Le tour du monde en 80 films. Chapitre 2

01/11/08 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Suite du voyage par l’image : l’espace-temps, l’au-delà et les mondes parallèles.

La Perfide Albion en première classe

On s’arrête un petit moment en Angleterre, où en 1895, au moment même où les frères Lumière inventaient le cinéma, le romancier Herbert George Wells livrait sa célèbre Machine à Explorer le Temps. Une gémellité qui, si elle doit tout au hasard, n’en finira plus par la suite d’inspirer le 7ème Art, tout particulièrement dans les pays anglo-saxons. Si les démonstrations cinématographiques de voyages spatio-temporels seront légion aux États-Unis, l’Angleterre ne restera pas sur le banc de touche. En 1979, l’étonnant C’était demain, de Nicholas Meyer, met en scène Herbert George Wells lui-même (Malcolm McDowell). Ce dernier vient de parvenir à créer une machine lui permettant de voyager à travers les siècles. Par un malheureux concours de circonstances, Jack l’Eventreur (David Warner) prend la fuite à bord de la machine. HG Wells va le traquer jusque dans le San Francisco des années 1970. A la fois so british et très yankee, le film est une belle illustration de ce que les cinéastes parviennent à créer lorsque le temps et l’espace s’emmêlent. Sur ce point, Stanley Kubrick reste inégalé.

La machine à remonter le temps de C’était demain (Time after Time)

Gros plan : Co-production anglo-américaine, 2001, l’Odyssée de l’Espace, réalisé en 1968 par Stanley Kubrick, est tiré de plusieurs nouvelles de science-fiction écrites par Arthur C. Clarke, tout particulièrement La Sentinelle. Le film, qui se veut une allégorie sur l’évolution de l’Homme, va mêler voyage dans l’Histoire, dans le Temps et dans l’Espace, contournant l’entendement pour se focaliser sur une expérience visuelle troublante. Un véritable opéra spatial marqué par l’utilisation magistrale de la musique (Richard et Johann Strauss, Gyorgi Ligeti ou encore Aram Khatchaturian s’y côtoient) et construit en trois chapitres distincts : l’aube de l’humanité, épisode centré sur une tribu d’hommes préhistoriques qui, sous l’influence d’un mystérieux monolithe, découvrent qu’ils peuvent se servir d’un os comme d’une arme, ce qui empêche l’extinction de l’espèce. La mission Jupiter vient ensuite, cœur du film présentant l’équipage d’un vaisseau spatial, dont l’ordinateur de bord HAL 9000, qui finira par assassiner tous les astronautes sauf Bowman. Ce dernier devient l’unique protagoniste du dernier acte, Jupiter et au-delà segment psychédélique au cours duquel il effectue un étrange voyage dans une faille spatio-temporelle le menant jusqu’à une vaste chambre où, se voyant vieillir prématurément puis mourir, il renaîtra sous la forme d’un fœtus astral retournant lentement vers la Terre.

L’étrange monolithe de 2001, l’Odyssée de l’Espace.

Difficile d’appréhender le sens véritable que le cinéaste a voulu donner à son film. Kubrick s’en réjouissait d’ailleurs, lui qui, souhaitant avant tout pénétrer philosophiquement l’inconscient des personnages et des spectateurs, déclarait en 1968 au magazine Playboy (!!) : “Vous êtes libres de vous interroger tant que vous voulez sur le sens philosophique et allégorique du film – et une telle interrogation est une indication qu’il a réussi à amener le public à un niveau avancé – mais je ne veux pas donner une grille de lecture précise pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre de peur de ne pas en saisir la signification.”

Le DVD du mois : En novembre, actualité oblige, tous les James Bond ressortent en DVD : simples, collectors, coffrets normaux, coffrets prestiges, “ultimate edition” contre “pack spécial”, le choix sera rude. Aux néophytes, on conseille forcément les premiers, avec sir Sean Connery, accent écossais au couteau et flegme de rigueur. Aux amateurs, on conseille un rendez-vous rapide avec leur conseiller financier.

Quand l’Amérique voyage pour oublier

Voyages dans l’Espace (la double trilogie Star Wars), voyages dans le temps (les Retour vers le Futur)… Quand les États-Unis font de leurs productions cinématographiques des tours opérateurs de luxe, le spectacle est garanti. Mais comme les spectateurs ne sont pas que des touristes, on rappellera ici qu’outre les grands espaces américains, les terres lointaines ont aussi fait l’objet de nombreux films au contenu nettement moins glorieux. Pas étonnant que le cinéma de guerre soit devenu un genre à part entière outre-Atlantique. Parmi les exemples les plus marquants, celui de Voyage au Bout de l’Enfer (Michael Cimino, 1978) a fait date, imprimant durablement les esprits dans son évocation sans concession des ravages de la guerre au Vietnam et des séquelles – physiques et psychologiques – endurées par toute une génération de soldats.
Une autre manière de voir du pays, en somme…

Gros plan : Un noir et blanc sublime, une musique envoutante, des images inoubliables, dont celle d’un homme voguant lentement et sereinement vers la mort. Dans Dead Man (1996), de Jim Jarmusch, Johnny Depp incarne William Blake. En 1870, ce dernier se rend sur la côte Ouest des Etats-Unis pour prendre un poste de comptable dans la ville de Machine. Sa rencontre avec un étrange Indien va lui faire parcourir un étrange parcours initiatique, de la vie jusqu’à la mort. L’ambiance que confère au film la mise en scène de Jarmusch lui donne l’aspect d’un long poème mouvant et d’un néo-western stylisé et contemplatif, où le voyage est un prétexte au héros pour sauver son âme. Une quête spirituelle considérée à juste titre comme l’un des plus beaux films de Jarmusch.

