Les complices de Frédéric Mermoud

18/01/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Karine et Hervé sont flics. Et amis. Ils bossent ensemble sur le meurtre d’un jeune homme, repêché dans le Rhône. Vincent et Rebecca sont adolescents. Et amoureux. Ils se découvrent à mesure qu’avance l’enquête. Complices est le premier long–métrage de Frédéric Mermoud. Réussi. Il signe un polar intelligent comme un travail d’équipe.

Avec sa perfusion quotidienne de série policière (ou la récente Dame de Trèfle sur les écrans), la foi nationale dans le film de genre français s’ébranle. En guise d’échafaudage apparaît ici l’apathique Emmanuelle Devos, immédiatement crédible en agent de police comme elle l’était en maîtresse, amante, dentiste, mère, directrice d’école et épouse l’année dernière. Le son des travaux se fait ensuite entendre, il s’agit de Shape de Sophie Hunger, et le doux ravalement peut commencer.

Il se fera l’air de rien par une enquête bien illustrée. De la découverte du corps aux interrogatoires en passant par les fausses pistes, le développement se fait fluide sans gicler. Frédéric Mermoud instaure sa dynamique loin du piège des Experts et autres frénésies américaines que ratent les Français. Il parsème surtout son intrigue de désir, de solitude et d’un fossé générationnel qui se creuse quand la société de consommation se veut toujours plus rapide.
On utilise Internet pour le commerce, le sexe ou le premier du second, les sites de rencontres pour trouver l’âme sœur qui s’avèrera un gros con. Il y a dans Complices deux mondes distincts – incarnés par Vincent et Rebecca pour l’insouciance, Hervé et Karine pour la maturité – que les techniques appuient et les thèmes rassemblent. S’y retrouvent les angoisses des uns et les envies des autres, de la parentalité à la trahison, avec cette impression profonde qu’ils ne peuvent les vivre que différemment.

Alternance de l’univers des adultes et celui des jeunes, le découpage de Complices propose une narration parallèle qui tient sa longueur d’1h33 (soit quelques minutes de plus qu’un Julie Lescaut), sans une seule perte de rythme. L’enquête se compte pourtant en jour et l’amour des adolescents en mois, mais Sarah Anderson, la monteuse, ne perd jamais son fil rouge à travers lieux ou personnages. La musique s’y joue encore excellente : les ados dansent de la bonne electro en soirée où, en quelques sourires gênés, s’exprime la tendresse de leur couple naissant.

Leur rencontre laissait sceptique mais Vincent et Rebecca, alias Cyril Descours et Nina Meurisse, bravent les préjugés du coup de foudre auquel on ne croit jamais. Quelques regards, attentions, une nudité pudique et les voilà transis sans doute permis. Il fume avec l’allure d’un bad boy, mange comme un enfant, lui dit “je t’aime” en pleine fragilité. Elle s’illumine d’un sourire craquant, s’énerve en larmes et porte un survêtement quand y’en a marre.
Attachant aussi ces collègues, Karine et Hervé, qui jouent au ping pong pour transpirer ensemble à une table d’écart, qui se cherchent sans se trouver. Gilbert Melki et Emmanuelle Devos forment ici un amusant couple asexué, d’apparence austère et d’âme utopiste. Mention à la directrice de casting Brigitte Moidon, pour sa liste artistique parfaite : on l’apprécie pour Complices ou Séraphine – mais on ne lui pardonnera ni Tel père, telle fille ni Rapt.

Reste un homme à citer : Thomas Hardmeier. Lequel, chef opérateur, est complice de Mermoud sur le style bien propre de la mise en scène. En entretien, le réalisateur explique : lumière solaire et tons soutenus pour les jeunes, froids et monochromes pour les adultes, près des corps d’une part, plans larges d’une autre. Le rendu (cf photos ci-dessus et dessous) fait l’atmosphère : c’est un film de cinéma !

Frédéric Mermoud avait déjà travaillé avec Sarah Anderson, Thomas Hardmeier, Nina Meurisse et Emmanuelle Devos dans ses courts-métrages (L’Escalier, Rachel ou encore Le Créneau – Semaine de la Critique Cannes 2007). Espérons qu’il recommencera et intégrera les petits nouveaux à l’équipe dans son plaisir productif d’avancer avec les mêmes complices. Lesquels ne se dévoilent qu’au générique, à l’image de ceux du film dont on ne saisit le poids significatif qu’à la fin. Une première fiction longue qui demeure un polar sans prétention mais qui s’en tire avec les honneurs.
Photos (c) Pyramide distribution.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire