Les 13 desserts ciné d’envrak

02/01/08 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : ,

Lorsque les envrakés sont pleins de bonnes résolutions, ils ne font pas les choses à moitié. La preuve ce mois-ci, avec non pas un, ni même deux, ni trois mais… treize films à la loupe. Enfin, à la loupette. Vous l’aurez compris, le chiffre 13 est à l’honneur à l’occasion du numéro quatorze moins un de votre webzine préféré, et côté ciné, il y a de quoi faire. Du mastodonte hollywoodien au film d’auteur français en passant par le nanar ricain et l’ovni de répertoire, tout y est, ou presque.

Le plus célèbre

Le vendredi 13, il y a ceux qui jouent au loto – 10 grilles et le numéro joker, au cas où –, ceux qui restent cloîtrés chez eux persuadés que la poisse les guette, et ceux qui tuent de l’ado à la machette. Jason Voorhees est de ceux là. Lesté d’une maman un peu déglinguée, le bonhomme promène sa silhouette traaaanquille, sa salopette et son masque de hockeyeur sympa depuis plus de 20 ans sur les écrans.
Vendredi 13, sorti en 1980, terrorise des centaines de milliers d’américains et rafle la mise en récoltant plus de 17 millions de dollars de recettes outre-atlantique, soit plus de 24 fois son budget initial. Pas moins de 10 séquelles suivront, avec plus ou moins de réussite, la plupart n’obtenant même pas les honneurs d’une sortie salle. Les dernières aventures en date du tueur du vendredi l’ont d’ailleurs confronté à un autre célèbre croquemitaine du cinéma d’horreur, le mythique Freddy Krueger, dans Freddy contre Jason. Inutile de préciser lequel des deux gagne la partie…

“J’ai crevé l’oreiller. J’ai du rêver trop fort”

Le plus space

« Dire qu’on me paye pour faire ce métier… » déclarait Tom Hanks à la sortie d’Apollo 13 en 1995, heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage à bord d’une navette spatiale. Un rêve d’enfant pour l’acteur, un cauchemar pour Jim Lovell, l’homme qu’il interprète dans ce film retraçant l’épisode traumatisant de la mission qui a bien failli coûter la vie de trois astronautes.
Le 13 avril 1970 à 21h, l’un des reservoirs d’oxygène du vaisseau spatial de la 13ème mission Apollo explose à 205 000 miles de la Terre. L’Amérique toute entière tremble pour les trois hommes à bord.
26 ans plus tard, le réalisateur Ron Howard touche le jackpot et emporte son film avec lui jusqu’au tapis rouge des oscars, d’où il repartira bredouille.
Dans le rôle de l’un des astronautes, on retrouve Kevin Bacon, qui avait fait ses débuts au cinéma 16 ans plus tôt dans… Vendredi 13.

Bill Paxton, Tom Hanks et Kevin Bacon, complètement dans la lune.

Le plus kiffant sa race

Personne n’aurait parié un centime d’euro sur le long-métrage de Pierre Morel en 2004. Contre toute attente, Banlieue 13, qui a bénéficié d’une campagne promotionnelle très approximative, trouve son public.
En 2013, Damien, officier d’une unité spéciale de la police parisienne, accessoirement expert en arts martiaux, se voit confier la mission la plus périlleuse de sa carrière : une arme de destruction massive a été volée par un puissant gang de la banlieue. Damien doit infiltrer le secteur pour récupérer la bombe, à grands coups de tatanes.
Un mix des genres qui a séduit le public américain. De là à ce que l’on commence à parler remake, il n’y a plus que 13 pas.

Un film métaphysique, profond, intelligent et sobre… Non, je déconne.

Le plus musclé

Remake du film presque homonyme – Assaut tout court – de John Carpenter, Assaut sur le central 13 (2005) ne fait pas dans la dentelle.
En guise de réveillon de fin d’année, le sergent Jake Roenick se voit obligé de faire équipe avec les malfrats incarcérés dans les cellules du Central 13, assiégé par une meute de flics pourris jusqu’à la gâchette. Objectif : tenir jusqu’à l’aube. D’ici là, tous les coups sont permis.
Confié au Français Jean-François Richet, Assaut sur le Central 13 aligne un casting quatre étoiles (Lawrence Fishburne, Ethan Hawke, John Leguizamo, Gabriel Byrne…), multiplie les scènes nerveuses et éprouvantes, soigne sa bande-son jusqu’à l’excellence, se paye le luxe d’être monté comme un grand, et rend tous les spectateurs claustrophobes.
Un bien bel hommage à Carpenter, qui n’en demandait sûrement pas tant.

