Les Oscars, c’est vraiment trop américain

28/02/12 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

L’un a la classe, pas l’autre (“ah putain ! formidable !”). L’un est américain, pas l’autre…

Les Oscars, de deux choses l’une : ou on s’en fiche royalement, ou on s’émerveille de voir que les américains font forcément mieux que nous. D’accord : entre Kad Merad qui se jette sur un pupitre et 5 minutes de spectacle du Cirque du Soleil, il y a pas photo. Pas sûr cependant qu’on échangerait les blagounettes de De Caunes – aussi plates soient-elles – contre des coupures publicitaires tous les quarts d’heure. Et puis des deux côtés de l’Atlantique, quel que soit l’argent allongé sur l’écran, les grands raouts cinéma restent des cérémonies interminables, où des gens beaux, riches et célèbres s’auto-congratulent, tentent des timides coups politiques (Une Séparation) et ignorent cordialement le cinéma d’en bas, ou d’à côté : Donoma, les intermittents qui bossent non payés sur des court-métrages d’étudiants, les moyens-métrages, et généralement toutes les œuvres qui ne font ni le buzz, ni le jeu du cinéma téléfilm (une pensée pour Tomboy et autres). On fait avec – fan de cinéma – ou pas. On tient jusqu’à 5h30 du matin pour avoir le plaisir de voir en live, ses favoris recevoir leur récompense – ou on va se coucher tranquillement et on découvre les résultats au petit déjeuner / à la machine à café.

Cette année ce qui nous a fait tenir – outre des crêpes et du Coca – c’était The Artist. S’il y avait bien un événement capable de nous transformer en supporter tricolore, une et une seule fois dans l’année, c’était bien celui-là. Défendre un petit film qui n’en demandait pas tant, le nôtre devant les américains – et donc, devant le monde entier. On n’a même pas fait l’effort de s’intéresser aux autres films, à vrai dire, et si on a souri devant la présentation de Billy Crystal, on n’avait d’yeux que pour Jean, Michel, Ludovic, Bérénice… tout en chassant à coups de pieds la vilaine pensée qu’à travers The Artist, l’Académie a plus été intéressée par l’auto-contemplation (film tourné aux US, sur l’histoire du cinéma US) que la french touch (laquelle a d’ailleurs été savamment gommée pour complaire le plus possible à l’international).

Un bon film étranger est un film remaké

Maintenant que c’est fait – au cas où vous l’ignoriez, oui oui, The Artist a raflé les récompenses majeures des Oscars – on peut tranquillement mettre ça derrière nous et reprendre notre vie normale de cinéphile, non sans vous mettre en garde contre les marabouts du cinéma. Vu le niveau d’anglais de Dujardin, il ne faudra certainement pas s’attendre à une grande carrière hollywoodienne. Derrière Marion Cotillard, ils ne sont finalement pas beaucoup à y avoir réussi, et à décrocher autre chose que des rôles de français / chinois / allemand / méchant de service. Inutile aussi d’attendre que les vannes du cinéma hollywoodien s’ouvrent toutes grandes pour les films français et overseas (selon le terme consacré pour “tout le reste en dehors de USA”). Avec la Chine, qui limite drastiquement l’importation de films étrangers, l’industrie du cinéma américaine restera l’une des plus protectionnistes, et préférera toujours remaker les perles du cinéma non anglophone plutôt que de les distribuer correctement. Il  faudra bien plus qu’un film gimmick pour changer ça.

Harvey Weinstein, 3ème en partant de la gauche, avec Gwyneth

Et puis, au fond, plus que la victoire des Dujanavicius et des mangeurs de grenouilles, The Artist signe le comeback fracassant d’Harvey Weinstein. Après la revente de son studio Miramax à Disney en 2005, le tout puissant producteur (270 nominations aux Oscars, dont le passage en force de Shakespeare in Love à l’Oscar du meilleur film et meilleure actrice, soit la pire anomalie de l’histoire des Oscars) est passé par une longue traversée du désert dont il a bien failli ne pas se relever – enchaînant pétards mouillés critiques et pertes abyssales au box-office. Débottant The Artist (alors en salle de montage) pour le distribuer aux Etats-Unis, allant chercher les nominations avec les dents au prix d’un lobbying intensif, Harvey est revenu dans la cour des grands avec le sacre de son bébé dimanche dernier. Quoi de plus américain finalement qu’une histoire de succès, décadence et come-back…

On en revient toujours à ça : les américains sont trop forts.

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