Les Lyonnais : Olivier Marchal change de ca(m)p

29/11/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille, et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel, l’ami d’enfance avec qui il a découvert la prison à cause d’un stupide vol de cerises. Avec lui, il a plongé dans le Grand Banditisme, et connu l’apogée du Gang des Lyonnais. Aujourd’hui à l’approche de la soixantaine, Momon tente d’oublier cette période de sa vie. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des “affaires”. En prenant soin de Janou, son épouse, et de ses enfants et petits enfants, tous respectueux devant cet homme aux valeurs simples et universelles, lucide et pétri d’humanité. A l’inverse de Serge Suttel, qui malgré le temps n’a rien renié de son itinéraire…

Ne réveillez pas un gangster qui dort

Dans les années 70, les Lyonnais ont commis une cinquantaine de braquages, dont un hold-up phénoménal à la Poste de Strasbourg (butin : un milliard d’anciens francs). Méticuleux, organisés, pillant les banques à la barbe des services de police, les Lyonnais avaient une autre particularité : c’étaient des amis. Des vrais, “des amis d’enfance“, rappelle Olivier Marchal. La plupart d’entre eux étaient des déracinés, des Arméniens pour certains.

Edmond Vidal, dit Momon, est gitan. C’est sur lui que le réalisateur de 36 quai des Orfèvres centre son récit, en adaptant son autobiographie, Pour une Poignée de Cerises. A quelques détails près, le long-métrage déroule les actions décrites dans les pages du livre : la jeunesse des Lyonnais, leur premier “coup”, les interrogatoires musclés – à cette époque, les tortures de la guerre d’Algérie donnent de mauvaises idées aux flics trop zélés, et le réalisateur ne se prive pas de dénoncer les bavures, prenant ainsi le risque de se montrer complaisant envers les gangsters. On ne rappellera d’ailleurs pas ici le passé professionnel d’Olivier Marchal, pour ne pas participer à la tendance visant à sacraliser la parole de ce cinéaste aux influences tellement marquées que sa filmographie ressemble à un catalogue de prestigieuses signatures. Car Marchal est cinéaste, le reste importe peu. Alors autant conjuguer ses Lyonnais au présent, même si le gangstérisme ici revêt un drapé nostalgique rappelant (très lourdement) celui évoqué par Sergio Leone dans Il était une fois en Amérique : des enfants chapardeurs, devenus ados voleurs de cerises, puis jeunes braqueurs de banques, et figures du grand banditisme. Ce parcours-là, celui d’Edmond Vidal et Serge Suttel (un personnage complètement fictif), est celui que Marchal choisit de mettre en images, car les voyous d’aujourd’hui ne l’intéressent guère : “ils n’ont plus aucune valeur, plus de code d’honneur. Ce sont des tueurs de flics” avance le réalisateur, qui avoue un profond respect pour le gang des Lyonnais. Comprenez-le : Edmond Vidal n’a jamais tué personne… Tout du moins, Edmond Vidal n’a jamais tué d’innocents, car comme dans toute “mafia” qui se respecte, on évite les victimes collatérales : les bandits flinguent les bandits – ou les égorgent avec des cartes de crédit.

 Le plaisir coupable du cinéma à l’ancienne

En se mettant, une fois n’est pas coutume, dans le camp des affranchis, Olivier Marchal filme ses truands avec révérence, et avec la même admiration qu’un Verneuil ou un Melville. Soigneux, il joue sur la lumière et l’étalonnage, donnant aux images du passé une tonalité sépia et un grain suranné. Combinant ces effets stylistiques avec un montage alterné de facture très classique, le cinéaste construit un piédestal filmique sur lequel il n’a plus qu’à jucher ses héros. Ces mecs-là ont la classe, alors il leur offre les traits de Gérard Lanvin, Tcheky Karyo, Lionel Astier et Daniel Duval, des gouailleurs en puissance, des acteurs qui en ont. Tout est d’ailleurs réuni pour fabriquer un film à l’univers tellement viril qu’on pourrait presque trouver miraculeux le doux équilibre que parvient à instaurer Valéria Cavalli (Janou, l’épouse de Momon). Mais le vrai miracle est tout autre : on n’est jamais désarçonné par tant de classicisme brutal, par cette façon de faire du cinéma “à l’ancienne”, par cette posture “100 % couillue” totalement assumée par Olivier Marchal.

Un scénario prévisible, des émotions surlignées par une musique terriblement encombrante, des baisses de régime dans la mise en scène au moment où l’adrénaline devrait noyer l’écran… De défauts, Les Lyonnais n’en manque pas. Mais rien à faire… on n’arrive pas à reprocher à Olivier Marchal sa propension à dépeindre les vestiges d’un gangstérisme – et d’un monde policier – qui ont fait long feu, son attachement au cinéma de papa et aux gueules burinées : ce serait lui renier une identité visuelle forte, et sa légitimité à incarner un cinéma comme on n’en fait plus, paré du charme désuet des vieilles bobines.

“Les Lyonnais”, d’Olivier Marchal, avec Gérard Lanvin, Tcheky Karyo, Daniel Duval, Lionel Astier, François Levantal, Dimitri Storoge et Valéria Cavalli. Sortie nationale le 30 novembre.

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1 commentaire

    simon ferrand  | 27/05/12 à 14 h 18 min

  • bravo,monsieur vidal

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