Le territoire des Loups : ceux qui vont mourir…

19/06/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

Quand nous rencontrons Ottway, il n’y a plus d’espoir. Perdu dans un forage en Alaska sous des températures polaires, son boulot consiste à abattre les loups qui rôdent autour du campement. Jamais remis de la rupture avec son ex-femme, qui n’est plus qu’un feu mourant dans ses souvenirs, Ottway ne voit plus très bien ce qui le pousse à lever sa carcasse le matin. Il y a pourtant de la lumière chez lui, comme dans ce geste compatissant avec lequel il accompagne la mort des bêtes passées sous son fusil. La figure sera répétée plusieurs fois dans le film. Déjà un pied dans l’autre monde, Ottway est un psychopompe, celui qui accompagne les âmes dans l’au-delà.

Qu’un survival hollywoodien nous permette de caser le mot « psychopompe » dans Envrak devrait déjà vous en dire déjà long sur la qualité du film. Prenez un action héros improbable (Liam Nesson, 60 ans, Schindler takenisé), un honnête tâcheron hollywoodien (Smoking Ace, fendard, et L’agence tous risques, irregardable), donnez leur un bon script, faites-leur suffisamment confiance pour leur foutre la paix sur le produit fini, et vous êtes en route pour une très agréable surprise.

Après un effroyable crash d’avion, Ottway s’impose comme le mieux armé pour organiser la survie de ses sept compagnons de fortune, seuls survivants en terrain hostile : blizzard, températures à faire geler un téton de sorcière… et loups. Des loups endurcis par l’isolement, des loups qui n’ont jamais vu d’homme et donc n’en ont pas peur, des loups qui peuvent croquer un grand gaillard en quelques bouchées – et ne perdent pas de temps à le faire. Ottway lui sait que leur employeur ne sera pas pressé d’envoyer une équipe de sauvetage pour une bande d’ex-taulards et de paumés. Ottway connaît les loups. Ottway est à moitié mort, il sait apprivoiser les ténèbres.

MORITURI TE SALUTANT

Le territoire des Loups est un thriller de bonne facture, avec des monstres aussi réussis que le crash d’avion initial (le plus spectaculaire qu’on ait vu depuis un bail), captés par un réalisateur qui a compris l’importance du son au cinéma : interminable concassage de tôle, terrifiants hurlements des bêtes, vent à tout casser. Généreux en sensations fortes – on a frôlé l’attaque cardiaque 2 ou 3 fois – le film est plus retenu sobre dans son traitement des hommes, se contentant d’une anecdote, ou un flashback d’un être aimé – au risque parfois d’une imagerie à 2 balles hollywoodienne. Inodores pris séparément, ces éléments finissent cependant par concocter ensemble un chouette plat de samedi soir.

Entre deux courses poursuites, saut de la mort dans des falaises et chutes dans les rapides écrits dans le cahier des charges, quels moments de cinéma offrir à des personnages coincés dans la neige, menacés par le froid et une horde de crocs hostiles ? De quoi parlent un petit groupe d’hommes en sursis ? Du dernier né qui pousse au pays, de baise, de Dieu, de foi, de combat. Les loups et les hommes sont des animaux comme les autres, murmure le film. Bats toi, vis avant la mort, car elle arrive vite, crie-t-il aussi. Tout le rythme du film, tour à tour nerveux et contemplatif (même s’il n’atteint, dans cette catégorie, pas des sommets) tourne autour de ce danger qui rôde, ce groupe d’hommes dépassés, cette fin qui approche : ce qui fait qu’on continue ou qu’on rend les armes.

Plus qu’un thriller distrayant, Le territoire des Loups a un petit quelque chose en plus qui l’élève vers une élégie, poétique et puissante.

Sortie en DVD et Blu-Ray le 29 juin 2012.

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