Le tour du monde en 80 films. Chapitre 1

01/11/08 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

Ce mois-ci, la chronique ciné se disperse un peu, portée aux quatre coins du monde et de l’écran par le fil conducteur de ce numéro.
On connaît les lieux communs : le cinéma, c’est “une fenêtre ouverte sur le monde”, un formidable “moyen d’évasion”, 24 images par seconde d’escapade. Des plaines désertiques des westerns spaghetti aux immensités étoilées des grandes quêtes spatiales, aucun territoire ne semble avoir échappé à l’œil de la caméra et partant, à celui du spectateur. Quoi de plus légitime après tout, pour l’art du mouvement, que de vouloir illustrer les rêves de départ, les quêtes de survie, la course aux chimères ou la fuite du danger… Mais le voyage au cinéma n’est pas seulement géographique. Plongée dans l’inconscient d’un protagoniste, parcours initiatique empruntant ses racines au bildungsroman (1) , le voyage en tant que cheminement vers un aboutissement personnel est sans doute plus riche de sens et plus passionnant que la simple balade touristique. Il faut bien reconnaître cependant que les deux trajets – géographique et mental – sont souvent couplés, que voyage extérieur et aventure intérieure se lient presque irrémédiablement. Parmi les exemples récents de cette interdépendance, Into the Wild, de Sean Penn, empruntant davantage aux récits initiateurs de la Beat Generation (Jack Kerouac en tête) qu’aux Flaubert (Madame Bovary, L’Education Sentimentale) et autre Fromentin (Dominique). Penn n’est pas le seul ; d’autres réalisateurs ont pris le même billet, d’un continent à l’autre. Un tour du monde en 80 films, c’est le pari qu’Envrak a donc décidé de réaliser ce mois-ci, en proposant un panorama des œuvres les plus emblématiques consacrées à cette thématique. Et parce que tout est parti de là, c’est en France que le voyage commence.

Au départ de la Ciotat, destination la Lune

L’image mise en mouvement par les frères Lumière à la fin du 19ème siècle a permis au cinéma de naître par le biais d’un train, celui qui, en entrant en gare de la Ciotat, a fait du voyage l’un des premiers thèmes traités à l’écran. Par la suite, en 1902, Georges Méliès, cinéaste magicien, inventa les effets spéciaux et envoya ses personnages sur la lune. Une première destination pour le moins ambitieuse…

Le Voyage dans la lune, de Georges Méliès

Gros plan : Révélé au grand public en 1997 avec son fracassant premier long-métrage Dobermann, Jan Kounen prend tellement à cœur son statut de cinéaste dit “en marge” qu’il quitte la France pour s’installer au Mexique puis au Pérou pour s’immerger dans la culture chamane, sa culture et ses psychotropes. Il regagne ses pénates en 2003, fort d’une expérience qu’il souhaite faire partager aux spectateurs. Ce sera Blueberry, l’Expérience Secrète (2004), vague adaptation de la bande-dessinée éponyme, qui lui servira de support à des recherches visuelles n’ayant d’autre but que de traduire à l’image les sensations ressenties lors d’une expérience chamanique.

Une parfaite illustration du lien entre grands espaces et aventure intérieure.

S’ensuivra Darshan, l’Etreinte, documentaire tourné en Inde en 2005. De ce portrait d’Amma, “sainte” dont les étreintes transmettent à ceux qui les reçoivent apaisement et vertus purificatrices, Kounen déclare : “Cinéma et aventure intérieure sont pour moi indissociables. Préparer un film me pousse chaque fois à aller plus loin dans l’introspection personnelle. Aussi ai-je pu vivre des choses que je n’aurais pas vécues si je n’avais pas eu le désir de traduire en images certains territoires et certaines expériences. Ma fonction de cinéaste consiste à travers ce film à interroger nos croyances et à les mettre à l’épreuve d’une autre vision, qui loin de demander un choix, permet d’enrichir notre perception du réel” (source: allociné).

Le DVD du mois : Encore une nouvelle édition pour le film de Pascale Ferran, Lady Chatterley, toujours parrainé par MK2, et dans lequel une jeune bourgeoise s’éveille à la sensualité au fil des saisons qui se succèdent. Le long-métrage est adapté du célèbre roman d’apprentissage écrit en 1928 par David Herbert Lawrence.

