La Source des Femmes

31/10/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Dans un petit village, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apporteront pas l’eau au village.

Pour se convaincre que le récit raconté par Radu Mihaileanu se déroule de nos jours, il faut attendre l’apparition à l’écran du téléphone portable dégainé par la Vieux Fusil (Biyouna), matriarche perchée sur son âne à la recherche d’une barre de réseau. On rappellera donc d’emblée que l’histoire de La Source des Femmes est contemporaine, et qu’elle est non seulement vraisemblable, mais aussi et surtout vraie. C’est pour cette raison, sans doute, que Mihaileanu, au contraire du mièvre Concert qu’il avait choisi de filmer, de son propre aveu, “à l’américaine”, épaule sa caméra – pour teinter sa fiction d’un aspect documentaire garant de la véracité du propos – et parcourt, aux côtés des femmes du titre, le chemin de croix qu’elles effectuent pour amener l’eau dans les verres des hommes. Il ne faudra pas plus de quelques minutes au réalisateur pour nous rallier à la cause féminine, avec les trébuchements puis la chute d’une villageoise enceinte, cassée par le poids de l’eau qu’elle transporte. Fatalement, elle y perdra son enfant. Quelques scènes plus tard, elles dresseront, réunies au hammam, le morbide inventaire des bébés morts là haut, sur cette colline accidentée et rocailleuse. Pour ces femmes-là, la situation est normale, voire noble, car c’est la tradition qui veut ça. Mais au 21ème siècle, les traditions finissent par peser plus lourd que les seaux d’eau portés par celles qui, peu à peu, vont décider de se soulever contre ces conditions de vie d’un autre temps. Leila (Leila Bekhti), fraîchement mariée à l’instituteur du village, prend les rênes de la rébellion et organise une grève du sexe qui va immédiatement provoquer la moquerie, puis la perplexité et la colère des hommes, sommés d’aller eux-mêmes puiser l’eau à la source.

Entre Pagnol et les 1001 Nuits

Au simples conflits matrimoniaux (et générationnels), Mihaileanu, par la voix de Leila, montre que cette émancipation est indissociable d’une soif de connaissance longtemps étouffée par les principes poussiéreux érigés par les hommes. Frôlant la démagogie, tombant dans les fameux travers qu’on lui reproche de film en film, ceux des “bons sentiments”, le cinéaste choisit nettement son camp. Pour autant, pas question de dresser le portrait de stupides machos dont le seul rôle serait d’illustrer grossièrement le propos. Dans La Source des Femmes, il y a certes un mari violent, l’archétype du musulman qui n’a jamais su lire le Coran, mais il y a aussi un époux aimant, un beau père compréhensif, un Imam ouvert à la discussion… Les caractères sont dessinés à la truelle, mais pour peu qu’on accepte de se laisser conter cette histoire merveilleuse (au sens littéral du terme, les allusions aux Mille et une Nuits sont d’ailleurs là pour nous le rappeler), on apprécie cette fable féministe et pittoresque. Le village, pendant arabe des décors pagnolesques de Manon des Sources; le désert qui l’entoure, sans horizon; mais aussi cette langue magnifique ponctuée d’interjections hispaniques (empruntées aux telenovelas mexicaines qui font tant rêver les héroïnes, et les érigent en Mesdames Bovary orientales). Tout dans La Source des Femmes concourt à simplement dépayser le spectateur. Pour un peu, on oublierait presque que Mihaileanu a plusieurs messages à faire passer : la femme doit être traitée à l’égal de l’homme, l’Islam des Lumières prône la tolérance, l’eau est un bien rare et précieux… On avait compris tout cela au bout de cinq minutes de métrage, on a donc choisi de l’apprécier, les deux heures restantes, pour ce qu’il est au bout du compte : un joli film touchant, souvent drôle, bien interprété et soigneusement éclairé et mis en musique. Ce qui, avouons-le, est déjà très, très bien.

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