Lady Chatterley, l’amour dans les coquelicots

01/05/07 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Personnage emblématique de la littérature anglo-saxonne du début du 20ème siècle, Constance Chatterley fait l’objet d’une nouvelle adaptation. Face au pavé transgénérationnel de DH Lawrence, les cinéastes intéressés ne se voient offrir que deux perspectives: l’érotisme kitsch en costumes ou le film d’art et essai. Just Jaeckin, créateur d’Emmanuelle, a naturellement choisi la première option en 1981. On en n’attendait pas moins de lui. Pascale Ferran, elle, opte pour la solution alternative et prend le parti d’adapter la deuxième version du roman, moins connue que “L’amant de Lady Chatterley”, puisque c’est en effet “Lady Chatterley et l’homme des bois” que la cinéaste choisit de mettre en images.

La bande-annonce ne ment pas, et on sait à quoi s’attendre : ébats champêtres, quelques airs de violon, 3 minutes de dialogue, garde-robe sympathique, nature en fleur. L’histoire, on la connaît : le mari de Constance revient de la guerre dans un fauteuil roulant, privé de l’usage de ses jambes et désormais impuissant. Un quotidien effarant s’installe, entre récits de guerre et discours de droite autour d’une bonne blanquette. Mais la grisaille se dissipe et la nature se réveille, mettant en émoi la jeune Constance, en quête d’un bol d’air et d’un regain de couleurs. Constance se pare de ses robes les moins ternes et part ramasser des fleurs dans le domaine, croisant un jour le chemin du garde-chasse. L’homme est robuste, peu loquace, et tenté d’initier la bourgeoise aux choses de la vie. Constance ne peut plus compter sur son mari, elle tombe naturellement dans les bras du garde-chasse.
Après l’hiver le printemps, après le printemps l’été, et puis après l’été, l’automne. Le cycle ne nous est pas inconnu. Pascale Ferran, elle, prend bien soin de filmer sous toutes ses coutures une nature changeante d’une saison à l’autre, soulignant par là-même l’éveil de son héroïne à la sensualité. Louable. Oui mais tout de même… 3 heures. 3 heures de scènes d’amour, de gros plans sur des arbres et des ruisseaux, c’est beau, mais c’est long.
Lady Chatterley, s’il fait montre d’un classicisme élégant qui force l’admiration, prend le risque de faire tomber dans un ennui profond la plupart de ses spectateurs. La nature est belle, vue par Pascale Ferran, et les images font mouche. Si beaucoup seront subjugués par cet étalage de tableaux naturalistes servant de toiles de fond à un apprentissage sexuel pour le moins champêtre, d’autres ne verront là qu’une succession de jolis plans qui tirent en longueur. La réussite est évidente, mais toujours aux dépens d’une partie du public. Des sensations, mais pas d’émoi, de l’admiration, mais pas de réel enthousiasme.
Au final, on se surprend à comprendre pourquoi le film a fait à ce point l’unanimité chez les “professionnels de la profession”, tout en restant convaincu que si l’oeuvre touche au sublime, elle ne touche pas assez ceux qui ne sont pas habitués à un tel académisme. Les autres crieront évidemment au chef d’oeuvre.

Mais indéniablement, tout le monde sera réconcilié par le souvenir impérissable de la lumineuse Marina Hands qui, d’une scène à l’autre, d’une robe à l’autre, d’un mot à l’autre, suscite une admiration totale. C’est sans doute dans la découverte de cette actrice remarquable que réside aussi le génie de Pascale Ferran.

Contenu du DVD2 (bonus):
Scènes commentées par Hippolyte Girardot, Pascale Ferran et les techniciens du film
Interview de Marina Hands
Making of
En DVD le 9 mai

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Pas de commentaire

    nempower  | 05/05/07 à 17 h 31 min

  • super résumé,interressant et trés bien rédigé

  • Sab  | 06/05/07 à 14 h 09 min

  • Merci maman

  • Marie  | 07/05/07 à 16 h 00 min

  • Sab, j’adore tes résumés! Rien d’ennuyeux, de banal, ils me font toujours sourire (voire rire), me divertissent et me poussent toujours à regarder les films pour être comprendre ton point de vue et… être d’accord avec toi.

  • Bertrand  | 07/05/07 à 16 h 12 min

  • Une fort jolie plume… Tu ne voudrais pas m’envoyer le DVD de l’autre côté de l’océan?
    Hasta luego… ;)

  • soapcooker  | 09/05/07 à 22 h 17 min

  • j’ai eu un peu l’impression d’un tir croisé entre “chasse et pèche” et feu le film érotique du dimanche soir sur M6.

    Par contre, la prestation des acteurs est impeccable. Mais c’est un peu trop bucolique et gnan gnan à mon goût…

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