Le Prénom : un dîner presque parfait

13/04/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Paulo. François. Philippe. Séraphin. Simon. Christophe. Julien. Jacques. Laurent. Maxime. Alain… Au cinéma, Bruel a porté de nombreux prénoms, dont le sien, Patrick. Dans Le Prénom, Patrick s’appelle Vincent, agent immobilier, futur papa qui profite d’un diner familial pour révéler le prénom que va porter son enfant. Autour de la table, l’annonce jette un froid. A tel point que la soirée va tourner au règlement de comptes.

Ceux qui ont vu Le Prénom au théâtre savent déjà où le bât blesse. Les autres pourront, trois quarts d’heure durant, s’amuser à deviner de quel patronyme Vincent envisage d’affubler son enfant. Soit la durée au terme de laquelle l’infamie sera révélée, et la guerre déclarée entre les différents membres de la famille : la sœur de Vincent, Elisabeth (Valérie Benguigui), professeur syndicaliste dans un collège dit “difficile”. Le mari d’Élisabeth, Pierre (Charles Berling), titulaire d’une chaire dans une prestigieuse université de lettres. Claude (Guillaume de Tonquédec), l’ami d’enfance, musicien dans un orchestre symphonique, aux manières précieuses et à la touchante bonhommie. L’épouse de Vincent, Anna (Judith El Zein), qui va elle aussi faire les frais de la bombe jetée par son mari.

Un prénom, c’est (hélas) pour la vie

Après 250 représentations au théâtre Édouard VII à Paris, Le Prénom passe de la scène à l’écran, avec les mêmes interprètes (sauf Charles Berling, qui remplace Jean-Michel Dupuis), et mis en scène par ses propres auteurs, Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte. Une adaptation qui semble donc prendre peu de risques, sinon celui d’être comparée au fameux Dîner de Cons, autre pièce de théâtre qui, sur grand écran, avait connu un succès fracassant. Mais s’il est bien question ici de dîner, la comparaison avec la pièce (et le film) de Francis Veber s’arrête là où commence celle, plus légitime, avec Carnage, de Roman Polanski et Yasmina Reza. Dans l’un comme dans l’autre, outre les proportions prises par une simple dispute, se pose, en guise de base narrative, la question de la responsabilité parentale. “Comment punir son enfant quand il en a molesté un autre dans la cour de récré ?” demande Polanski. “Comment lui permettre d’assumer toute sa vie, un prénom qui lui posera problème ?” s’interrogent De la Patellière et Delaporte. Mais si, dans Carnage, l’affrontement verbal entre les personnages tourne autour d’une seule problématique, dans Le Prénom, les révélations s’enchainent, pour le plus grand malheur de la cible toute désignée des metteurs en scène : le bobo. Cet être énigmatique, aussi peu clair sur l’idéologie politique qu’il défend (le bobo veut sauver la planète mais roule en 4×4) que sur les raisons pour lesquelles il donne à ses enfants des prénoms invraisemblables. Et si les auteurs prennent autant plaisir à flinguer cette frange aisée de la population, c’est surtout parce qu’ils en font partie (ils ont baptisé leurs enfants respectifs Neige, Cassiopée et Artemus). Cette auto-dérision donne sa saveur à ce “dîner de noms” tordu et tordant. Le salon devient ici le microcosme d’une société sujette à tous les maux, dont celui qui règne en maître sur n’importe quelle cellule familiale : l’hypocrisie.

Les metteurs en scène font le choix de composer une galerie de stéréotypes (le bling bling de droite, le couple gauche-caviar, le musicien précieux, la blonde agressive, la mère écolo) au lieu de nuancer les personnages, et donc le propos. Les comédiens, brillants, se livrent à une performance collective qui doit beaucoup à une écriture drôle et subtile. Et si le film accuse par moment une baisse de régime notable, s’il perd momentanément le spectateur dans une scène de fantasme érotique mal amenée, il remplit le moindre de ses objectifs, et en premier lieu, celui de faire rire. Les réfractaires pourront toujours arguer que le film s’adresse précisément au public dont il se moque, qu’il fleure le parisianisme, que l’approche formelle du sujet manque d’audace ou que le dénouement aurait gagné à ne pas céder aussi facilement à une certaine naïveté… Personne ne reprochera au Prénom d’échouer à provoquer un questionnement éternellement sans réponse, sur l’obligation ou non de supporter sa famille.

Le Prénom, de Mathieu et Alexandre, avec Patrick, Charles, Valérie, Guillaume, Anna et Françoise. Au cinéma le 25 avril.

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