Half Nelson : le cercle des paumés disparus

01/03/08 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

Savoir éviter clichés et pathos lorsque l’on filme l’histoire d’un professeur de lycée dépendant à la drogue relève de l’exceptionnel. Un défi que le réalisateur Ryan Fleck a relevé de façon magistrale. Avec Half Nelson, non content d’offrir aux cinéphiles le plus beau film sur l’enseignement depuis Le cercle des poètes disparus, Fleck enveloppe dans un écrin précieux un rôle charnière pour l’acteur Ryan Gosling, qui avait déjà impressionné en 2001 dans la peau du jeune juif néo-nazi Danny Balint.

Entre deux cours sur les théories de Hegel que les lycéens d’un établissement “difficile” de Brooklyn, contre toute attente, suivent avec assiduité, Dan Dunne, professeur charismatique, consacre son temps libre à l’équipe de basket féminine dont il est le coach, mais aussi, de temps à autre, à la prise de crack, de plus en plus fréquente, de plus en plus addictive, de plus en plus aliénante. Un jour, l’une de ses élèves, Drey, jeune fille ballotée entre une mère déprimée et un cousin dealer, le surprend. Du haut de ses 13 ans, elle se met en tête de venir en aide à son professeur.

Shareeka Epps et Ryan Gosling

Une fable humaniste qui évite le mélo

Ni victime imposée, ni pantin pathétique aux prises avec une existence morne, le personnage central de Half Nelson va à l’encontre des standards outre-atlantique: sympathique, fils de bonne famille, professeur reconnu, beau gosse, apprécié de ses élèves… Face à lui, une jeune fille d’un milieu pauvre, noire, à la frontière de la délinquance (elle se fait de l’argent de poche en étant coursière pour un dealer de drogue), livrée à elle-même dans une famille éclatée où le père est aux abonnés absents. En décrivant la relation nouée par ces deux personnages, Fleck pousse toujours le bouchon très loin – Dunne tombe de plus en plus bas dans la dépendance, Drey suit les traces de son frère, emprisonné pour trafic de stupéfiant – mais laisse aux spectateurs la liberté de leurs émotions, sans juger, sans être démagogue, aidé en cela par une interprétation sidérante de réalisme.

Tirer des larmes aux spectateurs aurait donc pu constituer une solution de facilité que le réalisateur contourne habilement pour donner épaisseur et réalisme à deux personnages de paumés dont les destins se croisent à un moment phare de leur existence. Au bout du chemin, la rédemption… ou pas. En ce sens, le tournant que prend le film lors de la scène où la jeune fille vend de la drogue à son professeur est d’une violence inouïe, et donne tout son sens à un récit se voulant sans concession, mais laissant la part belle à l’espoir, débordant à l’écran lors de la séquence finale, qui donnera lieu à diverses interprétations.

Half Nelson ne sombre à aucun moment dans le drame social et embarque ses protagonistes dans une histoire simplement humaine, que les automatismes inhérents au film d’auteur indépendant – caméra à l’épaule, images tremblantes, grain “sale” – ne viennent que rarement entacher.
Un film inestimable, auquel le DVD, qui sort le 6 mars, ne rend absolument pas justice au vu du nombre de bonus dont il est gratifié, à savoir zéro.
Note: Dans le jargon de la lutte, un half nelson est une prise par laquelle on immobilise l’adversaire et dont il est difficile, voire impossible, de se dégager.

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Pas de commentaire

    marlène  | 07/03/08 à 11 h 43 min

  • ça m’a l’air d’un très beau film, ça m’a donné envie de le voir

  • nempower  | 27/03/08 à 8 h 23 min

  • Bien écrit comme d’hab.Le résumé donne envie de voir ce film.Félicitation Sabrina…

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