“Aimer, boire et chanter” en DVD. Rencontre avec Dussollier et Kiberlain

02/08/14 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , ,

 

aimer-boire-et-chanter-sandrine-kiberlain-andre-dussollier

Disparu le 1er Mars dernier, Alain Resnais aura laissé une empreinte indélébile sur le cinéma français, qu’il aura permis de faire briller de Hiroshima mon amour à On connait la chanson, à travers le monde. Toujours novateur, ce “grand enfant”, qui s’est éteint à 92 ans, laisse en guise de testament, Aimer, boire et chanter, ultime fantaisie autour des rapports humains, de la vie et de la mort. Deux de ses comédiens, l’habitué André Dussollier et Sandrine Kiberlain, qui pour la première fois tournait sous sa direction, reviennent sur cette expérience et sur les qualités humaines de ce grand artiste, dont les œuvres semblent immortelles.

André Dussollier, quels souvenirs gardez-vous d’Alain Resnais ?

A.D : J’en ai beaucoup… Et ce, aussi bien pendant qu’en dehors des tournages. J’ai tourné sept fois sous sa direction et à chaque fois, j’étais heureux de le voir à l’œuvre. Sur ce film, Aimer boire et chanter, il souffrait de la hanche mais son plaisir de tourner était tel qu’il allait de l’avant et à a fin des journées, il marchait comme si c’était son premier jour sur le plateau. Il était joyeux de travailler. Le pire pour lui était de ne pas réaliser, il préparait donc toujours quelque chose. Cela lui donnait l’assurance de se faire plaisir.

« Aimer boire et chanter » est un film assez joyeux, certes mais également testamentaire… Est-ce que cela se ressentait sur le plateau ?

 A.D : Non, je n’ai pas eu cette impression. Il y a pas mal d’humour et la mort a toujours été très présente dans ses films. Alain Resnais avait une manière ludique de mettre en scène la vie, le destin…. Sur le tournage de Cœur (2006) ce qui était peut-être dû à l’isolement des personnages… Bien sûr, dans Aimer, boire et chanter, on ne peut s’empêcher de penser à lui par le biais du personnage de George, qu’on ne voit pas et qui meurt à la fin… Mais Alain Resnais s’amusait de tout cela et riait dès les premières lectures. Son envie était de faire un film léger plus qu’une comédie cruelle. Il souhaitait montrer beaucoup de sentiments, de dangers, d’enjeux, d’amour. C’est un hymne à la vie.

Sandrine Kiberlain, quel a été votre ressenti en tournant pour Alain Resnais ?

S.K : C’est comme si soudain, on se sentait très libre de jouer tout ce qu’on avait en tête… Surtout que c’était un choix mûrement réfléchi de sa part. En effet, Alain Resnais allait vers un acteur uniquement lorsqu’il avait un rôle bien défini à lui proposer et le sentiment de ne pouvoir le donner qu’à lui. Le rapport de confiance était donc établi à la première rencontre. Sur le plateau, il était à la fois très preneur de nos propositions et spectateur de ce qu’on faisait. J’ai rencontré quelqu’un de très créatif, très inventif, qui innovait tout le temps… Il se creusait en permanence le cerveau pour obtenir ce qu’il imaginait.

Alain Resnais a toujours aimé mélanger les arts dans ses films. Ici, le film semble être à la frontière du théâtre et du cinéma.

 S.K : Son souhait était de réconcilier le théâtre, le cinéma et la radio. Il avait une grande passion pour les voix et pour le son en général. Alain Resnais était un homme qui s’intéressait à tout. Il était également incollable sur la Bande Dessinée. Pourtant, au début de chaque journée, il avait la même appréhension, la même peur que lors de son premier film.

Dans « Aimer, boire et chanter », Alain Resnais assume des faux raccords en vous filmant en gros plans, sur un fond quadrillé. Quelle directive vous donnait-il dans ces moments-là ?

A.D : Il disait vouloir capter une part d’intimité très forte de ses personnages, et que la seule manière de s’en rapprocher, c’était en se rapprochant de nous. C’était son seul commentaire. Pour les autres plans, des plans séquences, il nous demandait d’entrer et de sortir du cadre sans nous occuper de la caméra. On l’oubliait donc rapidement et on se jetait à l’eau. On voyait vraiment que sur un tournage, il se mettait en danger et prenait des risques, sans savoir si tout allait fonctionner. Surtout qu’il ne prévoyait aucune sécurité en cas d’échec. Son découpage était très précis et il savait précisément quel personnage allait apparaître sur telle réplique.

« Aimer, boire et chanter », en DVD, Blu-Ray et VOD le 6 août 2014.

PHOTO : F comme film/ Arnaud Borrel.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire