Elisabeth Perceval : « J’aime beaucoup le personnage de Simon, je le trouve très courageux. Il veut bien faire, il croit en son boulot, il est très professionnel (et obsessionnel). Il est performant, son rapport à l’entreprise est entier. C’est aussi pour ça qu’il a des problèmes relationnels, il n’a pas l’habitude d’être aimé sans fonctions pour autre chose que son métier. Là où il a du courage c’est parce qu’il va plus loin que son travail. Puis il se sensibilise et va jusqu’à ré-humaniser son langage et renommer ce qui devait l’être. Finalement : c’est l’histoire d’un homme qui amorce un dégel. »

N.K : « Simon apprend à désobéir en apprenant la douleur et en réalisant la souffrance du passé, des autres. En réalisant l’inhumanité d’un système collectif»

Un sujet

E.P : « Notre démarche n’est pas de faire le rapprochement entre le monde de l’entreprise et la Shoah, l’histoire est partie d’un lien organique. L’industrie et les guerres sont liées depuis toujours, les deux se rejoignent sans cesse. La rationalité (la productivité ?) poussée à l’extrême est dangereuse, elle provoque l’irrationalité et toutes sortes de catastrophes sociales. Elle s’exprime au moment où il n’y a plus besoin de sentiment pour faire son travail… Le danger pour l’humain, c’est l’indifférence ! »

N.K : « Qu’est-ce qui nous poursuit après l’Histoire ? Le film tente de représenter d’une manière actuelle l’époque où l’on est maintenant. Ce n’est pas un film raisonnable mais plutôt le film hallucinogène du délire du monde, une représentation contemporaine. »

La parole

E.P : « On me dit que les dialogues semblent lus mais pour moi ce n’est pas le cas. Je ne cherche pas l’écriture naturaliste. Je ne me suis pas interrogée si ce genre de conversation avait vraiment lieu dans un bistrot, si ça se passait comme ça… Je me suis plutôt demandée comment le personnage souhaite – a besoin – de s’exprimer et de s’adresser à l’autre. Quant à la voix off, ce n’en est pas une, c’est la voix de l’écran ! On sent la fragilité, l’humanité, la sensibilité, les choses passent – elles traversent – c’est le plus important. »

N.K : « Quand on me dit que la voix du film est désincarnée, cela me gêne, y a t-il une manière incarnée de parler ? Au niveau de la réalisation, je me pose la question : « Comment filmer quelqu’un qui parle ? » Dans un plan fixe : la parole occupe l’image, c’est un parti pris, elle devient une durée. »

La mise en scène

N.K : « Lors des dialogues, le champ-contrechamp qui va d’un personnage à l’autre est la méthode basique. Il y a de nombreuses façons de faire un champ-contrechamp, les perceptions s’en trouvent différentes. Si mes montages déstabilisent, tant mieux. J’aime ce qui n’est pas tout à fait normal, un peu décalé. Lorsque que je fais un gros plan d’une oreille, en fait, c’est l’oreille qui nous regarde, c’est ce qui m’intéresse. Pour ce qui est des cadres, il y a un grand travail sur la profondeur de champ. Cela tient du fait que mon format préféré est celui des vieux films muets, ici je suis obligé de travailler avec le format standard. »
Propos recueillis le 21/09/07 aux “Toiles” de Saint-Gratien

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Pas de commentaire

    Marie  | 01/10/07 à 19 h 40 min

  • Je trouve ça très intéressant d’avoir le point de vue des artistes. C’est toujours enrichissant.

  • Sab  | 03/10/07 à 13 h 39 min

  • Ouaip, d’autant que la bande annonce n’est pas du tout appétissante…
    Là ça donne déjà un peu plus envie !

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