Le 7ème art derrière les barreaux

02/02/09 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Depuis la naissance du cinéma jusqu’à nos jours, l’univers carcéral a fait l’objet de tant de longs ou courts métrage, documentaires ou de fiction, que le film de prison a fini par devenir un genre à part entière. Que ce soit sous l’angle de la comédie (y compris musicale, voir Le Rock du Bagne, avec Elvis Presley), du drame (voir ci-dessous), de la science-fiction (New York 1997)… les œuvres cinématographiques consacrées à ce sujet brûlant sont légion. Il serait impossible ici d’aborder le thème autrement que sous la forme d’un livre de 4000 pages. Envrak a donc préféré faire une toute petite sélection de films ayant trait à la vie derrière les barreaux. Un procédé certes un peu arbitraire et forcément subjectif qui ne laisse que peu de place aux œuvres méconnues, mais qui n’empêche nullement les lecteurs de participer au sujet en nous faisant partager leurs coups de cœur.

Midnight Express

Avant d’être un film culte, Midnight Express est d’abord un livre, rédigé en 1977 par William Hayes. Ce dernier y relate les cruelles conditions de détention qu’il dut subir entre 1970 et 1974 en Turquie. Condamné à l’emprisonnement à perpétuité pour détention de cannabis, William Hayes parvient à s’échapper au terme d’un séjour physiquement et moralement aliénant.

En 1978, le cinéaste anglais Alan Parker met ce récit en images. Dans le rôle de William, Brad Davis, disparu en 1991, est inoubliable. Tout comme la bande originale, confiée alors au très disco Giorgo Moroder.
Pour l’anecdote, Parker a pris d’énormes libertés avec la fin des versions littéraires et cinématographiques. Dans le film, au lieu de s’enfuir par la mer lors d’un transfert vers un autre centre pénitentiaire, Hayes quitte la prison dissimulé sous l’uniforme du gardien qu’il vient de tuer par accident.

Arrêt sur image : Malgré une certaine fidélité aux évènements relatés dans le roman, Alan Parker a tenu à insérer dans son film une scène visant à décrire avec brutalité les conséquences psychologiques désastreuses que provoque l’emprisonnement chez son protagoniste. Lors de cette séquence, William Hayes se jette sur l’un de ses co-détenus pour lui arracher la langue. Un acte qui lui vaudra d’être transféré dans l’unité des malades mentaux.

Brad Davis incarne William Hayes dans Midnight Express.

Au Nom du Père

En 1975, un attentat à la bombe dans un pub londonien blesse mortellement cinq policiers. Extrêmement choquée, la population réclame rapidement un coupable. Gerry Conlon et son ami Paul Hill, deux jeunes délinquants irlandais qui avaient le tort d’être dans les parages au moment du drame sont accusés d’être les instigateurs de ces attentat pour le compte de l’IRA. Torturé par les policiers, Gerry signe de faux aveux qui mettent en cause ses amis d’enfance et… son propre père. Ils seront acquittés après 15 ans d’emprisonnement.

De ce terrible évènement survenu en plein conflit nord irlandais, le cinéaste Jim Sheridan tire un film, Au Nom du Père (1993) porté à bout de bras par un Daniel Day Lewis époustouflant. Même s’il choisit de s’attarder davantage sur les relations père-fils que sur les conditions d’incarcération de ces derniers, Sheridan dénonce au détour de scènes révoltantes les travers de la justice britannique. Les véritables auteurs de l’attentat, enfermés dans les geôles de sa Majesté, n’ont jamais été jugés pour leur crime. Les policiers inquiétés dans cette affaire et qui possédaient depuis le début de l’instruction les preuves de l’innocence de Gerry, n’ont quant à eux jamais été condamnés.

Arrêt sur image : La scène d’ouverture du film, où Belfast ressemble à un champ de bataille – le nord de l’Irlande est alors occupé par l’armée anglaise – fait froid dans le dos. Bien plus que les révoltantes scènes de procès, ce préambule témoigne avec réalisme de l’existence menée alors par les Irlandais, pris en étau entre militaires et terroristes.

Daniel Day Lewis dans Au Nom du Père.

Meurtre à Alcatraz

Si Sheridan s’est appuyé sur les nombreux témoignages, documents, minutes de procès et autres images d’archives pour s’approcher au plus près de la réalité des faits, on ne sait pas vraiment à quel point Mark Rocco s’en est écarté lorsqu’il a choisi de réaliser Meurtre à Alcatraz (1995).
La véracité des faits mis en images a souvent été remise en question, mais beaucoup s’accordent à affirmer que les agissements du gardien interprété par Gary Oldman dans ce film sont plus que plausibles. Inspiré d’un fait réel survenu dans les années 30, le long-métrage décrit le calvaire que vit Henri Young (Kevin Bacon) – un jeune délinquant emprisonné pour avoir volé 5 dollars afin de nourrir sa petite sœur. Après une tentative d’évasion, il est enfermé en cellule d’isolement. De cet endroit froid, humide et sombre où les détenus ne peuvent rester plus de 19 jours, Henri, physiquement maltraité par ses gardiens, n’en sortira qu’au bout de trois ans. Rendu fou par cette expérience, Henri assassine un autre détenu. Son jugement devient le symbole de la lutte contre les mauvais traitements en prison. Le cinéaste, pour appuyer – assez lourdement parfois – son propos, ne prend aucune distance avec son sujet et malmène les nerfs du spectateur.
Évidemment bouleversant et révoltant, le film ne reste pas dans les annales, mais mérite largement le coup d’œil, ne serait-ce que pour la performance de Kevin Bacon.

