Les films de Stephen King (1)

02/10/08 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

A l’occasion de la sortie DVD de The Mist, retour sur la filmographie adaptée du maître de l’épouvante. Première partie, de 1976 à 1993
61 ans, quelques 70 romans et plus d’une centaines de nouvelles rédigés, des dollars engrangés par millions… Stephen King est une institution à lui tout seul, l’un des auteurs les plus lus dans le monde et le maître incontesté de la littérature d’épouvante de ce siècle. Pas étonnant que le cinéma se soit intéressé très tôt à ses œuvres, avec plus ou moins de réussite. Des meilleurs (De Palma, Darabont, Cronenberg, Kubrick…) au pire (Mick Garris), de très nombreux réalisateurs se sont frottés à l’univers de King. Envrak a sélectionné pour vous quelques-uns des films tirés de la bibliographie massive de l’écrivain.

Carrie (1976)

Alors que la carrière de Stephen King est lancée grâce au succès que rencontre son premier roman, Carrie, le réalisateur Brian De Palma s’intéresse de prés à la prose de l’écrivain et au portrait de cette adolescente complexée se découvrant des dons de télékinésie. Trois ans après son incursion dans l’horreur avec le très hitchcockien Sisters, De Palma s’approprie l’histoire de Carrie et signe l’une des adaptations les plus réussies à ce jour d’un roman de King. Si la structure adoptée dans le roman – l’auteur a recours à différentes formes de narration, avec une alternance entre récit pur, coupures de presse et extraits de thèse – est délicate à retranscrire sur l’écran, De Palma parvient à rester fidèle à l’ensemble tout en y imprégnant un souffle personnel et quelques automatismes de mise en scène qui feront sa réputation. Le réalisateur s’autorise toutefois une fin plus apocalyptique et un matricide autrement plus violent que celui dépeint par Stephen King.

Pour ravoir ça au lavage, il va falloir frotter…

Shining (1980)

En 1977, Stephen King achève la rédaction de son 3ème roman, The Shining. Ce dernier ne tardera pas à trouver acquéreur, en la personne de Stanley Kubrick. Distillant dans son film une ambiance glaçante, ce dernier y livre sa propre vision, radicalement différente de celle proposée par le livre. Là où King dépeignait le quotidien étouffant d’un gardien d’hôtel possédé par des esprits maléfiques, Kubrick offre une réflexion sur les distorsions temporelles et une métaphore sur l’aliénation, servies par une utilisation virtuose du steadycam et d’une lumière aveuglante. Un comble pour un film d’horreur. Si le film est aujourd’hui considéré comme un chef d’oeuvre du genre, King ne pardonnera jamais à Kubrick les libertés énormes prises avec le roman et en commandera, 17 ans plus tard, une nouvelle adaptation, plus fidèle, au médiocre Mick Garris.

Jeux d’enfants dans l’hôtel Overlook

Creepshow (1982)

Pas étonnant de retrouver, dans la liste des réalisateurs ayant adapté du Stephen King au cinéma, le nom de l’un des maîtres de l’horreur, George A. Romero. En 1982, ce dernier met en scène cinq sketches horrifiques dans Creepshow, dont King signe lui-même le scénario d’après son recueil de nouvelles The Crate and Weeds. Oscillant entre horreur pur et humour noir, le film se veut proche de l’imagerie des comics américains : un vieillard mort sort de sa tombe pour chercher son gâteau de fête des pères ; un fermier est attaqué par les mauvaises herbes de son jardin ; un homme noie sa femme et son amant ; un monstre se fait le complice d’un homme voulant assassiner son épouse ; des cafards envahissent le bureau d’un PDG ultra-maniaque. Autant de situations donnant l’occasion à Romero de se détourner des zombies ayant assis sa réputation.

Cujo et Dead Zone (1983)

1983 : c’est au tour de Cujo, édité deux ans auparavant, de faire l’objet d’une adaptation sur grand écran. Mis en chantier par Lewis Teague, le film reste fidèle à la trame de départ – un Saint Bernard mordu par une chauve-souris attrape la rage et dévore son maître avant de s’en prendre à une femme et son fils, prisonniers de leur voiture – mais prend le parti de modifier radicalement la fin du récit. S’il est bien connu que King ne se refuse jamais à décrire la mort souvent violente d’enfants – la légende raconte que cette habitude est due à un traumatisme remontant à l’enfance, King ayant assisté à la mort de son cousin, écrasé par un train – le cinéma, lui, ne voit pas cela du même œil.
A défaut d’être un grand film, Cujo reste une série B très honnête, bénéficiant d’une bonne prestation canine.