L’Odyssée des grands espaces

Tous deux s’en attribuent la paternité : le western, italien ou américain? Quoi qu’il en soit, c’est par un élan de sarcasme mal placé que la nation de l’oncle Sam lui accole le terme de “spaghetti”. Un cynisme qui n’entachera jamais le genre. En lieu et place des valeureux cow-boys décimant à tour de bras les vils Indiens, l’Europe dépasse le stade grossier du manichéisme et des contre-vérités historiques pour dépeindre les aventures d’anti-héros misogynes et solitaires négligeant le brushing pour un accoutrement bien plus négligé, chevauchant leur monture dans de vastes paysages. Ces derniers sont magnifiés notamment par la caméra de Sergio Leone, ses grands angles récurrents et ses cadrages expressifs. Un art mené à la perfection dans Il était une fois dans l’Ouest et Le Bon, la Brute et le Truand, films mythiques ayant fait office de cours particuliers pour l’immense cinéaste que deviendra par la suite Clint Eastwood. Ce dernier, qui livre avec Impitoyable (1992) un film crépusculaire d’une beauté renversante, est le dernier héritier d’une tradition purement européenne. Le western? Définitivement italien.

Il était une fois dans l’Ouest, de Sergio Leone.

Gros plan : Cinématographiquement parlant, l’Italie n’est pas uniquement le pays du western spaghetti, loin s’en faut. Parmi les grands noms du cinéma mondial, on retrouve de très nombreux cinéastes transalpins, œuvrant dans tous les genres et tous les courants de pensée : Fellini, Pasolini, De Sica, Risi, Monicelli, Visconti, Antonioni. Sans oublier Rossellini, qui offrait en 1954 un film considéré aujourd’hui comme l’un des plus importants de l’histoire du cinéma. Dans Voyage en Italie, un couple d’Anglais, Catherine et Alexander (Ingrid Bergman et George Sanders), s’aperçoivent au contact des habitants ce pays qu’ils découvrent, que leur mariage est un échec. C’est au moment où ils se résignent à se séparer qu’une procession religieuse fait renaître leur amour mutuel. C’est avec ce film que s’opère chez Rossellini une rupture nette avec le néo-réalisme. Ici, l’étude de mœurs, quelque peu austère, se transforme en miracle. Celui de l’amour, en l’occurrence, auquel on veut bien croire grâce au jeu des comédiens, et parce que le voyage, par les rencontres qui le jalonnent, permet une introspection souvent bénéfique. Pour preuve, lors de la procession finale, aussi réelle que symbolique, un infirme se remet debout et un couple se reforme.

Le Voyage en Italie, de Roberto Rossellini.

Les DVD du mois : L’Italie, c’est aussi l’autre pays du nanar, l’antre du cinéma bis et de l’horreur qui tache. Si Dario Argento en est un digne représentant, capable du sublime (L’Oiseau au Plumage de Cristal, Quatre Mouches de Velours Gris, Profondo Rosso, Suspiria…) comme du honteux (Le Fantôme de l’Opéra, Card Player), le bonhomme a fait des émules par centaines. Parmi eux, Armando Crispino, auteur de Frissons d’Horreur, long métrage ambitieux mais fauché non dénué de qualités malgré un rythme laborieux. Débauchant l’actrice de Quatre Mouches…, Mimsy Farmer, le réalisateur y évoque une vague de suicides prétendument causés par les taches solaires. Le DVD, déjà proposé récemment par le fanzine Mad Movies, est annoncé pour le 5 novembre. Quant au très opportuniste Enzo G. Castellari, c’est à Steven Spielberg, rien que ça, qu’il va emprunter le trame de départ de La Mort au Large, également prévu pour le 5 novembre. “Emprunté” est d’ailleurs un bien pâle euphémisme pour évoquer ce plagiat en règle des Dents de la Mer, que seule une musique inspirée parvient péniblement à sauver. Une curiosité cependant pour les amateurs de séries B tendance “arriérée”.
(1) Terme allemand pour “roman d’apprentissage”. Ce dernier a pour thème le cheminement évolutif d’un héros, souvent jeune, jusqu’à ce qu’il atteigne l’idéal de l’homme accompli et cultivé.

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2 commentaires

    nempower  | 04/11/08 à 20 h 50 min

  • Des commentaires toujours aussi parfaits,captivants…

  • Dours  | 26/11/08 à 23 h 23 min

  • C’était quand même chouette les films que Méliès faisait, surtout pour cette époque… Vraiment magique et bluffant! J’aime justement “Le voyage dans la lune” repris pour le clip “tonight, tonight” des Smashing Pumpkins.

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