Arrêt sur image : Après plusieurs mois de souffrance, Henri, devenu à moitié fou, tue un détenu en le poignardant… avec une petite cuillère. Cette scène fait partie des très nombreuses inventions du scénario, mais constitue un véritable “climax” dans le récit, puisqu’il fait basculer le genre de “film de prison” à “film de procès”, dont les Américains sont très friands.

Kevin Bacon et Gary Oldman dans Meurtre à Alcatraz.

La Dernière Marche

A l’instar de Midnight Express, La Dernière Marche (1995), de l’acteur-réalisateur Tim Robbins, s’appuie sur le témoignage écrit d’un personnage réel. Ici, la parole n’est pas à un ancien détenu, mais à une religieuse américaine, Sœur Helen Préjean (incarnée dans le film par Susan Sarandon, oscar à la clé), qui a accompagné de très nombreux condamnés à mort jusqu’au au moment de leur exécution. Dans son livre, elle évoque ainsi sa rencontre avec Matthew Poncelet (Sean Penn), condamné à la peine capitale pour le meurtre de deux adolescents. Le film décrit cette rencontre, se glisse à hauteur de barreaux entre les deux personnages dont les conversations sont minutieusement retranscrites.

Extrêmement dialogué et évitant soigneusement de sombrer dans le mélodrame, La Dernière Marche ne cherche pas à expliquer – encore moins à excuser – l’acte commis par Poncelet, mais participe avec intelligence au débat “pour ou contre?” en laissant la parole aux deux partis. Ici, ils sont incarnés par les familles – celle des victimes, et celle de Poncelet – logées à la même enseigne et à aucun moment jugées par la religieuse. Il n’en demeure pas moins qu’au final, La Dernière Marche permet à son réalisateur – et à ses interprètes – de se poser en fervents détracteurs de la peine capitale.

Arrêt sur image : Le “je vous aime” de Susan Sarandon à Sean Penn, au moment où celui-ci s’apprête à être exécuté par injection létale, face aux familles de ses victimes. Cette séquence souligne avec sobriété l’importance du soutien à apporter aux prisonniers, plus particulièrement ceux qui viennent de traverser le couloir de la mort pour leur dernière marche.

Susan Sarandon et Sean Penn dans La Dernière Marche.

Et les autres…

Inutile de partir à la pêche au vécu pour pondre des histoires prenantes, voire spectaculaires (les films d’évasion, qui peuvent être considérés comme un sous-genre du film de prison, comportent souvent leur lot d’action musclée, stars à l’appui). Ainsi, en 1994, c’est dans le recueil Différentes Saisons, de Stephen King, que Franck Darabont trouve matière à mettre en chantier Les Évadés. Innocent du meurtre dont il est accusé, Tim Robbins, épaulé par un épatant Morgan Freeman, imagine un plan d’évasion pour lequel il devra faire preuve de presque 20 années de patience…

Les Evadés, de Franck Darabont : tout est dans le titre…

Quelques années plus tard, le même Darabont adapte King à nouveau. Là encore, les barreaux l’inspirent puisqu’il choisit de mettre en scène La Ligne Verte ; avec beaucoup moins de réussite malgré des acteurs – dont une sympathique petite souris – de talent. La seule morale religieuse suffit à perdre le plus sceptique des spectateurs, et les scènes de mise à mort frôlent l’indigeste. Le film a eu un succès fracassant aux Etats-Unis, mais à l’instar des très nombreux autres longs-métrages pro-abolition, n’a pas renversé l’opinion publique concernant la peine de mort…

Enfin, le film de prison a évidemment donné lieu à moult films d’action pure, parmi lesquels il convient de citer le très correct Haute Sécurité, avec Sylvester Stallone et Donald Sutherland, ou encore le très incorrect Tango et Cash, avec le même Stallone, mais aussi Kurt Russell, débitant à eux deux les répliques les plus risibles de leurs carrières respectives. Mentionnons également l’inénarrable Rock, non pour ses qualités cinématographiques plus qu’approximatives, mais pour les audaces capillaires de Sean Connery. Steve McQueen est autrement plus convaincant dans le magistral La Grande Évasion, très librement inspiré de faits réels mais qui sert surtout de prétexte à la mise en scène d’une incroyable scène d’évasion à moto. On retrouve le même Steve McQueen aux côtés de Dustin Hoffman en 1973 dans Papillon, qui décrit l’univers du bagne.

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1 commentaire

    capucine  | 04/02/09 à 17 h 29 min

  • et tout recemment “Hunger” de Steve Mc Queen dont le décor est le le quartier H de la prison de Maze en Irlande du Nord.

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