La même année, le cinéaste canadien David Cronenberg donne à Christopher Walken le rôle principal de Dead Zone, adaptation du roman éponyme sorti en 1979. On comprend ce qui a pu attirer le cinéaste, fasciné par l’imagerie charnelle, dans l’histoire de John Smith, cet homme qui, plongé dans le coma pendant cinq ans après un grave accident de voiture, est doté à son réveil d’un don lui permettant de voir l’avenir d’une personne en la touchant. Indéniablement, Dead Zone, servi par une excellente mise en scène et une interprétation parfaite, fait partie des adaptations les plus réussies d’un roman de Stephen King. Plus réussie en tout cas que la version télévisée dont le livre fera l’objet une vingtaine d’années plus tard.

ça, John Smith l’avait vu venir

Christine (1983)

Après De Palma, Kubrick, Romero et Cronenberg, c’est un autre cinéaste de renom, John Carpenter, qui s’empare d’un roman de King, en l’occurrence Christine, sorti en librairie en 1983 et mis en chantier la même année par le réalisateur de Halloween. Si le jeune protagoniste Arnie, pendant masculin du personnage de Carrie, est le moteur de l’histoire, la voiture donnant son nom au roman en est le cœur. Cette Plymouth Fury est splendide, indémodable et… hantée. Ceux qui se mettent en travers de son chemin en font les frais. Le meilleur ami d’Arnie tente de mettre fin au carnage perpétré par le véhicule. A l’aide d’effets spéciaux très réussis au vu du budget alloué à Carpenter, le film fonctionne et parvient à donner quelques sueurs froides au spectateur.

Christine, la seule voiture au monde à avoir son permis de conduire

Les démons du maïs (1984)

Adapté d’une nouvelle tirée du recueil Danse Macabre – et pas la meilleure, soit dit en passant – Les Démons du Maïs, réalisé en 1984, par Fritz Kiersch, un inconnu qui a continué à le rester, à notre grand soulagement, frise la débâcle napoléonienne. On ne retient pas grand-chose de ce récit où des enfants maléfiques massacrent les adultes qui osent mettre un pied dans leur village et traquent sans relâche un couple de journalistes, dont Linda Hamilton, plus connue sous le nom de Sarah Connor. On avait déjà vu ça, en mieux, dans Le Village des Damnés, de Wolf Rilla.

Stand By Me (1986)

Eté 59, Gordie, 12 ans, Chris, Teddy et Vern sont inséparables. Quand le frère de Vern déclare avoir trouvé le corps d’un enfant disparu le long d’une voie ferrée, les quatre potes se mettent en tête d’aller le trouver et de révéler le scoop.

Malgré un petit coup de vieux inévitable, le film de Rob Reiner marche encore aujourd’hui parce qu’il a réussi à capter ce qui faisait le sel de la nouvelle : quelque chose du roman d’apprentissage, de ce temps où les étés nous semblent éternels et où un week-end à la belle étoile en cachette des parents fait figure d’aventure extraordinaire. Les personnages sont bien dessinés – portant en eux une naïveté qu’on sait vouée à s’éteindre, en même temps que les stigmates de la connerie de certains adultes – et les acteurs sont impeccables. Un joli portrait du passage à l’âge adulte, de ce qu’on y gagne, ce qu’on y perd, inspiré à King après qu’il a assisté, lui même adolescent, à la mort de l’un de ses amis…

Running Man (1988)

La télé-réalité, King l’avait déjà prévue, et ce dés 1982, année où il imagina Running Man. 2025, les États-Unis sont devenus une dictature et un jeu télévisé y fait fureur : la Grande Traque. Celui qui y participe doit, pendant un mois, échapper aux tueurs qui le coursent, ces derniers se voyant prêter main forte par la population. Ben est chômeur et n’a plus d’argent pour faire soigner sa fille. Il décide de participer à la Grande Traque. En 1988, Paul Michael Glaser (le Starsky de Starsky et Hutch) obtient les droits du roman et l’adapte sur grand écran avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle-titre. Au final, Glaser en tire un action-movie inintéressant occultant l’aspect social et engagé qui donnait toute sa saveur au roman. Sitôt vu, sitôt oublié.

