Les César, c’est vraiment trop injuste

28/02/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Omar Sy, récompensé pour avoir interprété son propre rôle. Bérénice Béjo, césarisée pour avoir pris des cours de claquettes. Michel Blanc, adoubé pour l’ensemble de sa carrière sous la forme d’un césar du second rôle. Mais c’est quoi, ce palmarès ??

Cette année, armés comme de coutume de notre grille de pronostics et d’un stylo rouge, on a perdu trois fois nos mâchoires. Car on attendait nos fameux “points compte-double”, qu’on pensait gagnés d’avance : Dujardin, Maïwenn, Joeystarr. Avec, pendant plusieurs jours, un débat sur le très indécis césar de l’actrice. “Karin Viard ou Marina Foïs ? Trop difficile. On a qu’à voter Valérie Donzelli”. Et finalement, les surprises sont tombées sur la cérémonie comme autant de coups bas sur notre fierté de cinéphile : Omar Sy meilleur acteur ? Sérieusement ? Ainsi, les votants ont préféré la fraîcheur, la spontanéité et l’abattage comique de l’intouchable Omar – une non performance, pour le coup – au travail colossal accompli par Dujardin, l’Artist de Hazanavicius, pourtant acclamé par la critique internationale et récompensé notamment par un prix d’interprétation à Cannes, un Bafta, un Golden Globe et l’oscar du meilleur acteur à Hollywood. On aurait toléré des votants qu’ils ne récompensent pas Dujardin, s’ils l’avaient remplacé par Denis Podalydès, étonnant clone de Sarkozy dans La Conquête, ou par Olivier Gourmet – lui aussi dans la défroque d’un ministre dans L’Exercice de l’Etat et donc dans un rôle de composition, un vrai. Au petit matin, un énorme consensus entourait la consécration d’Omar, et l’académie avait enfin réussi à se réconcilier avec le grand public. Joli coup. Omar nous a fait perdre un point sur la grille des pronostics, et fait perdre un peu de crédibilité à l’académie des César, en incarnant la main tendue de l’exigence (prétendument élitiste) au populaire. A ce compte-là, on aurait préféré que Valérie Donzelli profite de cette propension nouvelle à réconcilier les deux camps, elle qui a livré avec son truffaldien La Guerre est Déclarée, un beau succès critique et public.

 

Le cas Joeystarr n’arrange pas la situation : au rayon des injustices, Jean côtoie Joey. Lauréat désigné pour son rôle dans Polisse de Maïwenn, où il est impressionnant, l’ancien rappeur n’a donc pas eu le César qui lui revenait. Pourquoi ? Parce qu’après huit nominations, Michel Blanc n’avait encore rien remporté. L’Exercice de l’État, voilà un beau prétexte pour corriger cette erreur et remettre à Blanc une compression d’honneur (car c’est bien ainsi qu’il faut l’interpréter), et tant pis si celui qui méritait de gagner doit se contenter de notre profond respect.

Et puis, il y a la jolie Bérénice, consacrée face aux duettistes de Polisse, les Viard-Foïs qui partagent le placard de Joey et Maïwenn. On ne comprend d’autant pas, à la lumière de cette distinction, le refus de l’académie de récompenser son partenaire. Car si Béjo illumine l’écran, Dujardin, lui, le crève. Ce césar de l’actrice de l’année, on le décerne à Donzelli, magnifique dans La Guerre est Déclarée, pour ne pas faire de jalouses. Et si on avait misé la vie de notre rédac chef sur la victoire de Polisse, loin de nous l’envie de trouver à redire sur celle de The Artist, qui doit autant à la prestation de Dujardin qu’à l’obstination de son auteur, Michel Hazanavicius. Ces César-là – ceux du film et du réalisateur –  on veut bien les leur laisser, malgré notre attachement au film de Maïwenn. Mais l’année prochaine, on se réserve le droit d’établir nous-mêmes les nominations. Et d’attribuer les récompenses, puisqu’on y est. Ça nous évitera les rages de dents.

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4 commentaires

    Sarah  | 28/02/12 à 13 h 21 min

  • Mais ej suis entièrement d’accord avec cet article!

  • Capucine  | 28/02/12 à 14 h 35 min

  • Moi c est depuis le début que je pleure pour l’absence aux Césars de “Poupoupidou” et “Tomboy”. Quant à Donzelli, je n’ai pas compris comment ce film a pu avoir sa place au sein des nommés… comme quoi, on peut jamais mettre tout le monde d’accord!

  • Sab  | 28/02/12 à 15 h 13 min

  • Dans une première version, j’avais parlé de Poupoupidou, Tomboy et Donoma, mais j’ai dû couper au montage, c’était trop long. Quant à Donzelli, son film, dans le genre gros succès public, avait quand même davantage sa place que Intouchables. Ne serait-ce que pour sa mise en scène (et pour la musique de la pub Nesquick à la fin). Pour le reste, ouais, c’est pas toujours génial. Mais j’ai beaucoup aimé sa performance à elle (pas à lui)

  • Héloïse  | 01/03/12 à 18 h 35 min

  • Ca c’est de l’article coup de gueule. A quand votre propre évenement et séléctions? Peut-être que Maïwenn serait contente de savoir qu’Envrak lui décerne un prix. L’estime, la fierté, tout ça…

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