Johnny Depp entre le réel et l’au-delà dans Dead Man.

Le DVD du mois : Après l’Amérique du Nord, normal de donner une petite place ici à l’Amérique du Sud, qui bénéficie d’une belle galerie de cinéastes surdoués, dont le défunt Raoul Ruiz, objet ce mois-ci d’un coffret DVD regroupant trois de ses films : Les trois couronnes du matelot (1983), L’hypothèse du tableau volé (1979) et La vocation suspendue (1977). Parmi les bonus proposés, deux interviews sur le thème du Chili et du voyage fantastique.

Dernière destination : l’Asie

Difficile de rendre compte en quelques lignes du dépaysement engendré par le cinéma asiatique, foisonnant à plus d’un titre : tous les genres, tous les formats, tous les cinémas en somme, y sont massivement représentés, avec depuis quelques années une prédilection affichée pour l’action (innombrables films d’arts martiaux et d’aventures) et l’horreur (la Corée et le Japon en sont les chantres), sans oublier l’industrie faramineuse de Bollywood en Inde et ses loooongs-métrages chatoyants où chants et danses se substituent à un érotisme prohibé. Depuis peu, même la Mongolie se met à tourner, c’est dire si les États-unis ont du souci à se faire…

Gros plan : Il n’avait pas été évoqué jusqu’alors dans ces lignes, c’est désormais chose faite : le cinéma d’animation permet lui aussi quelques escapades, et dans ce domaine, Hayao Miyazaki est un maître. Avec Le Voyage de Chihiro, le cinéaste japonais signe en 2001 une fable dans laquelle une fillette de 10 ans se retrouve happée dans un univers parallèle. Là, elle devra faire face à la terrible sorcière Yubaba pour pouvoir rentrer chez elle et sauver ses parents transformés en cochons. Onirique et à la limite du surréalisme, le film n’en est pas moins initiatique puisque à l’image des fables universelles pourvues d’une morale finale, il décrit le cheminement intérieur d’une enfant capricieuse à deux doigts d’entrer dans l’âge adulte.

Le Voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki.

Le DVD du mois : Pour rester dans le domaine de l’animation, on signale aux lecteurs une petite curiosité qui vaut peut-être – à vrai dire, on ne l’a pas vu – le coup d’œil au vu de son sujet inédit : réalisé par le Sud-Coréen Jo Beom-Jin, Aashi et Ssipak se situe dans un futur indéterminé, où, les ressources énergétiques se faisant rares, la société perdure grâce à une énergie nouvelle : les excréments humains. Deux petits dealers décident de défier l’ensemble de ce système. Ca a l’air idiot, dit comme ça, et ça l’est sûrement, mais il faut bien avouer que le pitch titille la curiosité…

Quelques escales

Parce que la planète est vraiment trop grande pour Envrak, la chronique ciné ne saurait s’éterniser jusqu’à atteindre un nombre de pages bien trop rebutant pour inciter à la lecture. Pourtant, on a vivement ressenti l’envie de vous parler du voyage initiatique de la jeune héroïne du Labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro), ou encore de la filmographie très foutraque du Géorgien Otar Iosseliani, tout comme des Sept Chants de la Toundra qui sortent ce mois ci en DVD. On a également du passer à la trappe le cinéma allemand, celui qui nous vient d’Espagne ou encore du continent Africain, de Russie, du Canada ou de Scandinavie… Ce modeste survol du panorama cinématographique mondial s’achèvera donc sur une liste très arbitraire d’œuvres relatives au thème du mois.

France : Le Voyage aux Pyrénées (Jean-Marie et Arnaud Larrieu, 2008), Voyage(s) (Emmanuel Finkiel, 1999), Bon Voyage (Jean-Paul Rappeneau, 2003), Le Voyage en Arménie (Robert Guédiguian, 2006),
Brésil : Carnets de Voyage (Walter Salles, 2003)
États-Unis : Le Voyage Fantastique (Richard Fleischer, 1966), Les Voyages de Sullivan (Preston Sturges, 1942), Voyage au bout de l’Enfer (Michael Cimino, 1978)
Maroc : Le Grand Voyage (Ismael Ferroukhi, 2004)
Grande-Bretagne : Les Voyages de Gulliver (Dave Fleischer, 1944)
Grèce : Le Voyage des Comédiens (Théo Angelopoulos, 1975)
Suisse : Le Voyage au Kafiristan (?, 2001)
Israel : Le Voyage de James à Jérusalem (Ra’anan Alexandrowicz, 2004)
Ex-Yougoslavie : Papa est en Voyage d’Affaires (Emir Kusturica, 1985)
Canada : Le Voyage de Félicia (Atom Egoyan, 2000)

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2 commentaires

    nempower  | 04/11/08 à 20 h 56 min

  • De bonnes soirées devant la télé avec de très bons films à voir ou à revoir grâce à Sabrina. je suis sûre de faire un superbe voyage….

  • J  | 05/11/08 à 0 h 31 min

  • Annie, faut arrêter de venir commenter les articles de votre fille, ça commence à se voir… :)

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