Ethan Hawke et ses copains passent un chouette réveillon et pour l’occasion, sortent les pétards.

Le plus glamour

Défilé de beaux gosses et de coupes gominées pour le très élégant Ocean’s 11 en 2002. George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, le casting de l’année pour le casse du siècle : trois casinos cambriolés au même moment, pour un magot de 150 millions de dollars, soit à peu près le bénéfice réalisé par le film dans le monde entier. Une suite plus tard – Ocean’s twelve –, la franchise sombre dans le porte nawak avec Ocean’s Thirteen, pour lequel Soderbergh reprend les mêmes ingrédients et la même laque à cheveux, rameute Al Pacino (un acteur qui adore cabotiner quand on lui en donne l’occasion) et se « vautre » en France.
Une fumisterie qui pourrait signer la fin des aventures de Danny Ocean.

Matt Damon, George Clooney, Brad Pitt et un mec de dos : what else?

Le plus déprimant

En 1981, le réalisateur allemand Werner Rainer Fassbinder signe un film troublant et dérangeant sur les errances d’un transsexuel en mal d’amour.
Dans L’année des 13 lunes, l’acteur Volker Spengler prête ses traits à un être entre-deux, un homme-femme mal dans sa peau qui explore le vice et le désespoir jusqu’à la mort dans un noir et blanc esthétisant et une ambiance sonore à laquelle David Lynch devra beaucoup.
Un film déprimant et étrange, marqué par la scène de monologue illustrée par des images d’abattoir qui frôlent l’insoutenable.

Volker Spengler et Ingrid Caven : cherchez la femme.

Le plus démentiel

En 1963, le jeune Francis Ford Coppola, futur réalisateur de la trilogie mythique du Parrain et du monumental Apocalypse Now, se lance dans l’aventure du long-métrage en signant… un film d’horreur. Dementia 13, torché en 3 jours pour un budget de 20 000 dollars – prêtés à l’époque par Roger Corman – emprunte aussi bien à Hitchcock qu’à Buñuel et multiplie les scènes de meurtres à la hache.
Gore et fauché : un bonheur pour les fans de série B comme pour les admirateurs du gros Francis. Aisément dénichable à moins de 2 euros sur les sites spécialisés.

Des années avant de se lancer dans la production de vin, Coppola s’y connaissait déjà en rouge qui tache.

Le plus nul

En 1960, le maître de l’horreur William Castle livrait l’un de ses films les plus aboutis et dotait ses spectateurs de lunettes spéciales leur permettant de voir sur l’écran des fantômes invisibles à l’œil nu.
42 ans plus tard, le jeune Steve Beck oublie complètement de révolutionner le genre en livrant le remake peu inspiré de 13 fantômes.
Un grand manoir un peu glauque mais pas très, une famille d’américains têtes à claques, un médium en toc et un troupeau de revenants qui font pas peur, voilà les ingrédients parfaits d’un film raté.

Baaaaah !! Même pas peur…

Le plus politique

Octobre 1962 : un avion américain découvre l’existence de missiles nucléaires soviétiques enfouis à Cuba, et prêts à décimer plus de 80 millions de personnes chez l’oncle Sam. Pour le président John Fitzgerald Kennedy et ses deux hommes de confiance, la menace est imminente. Pendant 13 jours, la plus dangereuse des négociations aura lieu à la Maison Blanche.
13 jours, soit le titre de ce long métrage réalisé en 2001 par Roger Donaldson, l’homme qui a notamment commis La Mutante.
Souhaitant se démarquer d’une vision hollywoodienne de l’Histoire, le film, austère et documenté, offre à Kevin Costner son énième rôle de l’éternel retour.

Kevin Costner, toujours aussi proche de JFK.

Le plus « girl power »

Si les jeunes protagonistes de Thirteen (2003) exhibent avec un soupçon de provoc un piercing tout neuf planté au milieu de la langue, le film de Catherine Hardwicke n’entend pas donner dans le « teenage movie ».
Tracy a 13 ans et veut faire comme ses copines : voler un sac dans une boutique, se tatouer, plaire aux garçons et être la fille la plus populaire du lycée. Sa maman se met en tête, mais bien trop tard, de reprendre l’adolescente en main.
Quête d’identité, comportement trash jusqu’à l’autodestruction, impuissance parentale… la girl culture, phénomène en vogue aux Etats unis, est ici prétexte à un film salué par la critique et où Holly Hunter, en mère dépassée, remporte tous les suffrages.
Du haut de ses 13 printemps, l’actrice Nikki Reed se fend en outre d’une participation à l’écriture du scénario et se pose en chantre de sa génération.