Simetierre (1989)

C’est en 1989 que l’un des romans les plus terrifiants de Stephen King, Simetierre, est adapté au cinéma par la réalisatrice américaine Mary Lambert. C’est l’écrivain lui-même qui en signe le scénario. Échaudé par les multiples adaptations foireuses que ses romans ont engendrées, il exige d’être présent sur le plateau pour s’assurer que son script sera suivi à la lettre. On le retrouve d’ailleurs au casting dans le rôle d’un prêtre. Le film ne s’écarte donc pas de la trame originelle – une famille s’installe dans une maison construite à deux pas d’un cimetière indien ayant le pouvoir de faire revenir les morts à la vie – et instaure une ambiance inquiétante et efficace que la suite réalisée en 1992 ne parviendra pas à retrouver.

Ça (1990)

En 1990, le pavé Ça donne lieu à une excellente adaptation pour petit écran, réalisée par Tommy Lee Wallace. Après environ 4000 diffusions sur M6, le clown sanguinaire imaginé par Stephen King et auquel l’acteur culte Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show) prête ses traits, n’a pas fini de nous hanter. La mise en scène très soignée de Wallace, la musique envoutante de Richard Bellis et les jeunes acteurs tous parfaitement dirigés ont rendu ce téléfilm incontournable.

Le clown tueur d’enfants imaginé par Stephen King, immortalisé à l’écran par Tim Curry

Misery (1990)

Sur le chemin qui l’emmène poster son tout dernier manuscrit à son éditeur, Paul Sheldon, auteur de romans à l’eau de rose à succès, a un terrible accident de voiture. Il est recueilli par Annie, une infirmière par ailleurs fan de son œuvre. En apprenant que Paul a décidé de “tuer” son héroïne préférée, Annie pète un câble…

Probablement l’une des œuvres les plus connues de King, grâce à ce bon petit film de Rob Reiner (aussi auteur de Stand By Me). L’essentiel du roman y est, peut-être dans une version légèrement édulcorée, mais les acteurs font le reste : James Caan, Kathy Bates (Oscar à la clé pour madame), chacun dans leur registre, sont très bons.

Kathy Bates est sur les nerfs

La Part des Ténèbres (1992)

En 1992, George A. Romero adapte à nouveau un roman de Stephen King, La Part des Ténèbres publié trois ans auparavant. Difficile de ne pas déceler l’ombre de l’écrivain derrière le personnage de Thad Beaumont, auteur à succès écrivant sous un pseudonyme des livres ultra violents qui se vendent par millions. Le jour où Thad décide de tuer son double imaginaire, ce dernier prend corps pour se venger. Plutôt classique dans son traitement, le film ne démérite pas, même si l’on regrette l’absence de certains passages chocs du livre, vraisemblablement passés à la moulinette de la censure.

Le Bazaar de l’épouvante (1993)

Une petite ville du Maine en Nouvelle Angleterre est perturbée par l’arrivée d’un nouveau commerçant. Celui ci ce targue de pouvoir vous vendre tout ce que vous avez jamais désiré. Mais le prix à payer est très lourd…

Roman choral de quelques 700 pages… Bazaar ou Needful Things (“Objets précieux” en V.O) est le genre d’œuvre a priori pas adaptable sans subir de gros dégâts. Surprise : ça passe plutôt très bien. En rétrospective, le film bénéficie du grain et du côté hard boiled typique de certains films des années 90, encore vierges du second degré et du post modernisme qui caractérisent nombre de films hollywoodiens des années 2000. Max von Sydow (le méchant vendeur) et Ed Harris (le gentil shérif) assurent.
Les films de Stephen King (2)

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2 commentaires

    Stephen King  | 27/02/11 à 0 h 15 min

  • Un nouveau livre dédié à Stephen King et plus particulièrement à ses ADAPTATIONS est disponible :
    http://club-stephenking.fr/2027-les-adaptations-de-stephen-king-livre

  • as  | 04/01/14 à 19 h 21 min

  • cher Stephen King
    Vous êtes un génie.
    Bon comme je connaisse vos livres qu depuis cette année je n’les pas tous lue, mais j’ai adoré La ligne verte( pauvre Del! Ouin) et je commence a adoré Carrie (Ma Carrienette)
    Votre fan

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