On n’est pas sérieux quand on a 13 ans.

Le plus oppressant

Premier film de l’acteur-réalisateur Barthélémy Grossman, 13m2 décrit, selon les dires de son auteur, les dérives de la société de consommation, à travers l’évocation d’un braquage suite auquel trois malfaiteurs se réfugient dans une planque de 13m2. Avec eux, leur butin et leur conscience au travail. Au fil des conflits irrémédiablement engendrés par la situation, les caractères se révèlent.
Avec une poignée d’euros et une belle détermination, Grossmann livre ici un énième film sur le malaise de la banlieue, doublé d’une réflexion sur les jugements hâtifs : « il est impossible de faire un pas sans que l’on vous propose quelque chose à acheter. Autrement dit, si tu n’as aucun moyen financier, tu n’es rien. On te juge par tes habits, par ce que tu représentes mais jamais pour ce que tu es. »
Interpellé par le sujet et désireux d’apporter son soutien à la distribution du film, Thierry Lhermitte y fait une apparition remarquée dans le rôle d’un ancien voleur solitaire.

13m2, ou comment éviter les clichés du “film de banlieue”.

Le plus mocky

S’il est un réalisateur français qui divise l’opinion, c’est bien Jean-Pierre Mocky. Cantonnés à des sorties plus que discrètes dans moins de 5 salles, les films qu’il a réalisés ces dernières années n’ont bénéficié d’aucune campagne promotionnelle, à l’instar de 13th french street.
A titre énigmatique, synopsis improbable, comme souvent chez cet enfant terrible du cinéma hexagonal : l’amitié entre Alex et Victor – tissée pendant la guerre du Golfe – est mise à mal par l’attirance du premier pour la femme du second. Une passion purement sexuelle naît entre les deux amants, passion freinée par l’omniprésence de la vieille maman de Victor.
Que ceux qui ont vu ce film, sorti au mois de novembre dernier, lèvent la main.

Thierry Frémont et Bruno Solo dans 13th french street, le 12 456ème film de Jean-Pierre Mocky.

Le plus perturbant

« Tout le monde fixe l’ampoule ! ! ! » A l’évocation de ces quelques mots, ceux qui ont vu 13 tzameti savent qu’ils n’ont rien d’anodin lorsqu’ils sont écrits par Gela Babluani, cinéaste d’origine géorgienne qui plonge son acteur de frère (Georges Babluani) dans un récit noir comme la détresse et tranchant comme une lame de guillotine.
Sébastien, 22 ans, répare le toit d’une maison dont le propriétaire meurt d’une overdose après avoir reçu une étrange convocation supposée lui rapporter une grosse somme d’argent. Le jeune homme récupère l’enveloppe et décide de prendre sa place. Un étrange jeu de piste l’attend, au bout duquel le cauchemar commence.
Si le début du récit n’a rien d’exceptionnel et mise sur le mystère, la suite ne s’autorise aucune concession. Noir et blanc esthétisant, direction d’acteurs bressonienne (le naturalisme formel de la mise en scène rebutera les uns et fascinera les autres), huis clos implacable… Pour son premier film, Babluani frappe très fort, là où ça fait mal, et imprime dans la mémoire des spectateurs des images d’une impitoyable cruauté, que l’on peut difficilement oublier.
Rien de mieux au rayon « descente aux enfers » en 2006.

Augustin Legrand dans 13 Tzameti, le meilleur film français de l’année 2006, un point c’est tout

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6 commentaires

    Pulco  | 02/01/08 à 15 h 20 min

  • Chouette article et bon choix. Faut quand même préciser que 13 Tzameti n’est pas le film du samedi soir pizza bières, mais un petit bijou à découvrir tous les autres jours.

  • Nicolas M.  | 02/01/08 à 23 h 25 min

  • Effectivement ce dernier film me donne bien envie ! Qui aurait ce film chez lui ? J’apporte la pizza ! Ah … non, Pulco dit qu’on peut pas ! :D

  • Sab  | 03/01/08 à 15 h 22 min

  • J’ai oublié de dire que la bande originale était un chef d’oeuvre. C’est bête…

  • nempower  | 03/01/08 à 23 h 53 min

  • superbes commentaires comme d’hab…J’adore….

  • Ito  | 03/01/08 à 23 h 56 min

  • Très interressant et passionnant…Très bonne lecture,bien rédigé.Une tata fan…

  • dolly  | 06/01/08 à 13 h 56 min

  • moi je suis née un vendredi 13, Holden tu fais un film sur moi ?? …

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